Les irréductibles de Lost

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Révolution Française

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51 Re: Révolution Française le Dim 30 Nov 2014 - 23:57

Sudena


Il y a eu encore mieux dans l'Histoire: le 7 août 1819, la bataille de Boyacá a été une victoire décisive de Bolivar sur les espagnols qui ont été définitivement chassés du Venezuela. Elle a duré en tout et pour tout sept minutes et n'a pas fait plus de cent morts...
En insistant à Valmy, Brunswick se serait exposé à une déroute vu que Dumouriez n'était pas loin: il a préféré renoncer et tenter de défendre ses positions avancées plutôt que de tenter une marche en avant suicidaire. Hélas pour lui les armées républicaines étaient vraiment prêtes à soutenir une campagne à ce moment-là...

52 Re: Révolution Française le Jeu 4 Déc 2014 - 4:16

Sudena

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La Convention qui se réunit en cette fin septembre 1792 est la première assemblée totalement et résolument républicaine qu'ait connu la France et il faudra attendre le XXème siècle pour qu'un tel fait se reproduise... Elle est divisée en trois groupes distincts qui se sont reconnus par une pensée commune, des priorités politiques. En temps de guerre les tensions exercées vont rapidement atteindre un niveau de passion qui les changeront en haines, conduisant à un fatal _ mais inévitable_ affrontement. Les groupes, les voici:


-la Gironde: alors qu'elle formait la gauche de l'Assemblée Nationale, elle se retrouve à droite de la Convention. Comme toutes les droites qui vont lui succéder dans les divers pays, la valeur la plus importante à ses yeux est la liberté. Ce groupe a des visions économiques sur le moyen terme et croit en l'ordre et à la prudence. Fédéralistes, ils se méfient tous de Paris (bien que beaucoup de leurs leaders soient parisiens) et croient aux compromis. Il ne faut pas croire qu'ils arrivent absolument unis et qu'ils partagent les mêmes points de vue sur tout, que nenni! Brissot (l'homme qui a voulu et prôné la guerre) est ce qu'on pourrait appeler la "branche droite" tandis que leur égérie, Manon Rolland (femme du député du même nom et amante du jeune Buzot) forme la "branche gauche". Au milieu de cela il y a Vergniaud qui fait en quelque sorte le lien et qui va s'affirmer de plus en plus comme le vrai chef de l'ensemble. D'autres députés complètent le tableau: Héraut de Seychelles, Lanjuinais, Bailly, Pétion, Guadet, Gensonné, Miranda. L'un de leurs benjamins, le marseillais Barbaroux, va s'affirmer come leur étoile montante. Principales forces: ils avancent relativement unis dans leurs revendications, ils sont majoritaires par-rapport à leurs adversaires Montagnards, ce sont de fabuleux orateurs, leur prudence naturelle flatte l'esprit conservateur et leur donne pour beaucoup (et c'est le cas souvent encore aujourd'hui) une légitimité intellectuelle, les grandes dames de la Révolution sont avec eux (Manon Roland, Olympe de Gouges, Thérouagne de Méricourt [même si celle-ci commence de plus en plus à prendre ses distances]). Principales faiblesses: ce sont eux qui ont voulu la guerre, Paris leur est hostile, le petit peuple ne les soutient pas, et surtout ils manquent de génie comme de clarté politique derrière leurs beaux discours: on peut les soupçonner de lâcheté dans ce domaine...

-la Plaine: groupe majoritaire dans l'absolu, dénommé ainsi parc qu'ils siègent en bas de l'hémicycle, la Plaine n'a aucune ligne politique claire et ses députés mémorables se comptent sur les doigts de la main: Barrère est indiscutablement leur leader et en dehors de lui on peut distinguer Cambacérès ou Sieyès. A part leur républicanisme ils vont où le vent tourne, sans conviction réelle, ce qui leur vaudra un surnom méprisant mais parfaitement juste qui va s'imposer et avec lequel nous les désignons plus volontiers aujourd'hui: le Marais...

