Les irréductibles de Lost

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Révolution Française

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76 Re: Révolution Française le Ven 27 Mar 2015 - 23:46

Sudena


L'été 1793 se passe dans l'euphorie généreuse des lois sociales qui, pour être suivies des faits, se font répressives: désormais l'accaparation des biens nationaux sera considéré comme un crime puni de mort, de même les droits féodaux sont-ils abolis définitivement sans possibilité de rachat: les émigrés ne possèdent plus rien en France... Mais les problèmes demeurent et les députés cherchent une solution pour résoudre celui de la trahison intériueure. La guerre en Vendée, plus la décision, fin août, de la levée en masse dans toutes les régions, rendent les députés particulièrement nerveux, non sans raison d'ailleurs, et le risque est celui d'être démuni légalement face à des traîtres particulièrement habiles qui ne laisseraient aucune trace. Aussi est-ce une solution radicale qui est proposée le 7 septembre: plutôt que de prouver qu'untel est un traître, ce sera à lui de prouver qu'il ne l'est pas. Ce principe, connu sous le nom de "loi des suspects", a été soignensement décidé et préparé par le Comité de Salut Public qui met en oeuvre les solutions pratiques: le Tribunal Révolutionnaire siègera en quasi-permanence et recevra les accusés envoyés par les membres des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public (l'aval des deux est indispensable même si dans les faits c'est celui de Sûreté Générale qui va décider des suspects à mettre en accusation). Des groupes de plusieurs personnes seront jugés simultanément mais pour autant chaque accusé devra bénéficier d'une décision individuelle. Ceux qui ne pourront pas prouver leur engagement révolutionnaire seront en très grand danger... Pour justifier ces mesures, Robespierre parle du nécessaire équilibre à trouver entre la vertu et la terreur: la vertu est sans failles mais l'être humain ne la fera sienne que si la terreur l'y oblige... Le 7 septembre 1793, la Convention vote à la quasi-unanimité cette loi: la Terreur est à l'ordre du jour. Robespierre résume sa pensée par une phrase historique: "La Vertu sans laquelle la Terreur est funeste; la Terreur sans laquelle la Vertu est impuissante." Pour preuve du caractère hautement ambivalent de cette mesure y est ajoutée la disposition suivante: les biens des condamnés à mort seront reversés aux citoyens les plus indigents...

Les premiers temps de la Terreur seront extrêmement calmes niveau procès: les nobles sont les plus suspectés mais il n'y aura que très peu de jugements. Tout va s'accélérer vers l'automne: pour éprouver Herman (président du Tribunal Révolutionnaire) et Fouquier, il faut un accusé de prestige. Et l'ancienne reine est naturellement la mieux désignée pour jouer ce rôle...

77 Re: Révolution Française le Dim 21 Juin 2015 - 5:25

Sudena

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Le 3 octobre 1793, le procès de Marie Antoinette, veuve Capet, commence. La femme a bien changé depuis un an: ses enfants lui ont été retiré, elle est très amaigrie et ses cheveux ont totalement blanchi. Celle qui le 10 août 1792 ne paraissait pas avoir trente ans en fait maintenant soixante: en vérité _et Robespierre, comme d'autres membres de la Convention, le sait, ayant parlé à son médecin_, elle est mourante et le procès a donc plus une valeur symbolique qu'autre-chose... Pour autant les charges objectives manquent: la majorité des preuves de sa trahison se trouvent en Autriche et il faut plus compter sur la déduction et son comportement général tout au long de la Révolution pour obtenir un verdict "objectif". A l'ouverture du procès l'ancienne reine espère encore: elle plaide, non sans un certain cynisme, l'ignorance et tente de faire porter l'intégralité du chapeau à son mari. Mais Herman et Fouquier ont un atout sérieux dans leur manche: la fuite à Varennes où, après un long interrogatoire, elle reconnait avoir été en correspondance avec le comte Axel de Fersen. Sa tentative d'évasion par des amis royalistes quelques semaines auparavant (immortalisée et à-peine romancée par Alexandre Dumas dans son roman Le Chevalier de Maison-Rouge) n'arrange pas son cas: sa culpabilité ne fait pas de doute pour peu qu'on fasse preuve d'un minimum de bon sens, et sa défense, pathétique et émouvante, ne convainc personne... Mais, alors que les confrontations avec Simon (cordonnier en charge de son fils et qui l'élève certes de façon radicalement "républicaine" mais sans qu'il manque de rien) se passent dans un climat qui touche même les âmes les plus endurcies avec un témoin manifestement neutre et honnête et une accusée sans haine et presque reconnaissante au brave homme de prendre soin de son fils, le témoignage de Hébert change la donne: celui-ci l'accuse de rapports incestueux et de débauche outrée. Elle refuse de répondre et, pour la première fois, s'élève contre cette infamie. Fouquier aura l'intelligence de ne pas tenir compte de ce témoignage honteux au moment e son réquisitoire mais la question est: pourquoi Hébert a-t-il fait ça? Le résultat fut nul sur l'instant et ne servira qu'à alimenter la légende de la pauvre malheureuse accusée innocemment que rabâchent les royalistes de tous bords aujourd'hui, argument totalement indéfendable intellectuellement parlant mais on sait que la raison n'a que peu de poids face au pathos pour la populace... Hébert a peut-être des choses à cacher: après la mort de Capet il a eu des rencontres douteuses avec certains agents royalistes, rencontres fructueuses financièrement et qui se sont arrêtées net dès lors que la Commune de Paris dut monter en première ligne face à la Gironde. Tenter d'enfoncer l'ancienne reine est un bon moyen de se "défausser" de futures accusations...d'autant qu'il est en train de préparer un "coup" qui fera définitivement naître la faction des "ultra-révolutionnaires". Laissons de côté cette accusation sans fondement et arrivons au verdict: Antoinette est déclarée coupable de haute trahison dans la nuit du 15 au 16 octobre et condamnée à être guillotinée dans la journée. Comme tout condamné elle passe la nuit à la Conciergerie et fait en charrette le trajet jusqu'à l'échafaud: contrairement à son mari elle ne bénéficie d'aucun traitement de faveur (si on excepte la longue durée de son procès): l'égalité est donc cette fois-ci strictement respectée... Sur le trajet, David brosse une dernière fois sa silhouette maladive dans un dessin sans pitié. Devant la guillotine elle défaille et manque de s'évanouir: faiblesse très humaine qui ne dure pas. Le couperet tombe et les "Vive la nation!" sont bruyants. Mort plus symbolique qu'importante, celle d'Antoinette a néanmoins permis de mesurer la sûreté de jugement de Herman et Fouquier, ainsi que l'efficacité du Tribunal Révolutionnaire: on en a besoin car à l'horizon se profilent d'autres procès, autrement plus importants... Mais pour l'heure, il est temps de retourner en Vendée, car une bataille décisive est sur le point de se déclencher...



