Les irréductibles de Lost
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Armagnags contre Bourguignons

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1Armagnags contre Bourguignons Empty Armagnags contre Bourguignons Mar 22 Déc 2020 - 4:35

Sudena

Sudena

À quoi rime une guerre civile? Surtout lorsqu'elle survient en plein coeur d'une guerre internationale d'une longueur inimaginable?.. À-priori, la guerre entre Armagnacs et Bourguignons relève, aujourd'hui, de l'abscons: ses origines sont méconnues, personne n'en saisit les tenants et les aboutissants, elle se "niche" en plein milieu de la Guerre de Cent Ans, la date de son commencement fait débat, sa conclusion est ambiguë, bref: elle a tout pour, au mieux, sombrer dans l'oubli, au pire alimenter des animosités néfastes à notre société. Pourtant, elle nous a, beaucoup plus qu'on ne le croit, révélés en tant que français dans le sens où sa tournure, dès l'origine, reflétait une division politique fondamentale qui allait, au final, creuser la tombe du modèle féodal. Les acteurs en avaient-ils alors conscience? probablement pas. Mais son déroulement, ses acteurs, l'ombre de l'Angleterre, sont révélateurs de la modification à la fois des esprits et du rapport de force qui connaissait, en ce début du XVème siècle, la société française. Le moindre de ses paradoxes n'est pas qu'on retrouve, dans les deux camps, des valeurs qui sont, aujourd'hui, fortement connotées politiquement...mais pas de façon uniforme. On ne saurait comprendre Jeanne d'Arc sans connaître cette guerre et, outre la (trop) fameuse Pucelle, cette guerre a mis aux prises des princes sans scrupules, une reine dépassée, des trahisons diverses, une défaite historique, une démagogie éhontée, un roi d'Angleterre fantastique et fanatique, des assassinats dignes de Game of Throne (qui s'en est en partie inspiré), divers rebondissements à faire croire au destin, et même non-pas un mais trois rois fous!.. Et il n'est sans-doute pas exagéré de dire que, sans elle, la France n'aurait probablement pas gagné la Guerre de Cent Ans. Avec votre permission, j'ai envie de revenir un peu sur cette guerre et les principaux acteurs et événements qui l'ont marquée...

2Armagnags contre Bourguignons Empty Re: Armagnags contre Bourguignons Mer 20 Sep 2023 - 5:46

Sudena

Sudena

Notre histoire commence le 5 août 1392, quelque-part dans la forêt du Mans. Cette date est très loin de faire l'unanimité parmi les historiens: quasiment tous s'accordent à dire que la guerre civile dont il va être question ci-après commence beaucoup plus tard. La plupart lui donne comme début l'année 1407, le plus souvent le 23 novembre. D'autres la font remonter à 1404. Certains même ne la considèrent comme déclarée qu'en 1410!.. Pourtant, et bien qu'elle ait été très "larvée" pendant plus de dix ans, c'est bien en ce 5 août 1392 qu'elle est devenue, a-minima, inévitable...

Il est plus de midi, et dans cette forêt une armée chevauche lentement. Cette armée, c'est l'ost du roi de France, menée par le roi Charles VI en personne. Elle marche vers la Bretagne pour châtier Pierre de Craon, qui a tenté de faire assassiner le connétable de France Olivier de Clisson, et qui a trouvé refuge auprès du duc de Bretagne Jean IV. Le roi ne peut laisser passer un tel affront, d'autant moins que son autorité est l'une des prérogatives auxquelles il est le plus attaché... À ses côtés chevauchent quasiment tous les Grands de France, dont son frère Louis d'Orléans, et ses oncles Jean du Berry et Philippe de Bourgogne. Pendant que cette troupe, forte d'environ 8000 hommes, marche en essayant de ne pas trop souffrir de la chaleur étouffante (gardons-nous d'oublier que les étés avaient tendance à être très chauds au Moyen-Âge, avant un fort refroidissement dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, lequel a duré jusqu'au début des années '2000), familiarisons-nous avec ces gens et cette époque...

3Armagnags contre Bourguignons Empty Re: Armagnags contre Bourguignons Jeu 21 Sep 2023 - 3:37

Sudena

Sudena

En 1392, cela fait douze ans que Charles VI est sur le trône de France, mais seulement quatre qu'il est véritablement "au pouvoir"... En-effet, sacré en 1380, il a succédé à son père à l'âge précoce de douze ans (ce qui, même à l'époque, fait qu'il est considéré comme mineur), et la régence a été assurée par ses oncles Louis d'Anjou (lequel, décédé en 1384, ne fait conséquemment pas partie de l'expédition qui nous intéresse), Jean du Berry, et Philippe de Bourgogne. À la fois grâce à sa forte personnalité, son prestige (il est le seul fils de Jean le Bon qui, malgré son jeune âge, soit resté à ses côtés lors de la déroute de Poitiers ["Père, gardez-vous à droite!"; "Père, gardez-vous à gauche!"]), et le fait qu'il possède la plus riche province du royaume (nous y reviendrons...), Philippe a dominé pendant des années le Conseil du Roi. Il a même été le principal acteur du mariage, le 17 juillet 1385, de Charles VI avec Isabeau de Bavière, princesse allemande qui assure aux Valois une certaine "préséance" en Europe centrale, ce qui, dans ce contexte de guerre perpétuelle avec l'Angleterre, est un avantage non-négligeable... Philippe passe aussi pour le moins "pourri" des princes royaux: celui qui pille comparativement le moins le royaume. Même si ceci reste relatif (il a été le premier à renvoyer les excellents conseillers de Charles V [les fameux "Marmousets"]...), et largement dû au fait que la Bourgogne, pourtant plus riche province du royaume, bénéficie de subsides colossales du pouvoir central (probablement [même si ceci reste sujet à controverse] le tiers de ses finances), sans compter que la Bourgogne a plus que besoin de l'appui de l'ost pour mater les flamands (toujours propices à se révolter...), ce fait reste globalement vrai.