-la Montagne: elle siège à gauche de la Convention, sur les places du haut ce qui lui vaut son nom. Comme toutes les gauches, la valeur la plus importante à ses yeux est l'égalité. Elle se distingue de la Gironde d'abord et avant tout par sa définition de la République: alors que la Gironde est fédéraliste (sur le modèle américain), la Montagne est centralisatrice: pour elle la République doit être une et indivisible...et son épicentre est conséquemment Paris. N'ayant pas voulu la guerre (ils peuvent brandir à cet effet Robespierre ou Billaud Varenne) ils sont déterminés à la gagner et ils sont prêts à y mettre les moyens. Par-rapport aux Girondins, ils ont incontestablement des idéaux plus généreux: ils voudraient supprimer la pauvreté, qu'il n'y ait plus de misérables... C'est peut-être le fait qu'ils y croient sincèrement qui les rend si dangereux...et si merveilleux. Comme la Gironde ils n'avancent pas unis: Marat forme l'"aile gauche", Danton l'"aile droite", avec Robespierre au milieu. Les députés mémorables sont légion: Couthon, Desmoulins, Fabre d'Eglantine, Collot d'Herbois, Fouché, Carnot, David, Legendre... Le benjamin de ce groupe comme de la Convention est le député de l'Aisne Louis Antoine Saint-Just, totalement inconnu...jusque là. Principales forces: Paris les soutient à 100% que ce soit la municipalité ou les clubs populaires, ils ont comparativement plus de "plumes" que la Gironde (avec Desmoulins, Marat ou Hébert), le courage politique ne leur fait, à eux, certainement pas défaut et s'ils ont comparativement moins d'orateurs ils sont plus "percutants", plus "vrais" que leurs adversaires. Principales faiblesses: quoique plus populaires ils sont minoritaires, leurs idéaux d'égalité font peur aux possédants, avec eux les espoirs de compromis diplomatiques semblent quasiment nuls... A noter aussi: à part Marat les Montagnards sont comparativement plus jeunes que les Girondins (environ cinq à sept ans).

Le point d'accroc le plus symbolique date d'avant même le début de la Convention: il s'agit des Massacres de Septembre. Si tous les députés les condamnent sans ambigüité la frontière est très marquée entre Girondins et Montagnards pour éviter qu'ils se reproduisent: pour les premiers il faut museler le petit peuple (la "canaille") et donner du pouvoir aux plus riches qui savent l'utiliser, pour les seconds il s'agit d'anticiper la colère du peuple et d'agir en conséquence pour qu'il n'ait pas à le faire ("Soyons terrible pour empêcher le peuple de l'être!" dira Danton). C'est parce que cet argument lui semblera plus judicieux à la réflexion que Thérouagne de Méricourt s'éloignera de plus en plus de la Gironde (alors qu'Olympe de Gouges ne tardera pas à éprouver une véritable haine pour le petit peuple). Mais pour l'instant la question brûlante est: "qu'allons-nous faire du roi?"...



Dernière édition par Sudena le Mer 19 Aoû 2015 - 19:00, édité 1 fois

53 Re: Révolution Française le Lun 8 Déc 2014 - 0:47

Snow Globe

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La Gironde , la Plaine , la Montagne , on retrouve grosso modo la même architecture que de nos jours : la Gauche , la Droite , et le Centre au milieu . Shocked


Mais pour l'instant la question brûlante est: "qu'allons-nous faire du roi?"..
Aie ! Je suis inquiet à son sujet … Laughing


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54 Re: Révolution Française le Lun 8 Déc 2014 - 5:32