Dernière édition par Sudena le Lun 24 Aoû 2015 - 3:55, édité 1 fois

78 Re: Révolution Française le Ven 3 Juil 2015 - 1:41

Sudena

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Le 18 octobre 1793, l'armée vendéenne est plus forte et a le moral plus haut que jamais: le revers de Nantes et la mort de Cathelineau semblent avoir été oubliés, car depuis les troupes républicaines envoyées par la Convention ont pris raclée sur raclée, souvent pour des problèmes de commandement avec des petits chefs n'obéissant pas aux généraux et tentant leur chance touts seuls. La Rochejecquelein  est un chef respecté et aimé, et il a l'intelligence de ne pas tenter à tout prix de convaincre Charette de se joindre à l'armée, le laissant faire ses actions dans son coin du moment que c'est efficace (et ça l'est). Les vendéens sont plus de 40000: une véritable population en mouvement, déterminée, souvent fanatisée... Mais les généraux républicains en ont assez de se faire humilier et ils ont enfin mis les choses au point avec leurs subalternes: pas de désobéissance, pas d'action irraisonnée: on avance ensemble et on laisse les chefs commander!.. A la tête des "bleus" (en opposition aux "blancs" vendéens) se trouvent deux chefs qui savent s'entendre et se respecter: Kléber et Marceau. C'est donc une armée enfin "complète" et dignement commandée, forte de 26000 hommes bien armés, que vont affronter les royalistes, ce 18 octobre, à Cholet... Le plan de Kléber et de Marceau est de tenir les ailes et de laisser les vendéens pénétrer au centre pour ensuite les surprendre: un plan qui ressemble à celui d'Hannibal à Cannes... Seul petit problème: il ne faut à aucun prix que le centre cède totalement, autrement l'armée, coupée en deux sera massacrée; de plus la victoire des ailes est absolument obligatoire... Le plan des vendéens est plus simple: La Rochejacquelein divise son armée en trois colonnes: lui-même commandera le centre, d'Elbée la gauche (avec la possibilité d'une intervention de Charette en cas de besoin), Lescure la droite (Bonchamp se trouvant pour l'occasion sous ses ordres). La bataille commence avec des deux côtés la sensation diffuse que le résultat décidera de l'issue de la guerre: le choc tant attendue et redouté a commencé...et ça s'engage mal pour les républicains. En-effet La Rochejacquelein réussit sa percée au centre mais surtout Lescure culbute la gauche et menace le commandement bleu dont les responsables politiques envoyés par la Convention (en-particulier Jean-Baptiste Carrier) fuient. Mais les généraux ne paniquent pas. Car tout d'abord les résultats à droite sont excellents: d'Elbée, malgré toute sa vaillance, est complètement dérouté et La Rochejacquelein est obligé de lui porter secours et donc d'interrompre sa propre attaque (Charrette n'ayant avec se scénario aucune possibilité d'être utile). C'est le moment qu'attendaient les républicains: voyant Lescure isolé ils referment brutalement la porte et contre-attaquent au centre: la déroute de d'Elbée bloque complètement La Rochejacquelein et Lescure se retrouve d'un coup entouré d'uniformes bleus: les non-combattants sont menacés, les canons républicains tonnent: Lescure n'a pas d'autre choix que de retraiter pour éviter une dislocation en règle de l'armée. A gauche la catastrophe est complète pour les vendéens: d'Elbée a été isolé même du centre, La Rochejacquelein ayant choisi en priorité de sauver les civils: il doit fuir dans le marais pour rejoindre Charette. Lescure et Bonchamp arrivent à temps pour porter secours au généralissime et sauver ce qui reste de l'armée, mais dans leur retraite ils sont tous les deux mortellement blessés: leur agonie durera plusieurs jours: Lescure aura le temps de conseiller une dernière fois ses amis de traverser la Loire pour rejoindre les combattants blancs bretons (ou "chouans") et la légende voudra que le dernier acte de Bonchamp aura été de demander d'épargner les prisonniers (légende vraisemblable malgré l'anti-républicanisme forcené de l'intéressé). Cholet est une bataille capitale: la défaite des royalistes a été totale, un chef a dû fuir et deux autres ont été tuée, et surtout, après bien des hésitations, La Rochejacquelein donnera l'ordre de traverser la Loire plutôt que de tenter de rejoindre Charette dans le marais: les vendéens révoltés ne sont plus qu'une peuplade isolée, loin de chez elle, qui a perdu son aura d'invincibilité. Et surtout leur meilleur chef, celui qui avait raison depuis le début sur la stratégie à adopter, est isolé, ne pouvant compter que sur de petites actions ponctuelles, peu dangereuse. La République reprend possession de la région, bien que le danger ne soit pas écarté: la Terreur vient de remporter là une première immense victoire: il y en aura d'autres...

79 Re: Révolution Française le Jeu 23 Juil 2015 - 18:16

Sudena

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La fin d'octobre 1793 se passe dans une relative fièvre due au futur procès des Girondins: les vingt-deux mis en cause lors de leur chute doivent en théorie passer devant le Tribunal Révolutionnaire mais certains se sont enfuis et sont toujours assez activement recherchés... Néanmoins le procès des principaux leaders a lieu: les accusés, Vergniaud en tête, se défendent de façon assez emphatique mais sans grand espoir...et peut-être sans vraie volonté de s'en sortir. Le seul qui opte pour un duel "sérieux" est le sud-américain Miranda: il revient sur les points de l'accusation, proteste de son engagement sincère et de son inimitié reconnue vis à vis de Dumouriez. Le résultat est spectaculaire: l'accusateur public Fouquier-Tinville requiert purement et simplement l'acquittement pour l'homme qui quitte libre le Tribunal! Cet acquittement est la preuve de l'honnêteté de Fouquier qui, tout redoutable et de mauvaise foi pouvait-il être, n'en demeurait pas moins un magistrat irréprochable qui savait écouter les contre-arguments... Les autres Girondins, enfermés dans leurs certitudes e l'écriture de leur légende, sont condamnés à mort et exécutés. Le 31 octobre, Brissot et Vergniaud sont guillotinés, le 6 novembre c'est le tour de Philippe d'Orléans; le 8 enfin, Manon Rolland, plus "romaine" que jamais, monte sur l'échafaud après un procès où elle espérait une condamnation "pour la cause". Sa phrase légendaire dans la charrette ("Oh liberté, que de crimes on commet en ton nom!..") n'a probablement jamais été prononcée: c'est une légende postérieure née de quelques bribes de phrases entendues ça et là par des témoins plus ou moins fiables... Quelques jours plus tard, son vieux mari en exil, pourchassé, se donne la mort. Ainsi se termine l'histoire des Girondins, quelques mois après leur chute (même si beaucoup de sympathisants à la Convention restent députés).
Novembre 1793 est connu pour être également celui des noyades de Nantes.... Envoyé par la Convention, Jean-Baptiste Carrier décide de faire le ménage dans cette ville au cœur de la Vendée et de se débarrasser des vieux prêtres réfractaires. Pour ce il invente, avec ses complices, un stratagème diabolique: il amène, liés deux à deux soi-disant pour qu'ils puissent se soutenir en cas de faiblesse de l'un (et avec un luxe d'excuses), le vieillards dans une barge qui remonte la Loire, officiellement pour les amener dans une forteresse plus spacieuse et sécurisée dans les terres. Mais au bout de quelques hectomètres les barges s'arrêtent eu milieu du fleuve...et les écoutilles sont ouvertes. La mise en confiance a été telle qu'il faut plusieurs minutes aux malheureux pour comprendre qu'on est en train de les tuer! Certains réussissent à se libérer et à s'enfuir mais Carrier a tout prévu et ses complices sont là et rejettent à coups de bâtons ceux qui remontaient au fond de l'eau! De tous les prêtres amenés dans ces barges de mort _véritables chambres à gaz avant l'heure_ un seul survivra: âgé de plus de quatre-vingts ans mais excellent nageur, il fit plusieurs dizaines de mètres en apnée et profita de l'obscurité pour filer sans être vu... Le lendemain, sur les lieux du massacre, Carrier organisa un dîner avec ses complices au cour duquel il fit un discours unanimement qualifié de très spirituel qu'il conclut par cette phrase: "La République a donné pâture aux petits poissons..." Les noyades de Nantes sont toujours un épisode flou et plusieurs historiens doutent de leur réalité (en tout cas d'une organisation bien décidée et ourdie en commun): les sources en-effet sont opaques et aucun témoignage direct ni registre des prisons n'apportent une quelconque preuve en ce sens. Néanmoins ils sont probables selon moi vu l'individu aux commandes... Je m'explique: Carrier était un homme connu à la fois pour sa couardise et sa cruauté. A la bataille de Cholet il s'était enfui et Kléber avait dit très haut qu'il reviendrait une fois la victoire acquise pour terminer le travail... De plus son envoi à Nantes n'avait pas fait l'unanimité vu la petite expérience qu'il avait eu à Rennes: Robespierre s'y était opposé et avait argué pour cela que Carrier prenait "du plaisir à tuer". Il n'avait pas été écouté mais son animosité vis à vis de Carrier n'a jamais fait de doute et n'a cessé d'augmenter à-partir de cette période.
Novembre 1793, c'est aussi la création par Hébert et les ultra-révolutionnaire d'une Déesse Raison destinée à remplacer le Dieu catholique. Des cérémonies un peu grotesques sont organisées dans Paris et le Comité de Salut Public laisse faire: ce n'est que plus tard, avec la multiplication des mascarades anti-religieuses, qu'il tiquera en raison des troubles à l'ordre public que ces provocations engendreront. Mais novembre, c'est surtout l'arrivée et l'engagement définitif de Bonaparte pour la cause de la Révolution... Rejeté par Paoli qui le méprise pour des raisons claniques, il n'appréciera pas non-plus la trahison du leader corse qui livrera l'île à la flotte anglaise pour ne pas subir les ordres de Paris. Accueilli et pris sous l'aile protectrice de Salicetti _député corse Montagnard proche de Robespierre_ il sera affecté au siège de Toulon en tant que capitaine d'artillerie: son heure de gloire ne va pas tarder à sonner...
A l'est et au nord, la situation s'équilibre un peu. Saint-Just et Le Bas sont envoyés dans les régions de l'est pour superviser le travail des généraux et prendre d'éventuelles mesures d'urgence. C'est là que Saint-Just dira aux soldats qu'ils sont plus forts que leurs ennemis car ceux-cis se battent sur l'ordre d'un roi tandis qu'eux, soldats de la République, se battent pour une cause qu'ils ont choisie, pour un idéal qui fait d'eux des citoyens. Ce faisant, Saint-Just a inventé la conception subjective (ou "française") de la Nation: conception généreuse basée sur la volonté commune et opposée à la vision objective (ou "allemande" car elle naîtra en Allemagne vers 1808) qui a, elle, des critères de sang, de terre, de langue ou de religion dont l'application jusqu'au-boutiste donnera logiquement le nazisme...