Seulement, en 1388, Charles VI décide brusquement de s'émanciper de la tutelle de ses oncles!.. Il entend gouverner seul et, s'il ne retire pas toute influence à ses oncles (Philippe le Hardi demeure l'un des membres les plus influents de son Conseil), il s'empresse de rappeler les Marmousets et, ainsi, s'engage à poursuivre la remarquable oeuvre de son père, de son légendaire connétable Bertrand du Guesclin (le seul connétable dont on peut voir, aujourd'hui, la sépulture dans la basilique de Saint-Denis), avec un but avoué et revendiqué: en finir avec les Anglais et réaffirmer pour de bon la prédominance du trône de France sur toute autre revendication (prédominance qui, depuis la mort de Philippe le Bel en 1314 [et malgré une parenthèse durant le règne, hélas beaucoup trop court!, du remarquable Philippe le Long], est régulièrement remise en cause). Il compte pour cela sur son intelligence, un excellent et surprenant allié en la personne de son frère Louis (nous y reviendrons)...et les déboires que rencontrent en ce moment les rois d'Angleterre...

4Armagnags contre Bourguignons Empty Re: Armagnags contre Bourguignons Jeu 5 Oct 2023 - 23:18

Sudena

Sudena

La fin du règne d'Edouard III a été à bien des égards crépusculaire: après les victoires éclatantes du début du règne et le bonheur de trouver en Jean II un adversaire si merveilleusement crédule militairement et ridicule politiquement, le glorieux roi d'Angleterre a vu peu à peu son oeuvre de grignotage du royaume de France se réduire comme une peau de chagrin, et son fils aîné (le fameux Prince Noir Edouard de Galles) mourir cinq ans avant lui. Après sa disparition en 1377, le pouvoir est passé aux mains de Richard II, et les volontés autoritaires du jeune monarque, associées à sa totale absence de diplomatie, ont très vite heurté les sensibilités du Parlement; Parlement lui-même particulièrement sur les nerfs en raison de la situation militaire... Richard II était-il fou? Vaste débat... Il semble en tout cas que son tempérament colérique et sa mégalomanie n'ont fait qu'augmenter avec le temps, et il est également fort possible qu'il ait eu des crises de ce qu'on appellerait aujourd'hui de la schizophrénie (sans-doute moins, cependant, que ce qu'on a bien voulu laisser croire...). Les jours des Plantagenêts sont en tout cas comptés et une grave crise politique est imminente, qui trouvera son apogée en 1399 avec la destitution (puis la très opportune mort...) de Richard II. Autant vous dire que les Anglais n'ont plus ni la tête à guerroyer en France, ni encore moins les moyens à la fois politiques et militaires de le faire!..
Et cette détresse contraste singulièrement avec le vent de fraîcheur et de jeunesse qui souffle sur la monarchie française...

5Armagnags contre Bourguignons Empty Re: Armagnags contre Bourguignons Ven 13 Oct 2023 - 22:51

Sudena

Sudena

Charles VI est un prince décidé, vif et intelligent. S'il n'est pas le plus à l'aise en société et si son physique, sans être disgracieux, n'a rien d'exceptionnel, il a hérité de son père son talent inné pour la politique avec un cocktail très difficile à faire mais qu'il réalise pourtant à merveille: savoir affirmer son autorité et poursuivre un but bien arrêté tout en ayant assez de diplomatie pour ne pas froisser les égos de ses conseillers les moins "réceptifs"... Son but, nous l'avons dit, est de solidifier le royaume de France autour de la couronne, et conséquemment d'en finir définitivement avec l'Anglais, qui possède toujours une partie de l'Aquitaine ainsi que Calais. Pour ce faire, il cherche des alliés plus à l'est. Aussi est-il tout à fait satisfait d'être marié avec une princesse bavaroise qui lui permet d'affirmer une certaine prépondérance au sein de la chrétienté. S'il ne les conteste en rien (ne serait-ce que parce que Philippe s'est toujours montré d'une grande fidélité et d'une grande capacité politique) il regarde néanmoins avec une certaine prudence les possessions et ambitions de son oncle bourguignon... Pour autant Philippe le Hardi reste un membre important de son Conseil. Charles n'a en-effet pas oublié que c'est à lui qu'il doit son mariage avec Isabeau de Bavière...
Si la jeune reine ne fait pas l'unanimité parmi la cour (plutôt frivole, elle est également décrite comme assez avare...), elle séduit néanmoins par sa joie de vivre et se montre assez intéressée par la politique. Les deux époux forment un couple harmonieux et pieux, et la reine remplit à merveille son rôle de ventre (en 1392, elle a déjà mis au monde deux fils, même si le premier est mort avant d'avoir achevé sa première année...et ce n'est pas fini)...
Mais c'est un autre personnage qui défraie la chronique et qui impulse véritablement l'énergie à la cour...

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