Sudena

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La question de l'ancien roi divise profondément la Convention et met pour la première fois en exergue l'opposition entre Montagnards et Girondins. Pour la faire courte, les premiers voudraient le juger, le seconds non. Il y a dans cette opposition autant de problèmes de fond que de forme: la Montagne juge Louis Capet responsable des crimes commis ces trois dernières années, en particulier celui, intolérable à ses yeux, d'avoir voulu la guerre pour que la France la perde. Elle argue que Louis peut être jugé comme n'importe quel citoyen _au nom du principe d'égalité_ et sait que la haute trahison dont elle l'accuse peut le mener à l'échafaud... La Gironde, elle, est effrayée par cette idée et argue non-seulement le manque de preuves indiscutable mais aussi un point précis de la Constitution de 1791, à-savoir l'immunité de la personne du roi. Si Louis a commis des crimes, dit-elle, il faut qu'ils aient eu lieu après le 10 août pour être sous le coup de la loi. En fait elle joue la montre, convaincue de la folie d'une telle initiative, et sa majorité à la Convention la sert: à coups d'arguments juridiques, de trainailleries dans les recherches (car la Montagne demande de chercher les preuves de la duplicité de Capet, certaine de les trouver), elle réussit à étouffer le débat petit à petit... Cependant la peur que peut inspirer la coalition et qui pourrait être un argument massue pour les députés modérés devient petit à petit moindre à mesure que la situation militaire évolue favorablement...

Les prussiens, qui se replient en assez bon ordre, laissent les autrichiens dans une situation assez peu enviable: la négligence des alliés à établir des places fortes réelles durant leur avancée de l'été se retourne contre eux, car ils se trouvent à la merci d'une attaque française qui, s'ils se débrouillent bien, peuvent compter sur une supériorité numérique ponctuelle. Les autrichiens sont en effet disposés sur toute la frontière des Pays-Bas Autrichiens (l'actuelle Belgique), mais s'ils perdent une seule de leurs places fortes leur armée risque d'être prise en tenaille... Or Dumouriez a très bien vu ça et il convainc la Convention d'accepter d'attaquer massivement. La place forte qu'il choisit d'attaquer en priorité (mais les autrichiens ne peuvent pas le deviner avant) est Mons. Les autrichiens sont 13 000, lui dispose de 40 000 soldats. C'est dans le sillon du village de Jemappes que va se dérouler la bataille, le 10 novembre 1792. Dumouriez pourrait choisir la finesse, c'est à dire contourner l'ennemi par la gauche et l'attirer dans une zone marécageuse plus propice au déploiement des forces, mais il refuse (soit qu'il juge ses soldats pas assez "mûrs" pour ce genre de manœuvre, soit qu'il se méfie des renforts autrichiens, soit les deux) et décide de passer "en force". Ce qui donne une bataille classique qui se termine par la victoire des français plus nombreux et plus hardiment commandés. Jemappes, c'est aussi la première victoire d'une armée française "offensive": Dumouriez devient le héros du pays et il a cette particularité de manger à tous les râteliers politiques. Il est _il ne s'en cache pas_ Girondin, mais c'est aussi un ami personnel de Danton, ce qui lui vaut une certaine unanimité.

Mais alors que l'armée passe à l'offensive dans le nord, les Girondins croient avoir réussi leur coup et être bien partis pour sauver l'ancien roi avec leurs arguments à la fois alambiqués et implacables du strict point de vue légal. Sauf que le 13 novembre, à-peine trois jours après la victoire de Jemappes, un tout jeune député va tout changer et rentrer dans l'Histoire par la plus grande des portes...