Mais 1793 est loin d'être terminée: les événements et les idéaux vont encore franchir un pallier en cette fin d'année et la Révolution, emportée par sa propre énergie, va flamboyer et briller d'une lumière dangereuse et splendide qui terrifiera bon nombre de ses ennemis résignés: la Terreur donne des résultats de plus en plus probants, pas question de s'arrêter en si bon chemin!..

80 Re: Révolution Française le Dim 26 Juil 2015 - 1:13

Sudena

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C'est en décembre 1793 que la Convention adopté définitivement le calendrier républicain. On sait que depuis plus d'un an les actes officiels sont datés de l'an I de la République, mais c'est alors un calendrier anonyme, "froid". On sait juste qu'il commence au premier jour de l'automne et qu'il respecte le cycle des saisons: avouez que c'est faible... Or le poète Fabre d'Eglantine (ami de Danton [donc corrompu notoire...] qui a trempé dans des affaires frauduleuses de la Compagnie des Indes mais qui a également écrit composé des chansons populaires comme "Il pleut il pleut bergère") sait donner vie et beauté à une idée... Et c'est ainsi qu'il compose le calendrier le plus laïc, le plus poétique...et le plus pratique jamais vu jusqu'à aujourd'hui...
Pour commencer, finis les saints chrétiens: les jours célèbrent désormais le travail de la terre au sens large (fleurs, outils, arbres, etc...) sans incohérence de saison.
L'année est divisée en douze mois de trente jours, chacun divisés en trois décades (donc dix jours...). Il est correct de dire "quinze floréal" mais on peut également formuler "quintidi jour du deuxidi décade de floréal", au choix (car oui: "premier", "second" sont abolis: il faut dire désormais "priméri, "deuxidi", "tercidi", etc...).
Si tout ceci est un peu compliqué, attendez un peu de voir LA merveille: les mois. L'année, je vous l'ai dit, commence au premier jour de l'automne et les mois respectent strictement le rythme des saisons (comme ce serait cool aujourd'hui quand on sait qu'une année "réelle" pour l'immense majorité est une année scolaire: comme ce serait pratique pour calculer un budget, préparer un emploi du temps, etc...). Et quels mois! Les noms sont beaux et simples, ont un vrai sens et ont cette particularité pratique d'avoir une terminaison propre à chaque saison ("aire" en automne, "ôse" en hiver, "al" au printemps, "or" en été). Ces mois, les voici:

En automne:

-Vendémiaire (mois des vendanges)
-Brumaire (mois des brumes)
-Frimaire (mois du froid)


En hiver:

-Nivôse (mois de la neige)
-Pluviôse (mois des pluies)
-Ventôse (mois du vent)


Au printemps:

-Germinal (mois des bourgeons)
-Floréal (mois des fleurs)
-Prairial (mois des prairies)


En été:

-Messidor (mois des moissons)
-Thermidor (mois des fortes chaleurs)
-Fructidor (mois des fruits)


Entre le 30 fructidor et le priméri vendémiaire il y a cinq jours (six dans les années bissextiles) appelés les "sans-culottides" et destinés à fêter la naissance de la République (Valmy, l'abolition de la royauté, etc...).

A la fois pour un souci d'exactitude et de "mise en ambiance", j'utiliserai désormais le Calendrier Républicain (je traduirai en cas de demande ainsi que pour des événements impliquant d'autres nations comme les batailles). Mais s'il y a des français dont ce calendrier n'améliore pas l'humeur, ce sont bien les Vendéens dont l'épopée tragique est proche de sa fin...

81 Re: Révolution Française le Dim 26 Juil 2015 - 1:14

Sudena

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Et voici, en images d'époque, le Calendrier Républicain.  Smile

82 Re: Révolution Française le Sam 8 Aoû 2015 - 22:48

Sudena

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Le 3 nivôse an II (23 décembre 1793), l'armée vendéenne attend l'hallali... Depuis la défaite de Cholet, les déconvenues se sont multipliées: La Rochejacquelein, en faisant traverser le Loire à son armée, avait tenté de rallier les Chouans bretons avec succès et quelques victoires ponctuelles avaient redonné le moral aux troupes (comme la prise de Laval). Mais, comme à chaque fois depuis le début de la guerre, les choses se sont compliquées dès qu'un enjeu stratégique sérieux venait pimenter la bataille... Tentant de prendre Granville pour ouvrir les côtes françaises à la flotte anglaise (et après on dira que ces gens-là n'étaient pas des traîtres et des ennemis de la patrie...), les royalistes s'étaient heurtés à la résistance de la garnison de la ville. Comme à Nantes... Mais cette fois-ci il a semblé que le cœur avait lui-aussi manqué: chose d'autant plus alarmante que les armées républicaines commencent à se préparer en vue de l'expédition décisive, avec à leur tête les généraux Westerman et Marceau. Les vendéens redescendent vers la Loire, tentant d'y croire pour survivre et marcher encore...
Mais le 18 novembre, La Rochejacquelein reprend l'initiative: profitant de la dispersion des troupes républicaines dont les chefs veulent faire cavalier seul, il décide d'attaquer. Westerman, prévenu à temps, tente de contourner et d'acculer son adversaire vers la mer. Le 20, la bataille de Dol commence: elle durera trois jours et sera l'une des plus coûteuses de la guerre de Vendée. La différence se fait sur la synchronisation des chefs vendéens, contrastant avec le tâtonnement des républicains. Stofflet et La Rochejaquelein, poussés par l'énergie du désespoir, résistent et lancent ensuite des contre-attaques meurtrières. La victoire est acquise le 22 mais les chefs vendéens ne savent une nouvelle fois pas l'exploiter: alors que La Rochejaquelein voudrait attaquer Rennes, les autres chefs et les troupes le désavouent et choisissent de revenir en Vendée sous les conseils de Stofflet. Pou assurer leurs arrières il faut prendre Angers mais les républicains ont ainsi la paix pour se réorganiser sous la houlette de Kléber qui recadre vertement les jeunes chefs impétueux... De plus, la bataille de Dol a encoure coûté cher aux vendéens: les effectifs se réduisent dangereusement et l'épuisement devient de plus en plus total...
Le 13 frimaire an II (3 décembre 1793) l'armée vendéenne arrive en vue d'Angers, mais cette troupe en haillons ne fait plus peur à personne et le lendemain la garnison de la ville, aidé par les troupes de Boüin de Marigny (qui trouvera la mort pendant la bataille), prend l'initiative de l'attaque: les vendéens fuient en déroute. Désormais la situation stratégique des vendéens devient intenable. Pour sauver ce qui reste de l'armée (où il y a désormais plus de Chouans que de vendéens), La Rochejaquelein essaie d'éviter la bataille, trouve un guet pour traverser la Loir. Dans un ultime sursaut d'énergie, il repousse les républicains à Prion, mais le 20 frimaire (10 décembre) l'ensemble des troupes vendéennes et républicaines se rencontrent enfin au Mans. La déroute royaliste est à la hauteur de la détermination républicaine: 15000 morts Blancs contre pas même cent Bleus. La retraite précipitée est bloquée à l'ouest pas les républicains, au sud par la Loire. L'espoir est nul de s'en sortir... Incapable d'en supporter plus, La Rochejaquelein s'enfuit avec quelques hommes: le généralissime malgré lui, sabreur hors pairs, n'a plus le courage de supporter ni l'état de ses troupes ni les querelles de chefaillons qui déchirent son état major. Il n'est pas le seul à déserter: Stofflet fait de même. Les deux traversent la Loire et laissent l'armée livrée à elle-même, face à des Bleus résolus à l'anéantir pour de bon!..
C'est dans cet état qu'elle se trouve ce 3 nivôse. Westerman et Marceau, cette fois-ci, sont ensemble. Ils attendent intelligemment que l'ennemi attaque le premier, puis déclenchent le tonnerre déferlant avec des soldats déterminés à en finir une bonne fois pour toutes! Les faibles troupes royalistes ne résistent pas plus de quelques heures: elles sont massacrées en bonne et due forme. Quasiment aucun combattant ne sortira vivant (sur les 6000, il y aura au moins 4000 morts). La Grande Armée Royale Catholique n'existe plus, comme Marceau et Westerman l'écrivent à la Convention. Seule exception...Charette, encore lui!, qui continue à harceler les soldats Bleus dans le marais. Devant l'impossibilité de le rallier, La Rochejaquelein choisira de se suicider à sa façon, le 9 pluviôse an II (28 janvier 1794), en attaquant seul la garnison de Nuaillé.
D'Elbée, lui, a été fusillé à Noirmoutier, le 17 nivôse an II (6 janvier 1794). D'autres chefs, dont Donissan, mourront dans les mois à venir, mais il faudra attendre le 7 ventôse an IV (25 février 1796) pour que Stofflet connaisse le même sort, à Angers...

Ainsi se termine la tragique épopée des Vendéens: la Convention, en prenant cette menace au sérieux et en envoyant les troupes et les instructions de sévérité nécessaires, a sans aucun doute sauvé la France de l'invasion. Si Charette est toujours une menace et si Toulon est toujours occupé, la Terreur a une nouvelle fois donné la preuve de son efficacité. Et aussi émouvante a-t-elle été, l'aventure vendéenne n'en a pas moins été une révolte fourbe et une guerre civile qui s'est conclue par l'anéantissement de ceux qui l'avaient provoquée. Rendons hommage au courage de ces hommes, ayons pitié de la grandeur de La Rochejaquelein ou de d'Elbée (qui ont pris la tête des troupes par honneur chevaleresque bien plus que par conviction politique et encore moins religieuse), mais ne nous lamentons pas trop sur le sort de ces rebelles: ils ont cherché ce qui leur est arrivé et comme les romains se sont entendus dire plus de vingt siècles plus tôt: vae victis!..

83 Re: Révolution Française le Dim 16 Aoû 2015 - 2:41

Sudena

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Toulon est toujours occupé?.. ce n'est qu'en partie vrai. Certes la ville est toujours soulevée mais depuis cinq jours les troupes révolutionnaires y sont entrées et Toulon, livrée à elle-même, est en train de tomber pour de bon (ce qui sera le cas trois jours plus tard)! Comment cela est-ce arrivé? Comment le général Dugommier a-t-il réussi à vaincre cette dangereuse rébellion et à forcer les anglais de la rade à faire retraite, avouant ainsi leur défaite, dès le 28 frimaire, soit deux mois après leur arrivée sur place...et alors que moins de dix jours avant la victoire leur semblait promise? A cause d'un capitaine d'artillerie. Oui: un simple capitaine d'artillerie, et qui ne paye pas de mine à première vue. Il n'est pas petit, ça non, il est maigre, très maigre, presque cadavérique; ses yeux gris sont profondément enfoncés dans leurs orbites, ses cheveux sont noirs, très raides, et ils lui descendent jusqu'aux épaules. Il est corse mais il a dit adieu à son île car il vient d'y vivre plusieurs mois qu'il n'oubliera jamais: des mois de vexation, de mépris, puis de traque. Voici en quelques mots l'année terrible de ce jeune homme de vingt cinq ans: voici en quelques mots l'année 1793 de Napoléon Bonaparte...