55 Re: Révolution Française le Lun 8 Déc 2014 - 19:37

Sudena

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Le 13 novembre 1792 donc un député monte à la tribune de la Convention. D'emblée les têtes se tournent: ce député que personne ne connait avance tête haute, d'un pas très droit et "raide", mais c'est son physique plus que sa démarche ou son port de tête qui fait s'ouvrir les mirettes: très jeune, grand, mince, les cheveux clairs, longs et blonds, le regard bleu, une grande boucle à l'oreille gauche, il est beau comme un dieu. Son nom commence à circule qui surprend encore plus les députés: Saint-Just. Mais il est encore plus saisissant quand il prend la parole: sa voix est froide comme la glace, tranchante comme un rasoir, et ce qu'il dit dans un discours d'un petit quart d'heure fige les députés et les met face à eux-mêmes et à leur responsabilité. Pour lui Louis ne doit pas, comme le proposent les députés de la Montagne, être jugé en citoyen mais en ennemi de la nation! Et son crime le lus impardonnable est à ses yeux d'avoir été roi: "On ne peut point régner innocemment. _dit-il_ La folie en est trop évidente...", et juste après: "Tout roi est un rebelle et un usurpateur!". Et tandis que les députés se regardent, effarés par tant d'audace, il conclut en rappelant une vérité évidente mais que personne n'avait osé dire à haute voix: "Si Louis est innocent nous sommes tous rebelles; s'il est coupable, il doit mourir." Les députés de la Montagne eux-mêmes sont stupéfaits par tant de verve, tant de détermination, tant de courage et par cette intelligence foudroyante qui émane de ce confrère. Les Girondins, eux, sont effondrés par tant de cruauté mais surtout ils se sentent pris en flagrant délit pas ce gamin... Saint-Just vient de recentrer le débat, proposer une solution alternative devant laquelle leur rhétorique légaliste n'a que peu de poids et semble d'une désolante vacuité intellectuelle... Et cela se traduit par des investigations plus poussées que la municipalité parisienne se fait un plaisir d'effectuer. Avec pour conséquence une découverte décisive qui va mettre définitivement hors-course la rhétorique girondine quant à la question du procès du roi...

56 Re: Révolution Française le Mer 10 Déc 2014 - 21:11

Snow Globe

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"On ne peut point régner innocemment. La folie en est trop évidente...",
"Tout roi est un rebelle et un usurpateur!".

Cela ferait un bel énoncé pour le baccalauréat de philosophie C’est en effet assez désarmant ,  et autant je ne suis pas d’accord avec la première ligne parce qu’il ne faut pas généraliser , autant je trouve la  deuxième très troublante  .  Un roi est il un usurpateur ?   Quelque part oui ,parce qu’il a été nommé  systématiquement à cause de sa filiation , sans avoir gagné une élection à la loyale .

Je comprends très bien ,qu’avec l’esprit de revanche vis-à-vis de siècles et de siècles de quasi oppression du petit peuple par la monarchie , que les arguments de Saint-Just aient désarmé les défenseurs du roi. Surprised


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57 Re: Révolution Française le Sam 17 Jan 2015 - 1:03

Sudena

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Une fouille des Tuilleries permet de découvrir une étrange armoire de fer... On force la serrure...et la pêche est miraculeuse: sous les yeux des policiers des années de traîtrise sont dévoilées. Il y a des lettrezs, beaucoup de lettres, qui prouvent sans l'ombre d'un doute la trahison de l'ancien roi, il y a aussi les preuves de la duplicité de Mirabeau (dont le corps est immédiatement retiré du Panthéon). Dès lors il n'est plus possible d'éviter le procès. Louis Capet sera bel et bien jugé... Si la Convention refuse l'argument de Saint-Just qui voulait le juger comme un ennemi elle ne le renvoie pas non-plus devant un tribunal indépendant: c'est devant elle que l'ancien roi sera jugé... Louis Capet est donc séparé de sa famille (que les députés soupçonnent à juste titre de complicité) et placé à l'isolement, gardant le seul Cléry à ses côtés. Il a le droit de choisir ses avocats. Tout le cadre légal est donc respecté très strictement...
En attendant le procès la Convention contunue à gouverner, décidant en particulier des redistributions de subsistances en prévision des mois d'hiver (il n'est pas inutile de le rappeler: de nombreux députés, Saint-Just en particulier, ont à coeur de faire de la politique dans son sens le plus basique et le moins spectaculaire). Lepelletier de Saint-Fargeaud, député du Marais mais proche de la Montagne, monte un projet gigantesque d'éducation par l'Etat, hors des considérations religieuses: il n'en est qu'aux bases mais l'école laïque et républicaine partira de ses travaux et n'en déviera pas...