Depuis sa plus tendre enfance, Napoléon n'a qu'un rêve en tête: réaliser le rêve d'indépendance de son idole Pascal Paoli. Il a enduré les vexations de ses camarades de l'école militaire sans jamais trahir son idole et sa patrie en aucune parole (il éprouva une haine réciproque pour son camarade Phélippeaux, qui devait s'exiler dès le début de la Révolution et prendre les armes contre la France révolutionnaire). Pressenti en 1787 pour faire partie de l'expédition de de La Pérouse en raison de ses facultés que ses maîtres pressentaient de futur grand marin, il fut jugé trop jeune et se consacra à l'artillerie et aux mathématiques. Mais toujours le corse sommeillait...et la Révolution vit le retour en grâce sur son île de Pascal Paoli à qui Napoléon s'empressa de proposer son soutient.
Mais le vieux héros ne voyait pas d'un bon oeil de jeune homme et il se montra à son égard d'abord froid, puis condescendant...avant de devenir rapidement méprisant. Les lettres de Napoléon datant de fin 1792-début 1793 sont pourtant extrêmement émouvantes d'admiration et d'enthousiasme, et il est indéniable que son seul souhait est de réaliser de grandes choses pour son maître et pour la Corse: ses propositions sont de grande envergure et il n'attende de son idole qu'un peu de respect qu'il s'efforce de toutes ses forces, de toute son âme, de mériter. Mais Paoli s'agace rapidement et se lasse de ce blanc-bec fils d'un ancien partisan qui a osé se soumettre à la France victorieuse en 1769. Pour Paoli, les Bonaparte sont devenus des "français" et la sympathie politique réelle que montre le jeune Lucien aux idéaux de la Révolution le conforte dans cette idée. De plus, les Bonaparte viennent d'Ajaccio et lui, Paoli, n'a d'estime que pour les gens de SA ville: Bastia. Paoli refuse l'idée de voir la Corse soumise à Paris: il n'accepte pas la victoire de la Montagne alors que Napoléon, lui, n'est pas insensible à l'idée de centralisation et aux idéaux prônés par les "purs et durs" de la Révolution. Le conflit générationnel éclate à mesure que Napoléon se rend compte que l'homme qu'il a admiré toute son enfance ne le voit que comme un gêneur ou pire: comme un traître. Paoli n'a pas vécu en France comme Napoléon, il n'a pas cette "fraicheur" et cette ouverture d'esprit à la nouveauté: il reste un homme de son âge, de son temps: il ne comprend pas l'idée de République sur le continent et d'ailleurs la France lui est totalement indifférente. Enfermé dans ses certitudes et ses vieilles rivalités claniques, il commet alors un acte impardonnable aux yeux de Napoléon: il ouvre l'île aux anglais. Dès lors le jeune homme cesse la flatterie, tente de lui parler face à face, mais le vieux héros en a plus que marre et tente de le faire assassiner. Prévenu à temps, Napoléon quitte la Corse comme un paria, emmenant avec lui sa famille et une partie de ses illusions.
Sur le continent il est accueilli par le député Salicetti. L'homme est corse: il comprend ce qu'il ressent et l'amertume qu'il peut nourrir. Il n'y a pas que la terre qui les unit d'ailleurs: Salicetti est Montagnard et Napoléon, s'il reste réservé sur le sujet, n'en cache pas pour autant des idéaux de gauche dont il semble aujourd'hui très tiré par les cheveux de douter de la sincérité. Le député voit aussi une grande intelligence dans le jeune homme maigrelet qu'il a face à lui, et il propose de l'envoyer à Toulon que les anglais et les royalistes tiennent. L'idée est bonne: Dugommier a besoin d'aide et d'initiative chez ses subalternes, et son chef d'artillerie Carteaux manque singulièrement de cette initiative, ainsi que de sens stratégique... Aussi, dès l'arrivée de Napoléon les choses bougent: placé dans son élément, le jeune homme voit tout de suite ce qu'il faut faire et il sait surtout que dans ce siège l'artillerie doit avoir le premier rôle. Il s'oppose parfois violemment à Carteaux qui ne voit pas d'un bon oeil que ce corse maigrichon puisse prétendre en savoir plus que lui sur le plan stratégique. Mais Bonaparte a un atout: les décisions reviennent aux représentants de la Convention nommés par le Comité de Salut Public, or ceux-ci font confiance à Dugommier pour la stratégie (c'est le seul soldat vraiment expérimenté et digne de confiance dans l'état-major), et Dugommier a perçu dès qu'il l'a vu le potentiel de ce capitaine ainsi que la pertinence de son plan qui consiste à s'emparer des fortins de l'Eguillette et de Balaguier pour noyer Toulon sous les canons. Mieux encore: la conquête de l'Eguillette placerait sous le feu des français la flotte anglaise, lui interdisant toute tentative d'approche... Une fois Carteaux viré le plan est appliqué. Le manque de décision des chefs de bataillon dans l'action retardent de plusieurs jours la conquête des fortins mais le 24 frimaire c'est chose faite...et la fête des anglais commence... Incapables de faire quoi que ce soit contre cette stratégie, constatant que les royalistes s'épuisent dans des sorties certes indispensables mais sans aucun résultat, ils fuient en coulant au passage les vaisseaux français de la rade: mesquine et peu glorieuse sortie (car l'enjeu stratégique de ce geste est très faible à court terme et inexistant à moyen terme) qui ne donne que plus de plaisir aux républicains qui actent la capitulation de la ville le 7 nivôse an II.
Pour Bonaparte c'est un triomphe le complet: non-seulement il a remporté sa première victoire avec une armée de métier, mais il a symboliquement tué le père en se battant pour cette France révolutionnaire par choix: jamais plus désormais il ne se sentira autre-chose que français... Mieux encore: Dugommier est un homme intègre et honnête: la pluie de récompenses qu'il reçoit pour avoir pris Toulon ne lui fait pas oublier à qui il doit réellement cette victoire. Et il parle en des termes plus qu'élogieux de ce jeune capitaine Bonaparte aux représentants de la Convention. Parmi eux, un homme lui demande de rencontrer cette petite merveille. Début d'une belle histoire d'amitié sincère et de grand respect réciproque entre Napoléon Bonaparte et ce député de la Convention, à savoir Augustin Robespierre, le frère de l'Incorruptible...

Mais la Révolution bouge beaucoup en cet hiver de l'an II et depuis plus d'un mois deux de ses enfants sont en train de se livrer un duel à mort... Alors que la Terreur montre de plus en plus son efficacité, le sang s'apprête une fois de plus à déborder et à déferler. Mais Marat n'avait-il pas dit il y a longtemps déjà: "Pour épargner quelques têtes coupables, il faudra peut-être un jour faire couler un fleuve de sang..."? Il avait une nouvelle fois vu juste et toi, Révolution, au moment où je vais entamer le récit de ta plus terrible grandeur, autant que la lumière infinie de tes yeux je vois le sang qui coule de tes cheveux et je ne me demande même pas si je t'aimerais autant si tu n'avais pas été si terrible: ta beauté est dans tous tes excès, qu'ils soient de colère ou de générosité... Je t'aime, Révolution! je t'aime dans tous ce que tu es! Et c'est en frissonnant que je m'embarque avec toi sur ta mer la plus déchaînée...

84 Re: Révolution Française le Dim 23 Aoû 2015 - 0:37

Sudena

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Depuis un mois, Danton est sorti de sa retraite bucolique où il s'est marié avec une jeunette...devant un prêtre réfractaire. Or s'il y a quelqu'un qui n'apprécie pas du tout ce retour, c'est bien Hébert. Le Père Duchesne, son journal, a repris le rhétorique ultra-révolutionnaire de Marat mais en utilisant un vocabulaire "sans-culotte", populaire et volontiers ordurier. Les mauvaises récoltes de l'été ont conduit à une politique de rigueur et si le Comité de Salut Public réussit un exploit non-négligeable en refusant la spéculation et en exigeant que le blé soit gardé par des services d'Etat pour être redistribué, cela n'empêche pas l'impatience, impatience dont Hébert profite grassement...
Danton, lui, voit avec inquiétude les prisons pleines et les charrettes de condamnés (qu'Hébert juge à-contrario pas assez nombreuses), mais plus encore il s'inquiète de ces mesures restrictives sur le plan social comme économique. Il le dit à la Convention, avec son éloquence habituelle, et Hébert passe à l'attaque: Le Père Duchesne accuse Danton et ses amis de prêcher purement et simplement l'arrêt de la Révolution pour pouvoir s'enrichir aux dépends du peuple. Il l'attaque également au club des Jacobins et ne fait aucun mystère de ses intention: pour lui Danton doit passer devant le Tribunal Révolutionnaire.
Mais Danton réagit immédiatement: Desmoulins lance un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, qui appelle à la clémence et attaque à boulets rouges les positions d'Hébert. Aussi le club des Cordeliers opère un spectaculaire virage à droite: il devient le fief des "Indulgents" (terme donné en opposition aux "Exagérés", partisans d'Hébert).



Robespierre et le Comité de Salut Public restent neutres (malgré les pressions venues des deux côtés). Il est vrai que, dans cette affaire, les deux partis en présence sont assez nauséabonds...

-Hébert tout d'abord est un personnage hautement détestable: derrière son apparence populaire il est un homme très riche, maniéré, à cent lieues du personnage du père Duchesne qu'il prétend incarner. Saint-Just dira de lui qu'il "attaque les banquiers la journée et dîne avec les banquier le soir". Ses position extrémistes sont fortement sujettes à caution non-seulement eu égard à son train de vie mais aussi par ses attitudes passées, plus que louches: on sait qu'il a rendu d'étranges visites au Temple peu après la mort de Capet et on soupçonne un lien secret entre lui et l'Autrichienne (lien politique et/ou financier), lien que son attitude plus qu'agressive durant son procès rend particulièrement crédible... Le problème c'est que son entourage est composé en-revanche d'hommes au-dessus de tout soupçon: révolutionnaires engagés et sincères qui croient réellement aux vertus d'un durciement de la Terreur. Parmi ces gens se trouvent Chaumette ou Jean Bon Saint-André...
-Danton ne vaut pas mieux: ses appels à la clémence n'ont pour unique raison que son intérêt personnel. En-effet, Danton n'est pas fou: il sait bien que la patrie est toujours en danger et que la Terreur, régime qu'il a largement contribué à instaurer, est plus que jamais légitime. Seulement l'activité du Tribunal Révolutionnaire et la loi des suspects commencent à l'inquiéter: marié par un prêtre réfractaire, ancien ami de Mirabeau, aux comptes plus que douteux, il sait qu'il est de plus en plus menacé par les lois de vertu collectivistes qu'il s'est fait un plaisir de piétiner à maintes reprises. Contrairement à Hébert, son entourage est composé par ses amis proches (et non par de braves gens en recherche d'un leader): des fripouilles notoires qui ont autant à craindre que lui du virage pris par la Révolution. Danton, aujourd'hui, a le beau rôle: celui de la seule voix de l'indulgence face à la folie sanguinaire de cette époque. Qu'est-ce que cette façade valait vraiment? je vous laisse en juger avec ces éléments...

Du côté du Gouvernement, Saint-Just a été envoyé dans les armées de l'est avec Philippe Le Bas pendant plus de deux mois et il a redressé certains travers avec des ordres à la fois très sévères et empreints d'un formidable idéal d'équité et de justice. Il a en particulier exigé que les voisins des hommes envoyés combattre labourent leurs champs à leur place sans faire d'histoire: quand quelqu'un se bat pour la patrie, il est normal que la collectivité lui donne un coup de main et permette à sa famille de vivre le plus normalement possible. De plus il a prévenu qu'en cas de manque de discipline ou de forfait, l'enquête se porterait d'abord sur les chefs. Ca marche très bien, d'autant que les soldats volontaires sentent que ces jeunes hommes (Saint-Just a vingt-six ans, Le Bas vingt sept) sont non-seulement sincères mais ne manquent pas de courage physique: ils partagent leurs conditions de vie, veillent tard, répondent aux angoisses légitimes: ils sont "de leur côté" et ça fait du bien à tout le monde. Aussi la situation militaire s'arrange quelque-peu: les positions sont solidifiées et tiennent sans broncher, bien que la menace soit toujours très importante...
Au Comité de Salut Public, Carnot se charge de l'organisation "pratique" des armées: c'est lui qui décide du nombre d'hommes à affecter sur les fronts, des points de ravitaillement et de la politique de guerre globale. Est-ce efficace? me demanderez-vous... Eh bien, il a été surnommé "l'organisateur de la victoire": ça se passe de commentaires. Il est doué, et il le sait... Couthon et Robespierre s'occupent davantage de politique d'ensemble, Billaud et Collot davantage des affaires intérieures, Augustin Robespierre, Saint-Just et Le Bas veillent sur les armées de façon plus "directe" et pratique, etc... Mais tous les membres du Comité décident ensemble des décrets soumis à la Convention: la machine marche bien, très bien même, et si Robespierre est bel et bien le membre le plus respecté et le plus écouté, c'est de façon collégiale que l'exécutif de la Terreur fonctionne...

La querelle entre Danton et Hébert atteint rapidement des sommets de violence: les deux réclament à corps et à cri le destruction pure et simple de l'autre. Les regards de chaque camp sont pointés sur Robespierre, guettant son attitude. Mais l'Incorruptible reste impartial en cet hiver de l'an II: il a mieux à faire... Lui et Saint-Just savent qu'un de leur projets les plus chers est sur le point d'aboutir et ils gardent en conséquence leur intelligence pour empêcher qu'un imprévu ne vienne le faire capoter à la dernière minute: la Terreur s'apprête en-effet à faire son plus merveilleux enfant. Lieu prévu de l'accouchement? la Convention Nationale. La date? le 16 pluviôse en II...

85 Re: Révolution Française le Dim 6 Sep 2015 - 1:28

Sudena

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Le 16 pluviôse an II est un jour tout à fait ordinaire à la Convention: des députés (aucun de très connu) viennent proposer des lois qu'ils ont débattues petit groupe lesquelles sont votées ou non par l'ensemble des députés après un débat verbal. Bien sûr, en temps normal, les projets du Comité de Salut Public ont priorité mais aujourd'hui l'exécutif n'a rien à faire passer. Ce sont les commissaires civils de Saint Domingue qui vont proposer une loi: ces gens s'appellent Sonthonax et Polverel (le premier, plus connu, participa à la révolution haïtienne mais demeure une figure très controversée, volontiers despotique; le deuxième, ami et partisan de Robespierre, fut arrêté après Thermidor mais mourut de maladie avant la fin de son procès). Leur projet de loi est simple: l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Soutenus activement par le Comité de Salut Public en général, par Robespierre et Saint-Just en particulier, cette loi est votée après un court débat, comme allant de soi, et puis on passe à autre-chose...

Vous vous rendez bien compte de ce que cela signifie? L'abolition de l'esclavage allait de soi pour cette Convention: c'est la seule explication logique au fait qu'elle n'ait produit aucun remous particulier, c'est la seule explication logique au fait qu'on l'ait totalement oubliée... Certes, avec l'Angleterre contrôlant les mers, cette loi est très difficile à mettre en pratique, mais c'est une question de principe qui a été résolue et les principes, il n'est jamais inutile de le répéter, sont fondamentaux dans l'esprit des révolutionnaires. Robespierre avait dit il y a longtemps déjà: "Une fois que vous aurez prononcé le mot "esclave" vous aurez prononcé votre propre déshonneur!..". Cette loi, selon moi, ne pouvait être votée que pendant la Terreur: c'est un avis que j'assume et je suis prêt à en discuter...

Mais une fois cette priorité réglée, Robespierre va avoir beaucoup de travail à faire. Car dans le même temps la haine entre Danton et Hébert s'est aggravée, elle n'est pas prête de s'arrêter...et Hébert ne va pas tarder à passer à l'offensive...



Dernière édition par Sudena le Mer 18 Nov 2015 - 16:49, édité 1 fois

86 Re: Révolution Française le Dim 6 Sep 2015 - 5:15

Sudena

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La situation de Danton en cet hiver de l'an II devient de plus en plus intenable: ses turpitudes lui reviennent comme un boomerang et Hébert utilise ses talents d'orateur pour exciter la colère du peuple, d'autant plus sûr de lui qu'il sait qu'à-priori ses positions se rapprochent davantage de celles de Robespierre que celles de Danton. Le club des Jacobins est devenu sa tribune et, lors d'une séance où Danton est présent, il l'accuse publiquement d'avoir volé les biens publics lorsqu'il était ministre, d'avoir été le complice de Mirabeau et de pactiser avec certains contre-révolutionnaires (des prêtres réfractaires en particulier). Danton, pour la première fois, pâlit: chacune de ces accusations est passible de mort, or il sait mieux que personne que toutes sont justifiées... A ce moment-là, au milieu des invectives populaires qui réclament la tête de l'ancien ministre, Robespierre, lui-aussi présent, intervient: il a enfin fait son choix...