Le 10 décembre 1792, le procès de Louis Capet commence. L'ancien roi se présente devant la Convention vêtu simplement, la tête droite: il n'a pas beaucoup changé depuis le 10 août, peut-être juste un peu plus pâle vu le manque d'exercice imposé par la détention... D'emblée le ton est donné et ce qui frappe les témoins dans l'attitude de Capet est son regard et son assurance: il est évident qu'il ne se sent coupable de rien... Son courage est immense, sa maladresse l'est tout autant... Car il nie tout, absolument tout, même placé devant des preuves aussi fortes que des papiers signés de sa main. La conséquence est que les soupçons et les accusations plausibles mais non prouvées formellement prennent une crédibilité grandissante... Mais même sans spéculer ni déduire les faits sont accablants: Louis a désavoué la Révolution depuis le début et n'a jamais changé sa position d'un iota. Il a joué un double-jeu particulièrement perfide et a sous toutes probabilités commandité le Massacre du Champ de Mars. Ses actes officiels lui sont tout autant reprochés, comme par exemple l'usage immodéré de son droit de veto pour protéger émigrés et prêtres réfractaires. le procès dure, au grand énervement de certains députés de la Montagne comme Saint-Just qui, dans un autre discours sublime, se demande comment des députés républicains peuvent perdre autant de temps pour un roi... Le 26 décembre au soir, le dernier avocat de Capet, Seze, termine sa plaidoirie: la Convention va devoir décider du sort de l'ancien monarque. Elle doit d'abord définir les questions...et les convictions partisanes vont rapidement reprendre le dessus. Car la Gironde a la majorité et est bien décidée à sauver coûte que coûte la vie de Louis...

58 Re: Révolution Française le Jeu 22 Jan 2015 - 22:45

Snow Globe

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Aie aie aie  ça commence à sentir le pâté pour le Roi

Car il nie tout, absolument tout, même placé devant des preuves aussi fortes que des papiers signés de sa main
Mais pourquoi s’est il donc obstiné à tout nier en bloc ?  Etait-ce parce qu’il n’avait jamais envisagé une seconde que l’on pourrait attenter à sa vie ?

Et pour le moment on ne parle pas encore de Marie Antoinette , mais j’imagine que ça ne va pas tarder … Rolling Eyes


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59 Re: Révolution Française le Ven 23 Jan 2015 - 2:23

Sudena

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Parce que pour lui il ne pouvait pas avoir trahi la France. C'est dur à comprendre aujourd'hui mais il faut bien t'imaginer que pour lui il est roi de France par la volonté et la grâce de Dieu: il aurait raison contre le peuple et sois certain qu'il avait la conscience tranquille. De plus il était difficilement envisageable qu'on puisse l'exécuter (je vais y revenir tout de suite).

L'Autrichienne...c'est pour plus tard...

60 Re: Révolution Française le Mar 27 Jan 2015 - 16:06

Sudena

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Les deux questions auxquelles les députés de la Convention doivent répondre sont, tout naturellement:
-Louis est-il coupable?
et si oui
-Quelle peine doit-il subir?
Mais les Girondins veulent à tout prix éviter la mort (la réponse à la première question ne faisant aucun doute) et il intercalent entre les deux une autre question:
-Le jugement, quel qu'il soit, sera-t-il soumis à la ratification du peuple?
Cette question leur donne le beau rôle aujourd'hui, alors qu'elle est l'un de leurs actes les plus bas... Je m'explique: il n'y a pas à l'époque de possibilité de suivre le procès en direct à la télé, ni de chroniques judiciaires détaillées; de plus l'organisation d'un référendum prendrait des semaines voire des mois; et puis c'est une drôle de façon de se défausser des responsabilités alors même que les députés le proposant ont la majorité!..

Les débats commencent. Louis est déclaré coupable à l'unanimité moins une voix. A la deuxième question, les députés votent "non" aux deux tiers des voix. La phrase de Saint-Just est l'une des plus claires et à bien y réfléchir des plus belles pour justifier ce vote: "Si je ne tenais pas ma place ici du peuple, je la tiendrais de Dieu..." A méditer par tous les représentants de la démocratie: ce jeune homme avait envers le peuple et son vote un idéal absolu et un sens du devoir extrême qui a animé chacun de ses actes, chacun de ses gestes...
Reste la dernière question... La Gironde veut sauver l'ancien roi, la Montagne veut l'exécuter. Et ici nous touchons à un problème bien particulier: les séances de la Convention sont publiques et Paris est résolument pour la mort et le fait savoir bruyamment... Les Girondins se récrient, disent dans leurs cercles d'amis que rien ni personne ne leur fera voter la mort. Brissot et Vergniaud sont parmi les plus virulents...et quand arrive leur tour de voter, tête basse, ils votent la mort, donnant de pitoyables excuses et demandant juste un sursis à exécution. Mais en vérité peu de députés sont conscients de l'enjeu, et le seul à en avoir une vision parfaitement claire est peut-être Robespierre. Souvenez-vous: l'Incorruptible est contre la peine de mort, il l'a toujours été et il le sera toujours. Sauf que cette fois-ci il va voter la mort sans hésiter. Car lui a compris. Il a compris ce qui se jouait et l'importance historique de ce vote. Dans un long et superbe discours il dit: "La Convention n'est point un tribunal, et vous n'êtes point des juges." Pour lui il ne s'agit pas de juger un homme mais d'abattre une institution. Il est impossible d'être une République en ayant un roi en vie. Il a raison bien sûr, et très rares sont aujourd'hui les historiens qui ne lui rendent pas cette justice. La volonté sans failles de la Montagne, les lâchetés ou divisions (Manon Roland était pour la mort) de la Gironde, décident du verdict: à cinq voix près Louis est condamné à mort.
Le 20 janvier 1793, Lepelletier de Saint-Fargeaud est assassiné par un royaliste: il sera inhumé au Panthéon.
Le 21 janvier, Louis Capet, accompagné de l'abbé Edgeworth, prêtre réfractaire, monte dans une voiture aux vitres teintées, vêtu à la manière de la petite bourgeoisie mais sans sa perruque. Place de la Révolution la guillotine a été dressée. Le bourreau, Samson, lui lie les mains dans le dos. Monté sur l'échafaud il tente de prendre la parole, il déclare: "Je meurs innocent de tous les crimes dont on m'accuse. Je pardonne aux responsables de ma mort, et je prie Dieu pour que mon sang ne retombe jamais sur la France..." A ce moment-là, le général Santerre fait jouer ses tambours ce qui empêche d'entendre la suite. Louis est placé sur la planche qui bascule, un assistant referme la lunette, le couperet tombe. Samson montre la tête sanglante à la foule. Retentit alors un immense "Vive la Révolution!", le canon tonne: c'est fait! La France républicaine vient d'exécuter un roi, et en toute légalité!.. Désormais rien ne pourra stopper l'affrontement, aucun compromis ne sera accepté: la France devra vaincre...ou disparaître!
Le 26 janvier, le marquis de la Rouërie meurt dans un petit château de sa Bretagne natale où il avait trouvé refuge. Depuis 1791 ce héros de la guerre américaine, noble libéral, avait essayé de recruter des combattants pour le roi, refusant d'une part que ses pouvoirs aient été aussi réduits et d'autre part que les provinces soient autant soumises à Paris. Ceux qui l'ont aidé seront impitoyablement traqués et châtiés, son corps sera enterré à l'écart, dans une forêt. Le marquis de la Rouërie annonce une nouvelle guerre que la France devra supporter dans très peu de temps désormais. On le reconnaît comme le fondateur de la chouannerie...



Dernière édition par Sudena le Jeu 20 Aoû 2015 - 3:25, édité 1 fois

61 Re: Révolution Française le Dim 1 Fév 2015 - 18:52

Sudena

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Mars 1793. Pour quiconque connaît la Révolution ce mois est synonyme de deuil, de drame total... C'est dans ce mois-ci que toutes les craintes sont revenues, que tous les dangers ont de nouveau assailli la patrie. La France venait à-peine de se déclarer à la face du monde républicaine qu'elle se retrouvait plongée dans la tourmente, entamant ce qui fut pour beaucoup de gens "l'année terrible". Les forces de la contestation prirent un essor exceptionnel, réanimant le feu qui couvait en fait depuis longtemps, poussant les députés de la Convention dans leurs retranchements moraux et idéologiques, retranchements que leur jeunesse devait transformer en volcan. Tout ce sang devait trouver son origine le 18 mars, dans un obscur village de Hollande au nom trop méconnu aujourd'hui: Neerwinden...