Et patatras! Le choc est à la mesure de la surprise provoquée: Robespierre prend publiquement la défense de Danton et accuse Hébert d'hypocrisie, de tentative de sédition et de déstabilisation de la Révolution, et demande qu'il "ne souffre plus qu'on accuse Danton"!.. Cette position assez courageuse en soi en surprend plus d'un, et elle est loin de faire l'unanimité au sein de l'exécutif: si le Comité de Salut Public est partagé, celui de Sûreté Générale n'est clairement pas d'accord: lui sait parfaitement les griefs qu'il y a contre Danton et ses amis et ses membres essaient de rassembler des preuves suffisantes pour pouvoir les envoyer devant le Tribunal Révolutionnaire, or ces griefs sont quasi-inexistants dans le cas des ultra-révolutionnaires...
Comprendre la position de Robespierre est complexe mais très intéressant, car ses motivations sont diverses. Il y a d'abord l'amitié qu'il voue à Camille Desmoulins, son vieux compagnon de lycée: objectivement c'est indéfendable (comme ne manque pas de lui faire remarquer Saint-Just [qui déteste Desmoulins] dans le privé) mais ça joue dans l'esprit de l'Incorruptible. Ensuite il y a les mascarades anti-religieuses et là les raisons sont autant d'ordre personnel que politique: d'abord sur le plan politique ces mascarades sont un mauvais plan car elles excitent la haine des catholiques déjà hostiles à la Révolution ce qui n'arrange pas les affaires intérieures; ensuite sur le plan personnel: Robespierre n'est pas catholique mais il est profondément croyant: s'il est un adepte de la philosophie de Rousseau, il est le portrait de Voltaire sur le plan religieux. Le troisième point qui le pousse à défendre Danton est la personnalité d'Hébert que nous avons vue plus haut et qui le répugne au plus haut point. S'ajoute à cela une amertume certaine du fait que nombre de révolutionnaires et surtout de sans-culottes se soient ralliés à ce chef populiste  après la mort de Marat: Robespierre voudrait récupérer cette "frange gauche" pour qu'elle soutienne plus activement le Comité de Salut Public. Et enfin il y a toutes les actions d'Hébert qui paralysent le gouvernement et retardent les lois importantes: Hébert lance en-effet plusieurs manifestations de la faim qui obligent le Comité de Salut Public à mettre en place des solutions d'urgence pour que la sécurité des particuliers ne soit pas mise en danger, mais ce faisant les solutions aux problèmes du peuple (qui tiennent l'Incorruptible particulièrement à coeur) sont d'autant plus retardées...

Le problème est que ce faisant Robespierre n'a pas le choix: personne ne comprendrait que le Comité de Salut Public s'en prenne au seul Hébert contre lequel un dossier d'accusation bringuebalant mais défendable intellectuellement a fini par être monté: ses amis doivent chuter avec lui!.. Début germinal c'est donc un coup de filet terrible qui est organisé contre les Exagérés (on dit ce mot au même titre que celui d'"Enragés", aussi les utiliserai-je indifféremment): Hébert mais aussi Chaumette, Jean Bon Saint-André et d'autres passent devant le Tribunal Révolutionnaire. Complètement abasourdi Hébert se défend très mal et l'ambiance au sein du Tribunal est plutôt à l'expression de l'espoir de voir un fou criminel enfin "débarrasser le plancher". Le 3 germinal Hébert est condamné à mort. Lui qui plaidait l'envoi de centaines de milliers de personnes à l'échafaud se montrera la plus lâche victime de la Terreur: hurlant de peur la nuit précédant son exécution, k.o. dans la charrette l'amenant vers sa sentence, il est guillotiné au milieu des manifestations de soulagement. Au moins ses partisans, pauvres victimes innocentes, se montreront, eux, dignes et courageux...

L'exécution des Enragés a probablement été la plus grande erreur politique de Robespierre et elle pèsera sur lui tant dans son esprit que dans celui des patriotes, mais à sa décharge il y avait une stratégie derrière: d'abord montrer que sous la Terreur on ne peut pas demander impunément la tête de milliers d'innocents; ensuite, et c'est le plus important, cette exécution se voulait une tentative de réconciliation de la nation: en condamnant Hébert qui était pour lui le plus factieux de tous il souhaitait apaiser les tensions politico-sociales. Surtout il tendait ce faisant une main à Danton, mais celui-ci n'entendait pas en rester là...

87 Re: Révolution Française le Sam 23 Jan 2016 - 18:41

Sudena

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Les moins de deux décades qui séparent l'exécution d'Hébert et de Danton sont les jours les plus controversés de la Révolution même par les historiens républicains. Alors qu'ils sont certainement les plus logiques et parmi les moins passionnants qui soient...
Pendant plusieurs jours Robespierre espère que Danton, satisfait de l'exécution de son ennemi, "calme le jeu" et arrête de critiquer le travail de l'exécutif. Or c'est exactement l'inverse qui se passe: Le Vieux Cordelier se déchaîne, attaque à tout va, plaidant pour une paix chimérique alors même que la situation dans le nord est très loin d'être rassurante. Excédé, Robespierre accepte l'inévitable, décidé à la quasi-unanimité le 10 germinal dans une séance exceptionnelle où le Comité de Salut Public et celui de Sûreté Générale (très hostile à Danton) sont réunis, à savoir l'arrestation de Danton et de ses amis. Celui-ci se lasse faire sans broncher, presque le sourire aux lèvres: il est sûr de lui, de sa voix et de son éloquence. Robespierre réussit à faire accepter par la Convention la mise en accusation...mais le procès, comme il fallait s'y attendre, tourne rapidement à la comédie burlesque. Danton monopolise la parole, ne répond pas aux questions de Fouquier-Tinville on même d'Herman, injurie le Tribunal et l'accuse de tous les maux de la nation (en oubliant soigneusement qu'il l'a lui-même créé et ce qu'il lui doit...). Son éloquence est fabuleuse _son cynisme aussi..._ mais elle va se retourner contre lui...
D'abord grâce à une astuce (somme toutes fréquente mais qui ici prend tout son sens et son potentiel nuisible...): le fait de le faire comparer aux côtés de royalistes notoires pour entretenir la confusion. Cette astuce va mener loin: folle d'inquiétude, Lucille Desmoulins discute avec les familles desdits royalistes devant la Tribunal (en toute innocence probablement): elle y est vue...et la machine se déclenche. Saint-Just, dans un discours d'une conviction rare, mêle les accusations farfelues aux faits les plus avérés (qui, en soi [il n'est pas inutile de le noter], suffiraient à envoyer n'importe qui à la guillotine) et aux accusations plausibles mais non-avérées pour convaincre la Convention d'agir. Le Comité de Sûreté Générale argue de l'attitude de mme Desmoulins (qui, fait inévitable, sera arrêtée et guillotinée quelques jours plus tard) pour convaincre les députés d'un danger imminent. Enfin, opposé aux nouvelle mesures de discipline que le Tribunal a pris en conséquence, Danton se saborde lui-même: au-lieu de se tenir "à carreaux", il en rajoute dans la provocation...et finit par être exclu des débats, ainsi que ses amis les plus véhéments. L'accusation, basée plus sur la logique que sur les papiers, argue de l'amitié notoire de Danton avec des fripouilles du genre de Mirabeau ou de Talleyrand (cerise sur la gâteau, Fabre d'Eglantine est lui-même présent aux côtés de son vieil ami...), l'accuse d'avoir comploté avec des royalistes (ce qui est probablement faux quoique pas du tout improbable jusqu'en 1791...), d'avoir trempé dans le Massacre du Champ de Mars (ce qui est faux, à moins de considérer la lâcheté comme un crime), d'avoir tenté de fomenter une insurrection contre le gouvernement révolutionnaire (ce qui est vrai) et détourné d'énormes sommes d'argent public pour lui et ses amis (ce qui est on ne peut plus vrai). Le verdict tombe: Danton, Desmoulins, Fabre d'Eglantine et plusieurs de leurs amis sont condamnés à mort. Ils seront exécutés le 16 germinal dans une ambiance assez froide mais certainement pas triste...

Aujourd'hui considérée comme LE crime de Robespierre qui lui a été fatal quelques mois plus tad, la mort de Danton n'a en fait eu pratiquement aucune conséquence: elle fut oubliée en quelques jours par le peuple qui n'a pas soutenu un Danton qui comptait beaucoup sur une popularité...qui avait disparu depuis plusieurs mois. Sans conséquence, sans importance, la fin des Indulgents a simplement libéré le Comité de Salut Public d'un boulet gênant: il pouvait enfin gouverner et se consacrer au vrai problème du pays: la guerre...