Dernière édition par Sudena le Jeu 20 Aoû 2015 - 3:27, édité 1 fois

62 Re: Révolution Française le Mar 3 Fév 2015 - 21:31

Snow Globe

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Parce que pour lui il ne pouvait pas avoir trahi la France. C'est dur à comprendre aujourd'hui mais il faut bien t'imaginer que pour lui il est roi de France par la volonté et la grâce de Dieu: il aurait raison contre le peuple et sois certain qu'il avait la conscience tranquille. De plus il était difficilement envisageable qu'on puisse l'exécuter (je vais y revenir tout de suite).
Je comprends mieux maintenant .

Louis XVI a écrit:Je meurs innocent de tous les crimes dont on m'accuse. Je pardonne aux responsables de ma mort, et je prie Dieu pour que mon sang ne retombe jamais sur la France...
J’ignorais totalement qu’il avait eu ces paroles avant d’être exécuté . Chapeau ! Ce sont des paroles vraiment très classe de la part d’un Roi sur el point d’être guillotiné ..

Elles expriment bien ce que tu disais , il était convaincu qu’il n’avait pas trahi . Contrairement à ce que j’avais pensé de lui , je crois à présent qu’il n’était pas du tout gaga , mais que comme tu l’as dit qu’il a toujours agit et pensé en toutes circonstances comme un Roi de France aurait du le faire .

Il a su mourrir fort dignement .

Mars 1793. Pour quiconque connaît la Révolution ce mois est synonyme de deuil, de drame total...
aie aie aie , que va t'il se passer ? Rolling Eyes


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63 Re: Révolution Française le Jeu 5 Fév 2015 - 2:22

Sudena

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Que s'est-il passé? Le général Dumouriez tente de refaire la manœuvre qui lui avait ouvert les portes de la gloire à Jemmapes, cette fois-ci près de la localité de Neerwinden... Sauf que cette fois-ci l'infériorité numérique des autrichiens est dérisoire (quarante trois mille français, trente neuf mille autrichiens), et que Dumouriez tente une nouvelle fois de passer en force, sans vraie tactique d'ensemble et sans possibilité de changer de stratégie!.. Le résultat ne se fait pas attendre: les français sont culbutés en raison d'infériorités numériques ponctuelles que la tactique de "dispatcher" les troupes provoque face à une armée restant unie. La défaite est sévère et la pression s'inverse: la France est de nouveau envahie et les prussiens se concentrent à l'est: deux fronts risquent d'être ouverts en peu de temps, d'autant que l'exécution du roi a poussé l'Angleterre à s'engage de plus en plus, poussée par son gouvernement conservateur. Les anglais ne vont pas beaucoup mobiliser mais ils seront la banque continuelle des monarchies et utiliseront de plus en plus leur flotte, prêts à débarquer sitôt l'occasion venue...

Et pire encore: des villes françaises se soulèvent contre la Convention! Lyon est la première: la municipalité jacobine est renversée par une insurrection royaliste. Charlier ainsi que plusieurs autres jacobins sont guillotinés. Pas le choix: il faut envoyer des troupes assiéger la ville pour la mettre au pas. Et si ce n'était que Lyon... Le plus grand danger vient d'une guerre civile pure et simple qui se déchaîne et soulève une région entière: la Vendée.


Pourquoi la Vendée? Le déclencheur est la levée en masse décrétée par la Convention: chaque village de France doit fournir des hommes pour servir aux frontières. Or plusieurs villages vendéens refusent de se soumettre à ce qu'ils appellent la "dictature de Paris", et la révolte fait boule de neige et gagne la population entière. Mais la véritable raison est à rechercher bien plus loin...