88 Re: Révolution Française le Mar 17 Mai 2016 - 15:41

Sudena

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Depuis mi-nivôse, la République est en passe de gagner, ou du moins de "cautériser", la guerre civile: après la disparition de la Grande Armée Royale Catholique vendéenne, la Convention s'est méfiée de cette région et a envoyé le général Turreau à la tête des fameuses "Colonnes Infernales" destinées à endiguer avec la plus grande violence et la plus extrême sévérité la moindre embryon de révolte de cette région trop bigote... Pendant plus d'un an ces colonnes vont ravager cette région faisant dire à certains que la Révolution s'est rendue coupable d'un génocide contre ces populations. Cette affirmation, lancée avec une verve émouvante et souvent de belles envolées lyriques et force larme à l'œil, est pourtant totalement absurde, voici pourquoi: d'abord parce qu'il n'y a jamais eu la moindre notion de race ou même de religion dans ces massacres (s'il y en avait eu, pratiquement toute la France y serait passée vu que la pays était largement catholique...); ensuite il s'agissait de militaires, et pas d'exécutions soigneusement répertoriées et perpétrées par es civils (les instructions laissaient le champ libre à l'application pratique, ce qui contredit la théorie du meurtre de masse "organisé" depuis le sommet de l'Etat); enfin et surtout...la méfiance n'était pas du tout injustifiée!.. Car l'endroit ou le bat blesse pour les royalistes et défenseurs de la Vendée aujourd'hui, ce sont tout d'abord les massacres des républicains au sein même de la Vendée (je l'ai dit plus haut: la guerre de Vendée est avant tout une guerre entre vendéens): chaque fois que les soldats Bleus ont eu le dos tourné, les révoltes reprenaient: avouez qu'à la longue ça finit par lasser... Ensuite des chefs comme Stofflet ou Charrette se battaient encore dans le marais: même si elle était plus sourde, la guerre continuait bel et bien avec des chefs toujours armés. Enfin...il est bien difficile, dans cette guerre fourbe et pourrie jusqu'à la moelle, de différencier strictement civils et militaires: les soldats emmenaient leur famille avec eux et les enfants étaient dès le plus jeune âge initiés au meurtre et à la haine des républicains (comme nous le verrons plus tard, la guerre de Vendée préfigure beaucoup la guerre d'Espagne)... Pour moi, aussi moche soit-elle, la guerre de Vendée reste une affaire militaire et les crimes commis demeurent, hélas, des excès de soldats laissés (peut-être volontairement...) libres de toute discipline...

Ailleurs la situation se stabilise de plus en plus: les anglais ont définitivement renoncé à débarquer à Toulon, les prussiens sont cantonnés sur le Rhin, l'Autriche ne bouge pas beaucoup au sud en raison de la difficulté à franchir les Alpes. La révolte royaliste à Bordeaux a été rapidement endiguée, mais vu l'importance stratégique de cette ville, la Convention y a envoyé Tallien...qui s'est livré à un jeu de massacre d'autant plus cruel qu'il n'était pas "canalisé" par des représentants plus "charismatiques" (Augustin Robespierre pour ne pas le citer, qui a, sinon épargné [ne poussons pas trop...], du moins évité la destruction complète et absolue à Toulon, ville rebelle qui n'a pas "morflé" plus que nécessaire...).

La menace, pourtant, demeure réelle, mais désormais, est mieux "ciblée": il y a d'une part le nord où les généraux Hoche, Pichegru, Jourdan et Kléber, ont toutes les peines du monde à contenir les prussiens et autres alliés commandés par Beaulieu. Pour circoncire cette menace, la Comité de Salut Publie envoie de nouveau Le Bas et Saint-Just sur le terrain. Les deux jeunes hommes, qui arrivent début floréal, prennent rapidement les affaires en main et imposent leur autorité. Ils commencent par louer la bonne idée d'avoir mis en place des généraux d'une aussi grande différence d'âge: la sagesse de Kléber et Pichegru devant servir de contrepoids à la jeunesse de Jourdan et surtout de Hoche. Mais, assez vite, les rapports se complexifient: les généraux français sont pétris d'idéaux politiques et Saint-Just sent qu'un des quatre hommes n'est pas un républicain fervent, peut-être même qu'il est vendu aux royalistes. Vénérant par nature les hommes plus âgés, il tourne un regard de plus en plus suspicieux vers Jourdan et Hoche (quoique cette méfiance ne transparaisse nullement de ses rapports: la priorité reste la guerre et on s'occupera des traîtres dans un second temps...), or le premier est un militaire "pur et dur", certainement le plus apolitique de tous les généraux de cette période. Aussi l'Archange de la Révolution se méfie davantage du jeune Hoche...
Que valent ces soupçons? eh bien _abrégeons tout de suite une histoire à la fois pénible et "sourde"_ Saint-Just ne s'est pas trompé sur le principal: il a toujours eu du flair et il y a bel et bien un royaliste parmi les généraux... Un royaliste prudent et modeste mais qui aimerait bien réussir là où Dumouriez a échoué. Mais Saint-Just, en soupçonnant Hoche et en le faisant enfermer préventivement un peu plus de deux mois plus tard (juste avant de retourner à Paris), a commis une grosse erreur: son respect presque religieux des personnes âgées (qu'il est en train de mettre par écrit dans un essai utopique des institutions républicaines "idéales" [qui comprend des influences spartiates et qui prône une forte prédominance de l'Etat (volontiers autoritaire) tout en exaltant des valeurs humanistes d'un progressisme à couper le souffle...]) l'a empêché de voir le vrai traître, lequel a eu l'intelligence de se tenir à carreaux aussi longtemps que les députés se trouvaient dans le coin. Il faudra attendre longtemps pour qu'il soit démasqué...
Mais en attendant la discipline revient, les plans commencent à se faire précis: la bataille décisive pourra avoir lieu dès que l'échiquier commencera à bouger (car on ignore encore totalement la plan e Beaulieu...qui n'est pas plus au courant du nôtre)...

La deuxième menace à laquelle doit faire face le Comité de Salut Public est encore plus complexe, vitale et dangereuse: il s'agit de l'approvisionnement du pays... Les récoltes de l'été précédent ont été mauvaises et si la constitution de greniers et la lutte contre la spéculation ont réussi à sauver beaucoup de malheureux, la France ne tiendra pour autant pas jusqu'à l'été. Robespierre croit en la vertu et en la patience du peuple, mais lui et le Comité de Salut Public savent depuis longtemps qu'on ne s'en sortira pas touts seuls: il faut impérativement l'aide des américains qui, malgré de vives discussions, acceptent de nous aider et d'envoyer un convoi plein de vivres vers la France. Le problème, c'est que l'Angleterre sait parfaitement ça et qu'elle est fermement décidée à empêcher ce convoi d'arriver sur nos côtes. Le Comité de Salut Public décide alors de risquer le tout pour le tout et d'envoyer toute la flotte disponible prêter main forte au convoi. Albion y voit une occasion idéale qui pourrait ne pas se représenter de sitôt: détruire complètement la flotte française déjà très fragilisée, s'emparer du grain américain, affamer la France et ruiner la propagande révolutionnaire. L'amiral Howe est envoyé pour remplir cette mission. Il a pour lui la connaissance de la mer, des hommes autrement plus aguerris que les français et beaucoup plus "libres" car il ne s'agit pas de protéger quoi que ce soit, et des navires autrement mieux armés avec des canons à courte portée (les "caronades") programmés pour faire des dégâts maximum sur les navires ennemis. Les français n'ont pour eux que leur vailllance...et l'instinct de survie. C'est le 16 prairial an II que va se dérouler la bataille décisive...

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