64 Re: Révolution Française le Jeu 5 Fév 2015 - 3:17

Sudena

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La population vendéenne a accueilli avec enthousiasme les Etats Généraux et les premières réformes de la Révolution. Mais tout à changé le 12 juillet 1790... C'est en-effet la Constitution Civile du clergé qui a tourné ces populations paysannes très catholiques contre les assemblées. La mort du roi et la levée en masse sont des éléments qui ont en peu de temps ajouté au sentiment que ce pays n'est pas le leur. Des premiers massacres commencent ça et là avec des émissaires de la Convention et des prêtres jureurs. Car il ne faut pas s'y tromper: la guerre de Vendée est avant tout une guerre inter-vendéenne, et les absurdités modernes disant que toute la population s'est révoltée sont des sottises. La région est très largement partagée et les plus à l'écart sont d'abord _chose incroyable mais pourtant vraie_ les nobles. Sauf que les paysans vont les chercher dans leurs châteaux et que rapidement plusieurs acceptent de prendre la tête de cette véritable armée spontanée, certains par conviction royaliste, étant des anti-républicains convaincus (Bonchamp et Lescure), certains par goût de l'aventure (Charrette), d'autres enfin par simple tradition nobiliaire venue des temps e la chevalerie, estimant de leur devoir de protéger leurs gens (d'Elbée et La Rochejacquelein). Dans cette assemblée qui compose l'état major de celle qui va rapidement s'appeler la Grande Armée Royale Catholique il y a deux roturiers: le garde-chasse Stofflet et surtout le cordonnier Jacques Cathelineau, illettré mais sublime meneur d'hommes portant sa foi comme un étendard et qui sera rapidement surnommé le "Saint d'Anjou". Leur sigle est celui-ci:




Et voici leurs trombines. D'abord Jacques Cathelineau:




Ensuite le plus légendaire, va-t-en guerre notoire incapable de se plier à une hiérarchie mais qui refusa les massacres sommaires: Charles François Athanase Charrette de la Contrie:




Le benjamin, à-peine plus d vingt ans, qui n'avait accepté qu'avec une extrême réticence de s'engager mais qui se révéla le plus courageux sous le feu: Henri du Vergier, comte de La Rochejacquelein. Sa devise qu'il répétait à ses hommes et qui est entrée dans la légende était: "Si j'avance: suivez-moi! Si je recule: tuez-moi! Si je meurs: Vengez-moi!..":




Le marquis de Bonchamp:




Le comte de Lescure:




L'étrange garde-chasse Stofflet, peu populaire et réputé pour sa cruauté, on apprendra par la suite qu'il était l'homme de main du comte de Provence, frère de l'ancien roi alors exilé...




Face à cette menace la Convention dut envoyer une armée, mais les généraux républicains, à force de mauvaises manœuvres et de batailles mal préparées, se firent tailler en pièce et rapidement la révolte gagna tout le nord-ouest de la France, avec également la révolte bretonne des descendants spirituels du marquis de la Rouërie: les chouans. Attaquée de partout la République vacillait dans son berceau, et si tous les députés étaient d'accord sur le principe de se battre (en témoigne l'ordre lancé par Barère aux militaires ["Détruisez la Vendée!"]) les tensions augmentèrent de façon exponentielle entre la Montagne et la Gironde, tensions cristallisées et portées à un point de non-retour par un nouvel événement terrible: la trahison de Dumouriez...

65 Re: Révolution Française le Jeu 5 Fév 2015 - 11:50

Nico78

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(ça fait un moment que je me plonge dans tes récits et il est temps que je le dise : tu es très captivant !!!)

66 Re: Révolution Française le Sam 7 Fév 2015 - 15:22

Sudena

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Merci Nico Very Happy Ca fait chaud au cœur... Et en attendant la suite je répare mon oubli: le marquis d'Elbée, bon stratège et homme raisonnable, dont le courage exceptionnel n'était pas teinté, chez lui, de fanatisme...

67 Re: Révolution Française le Dim 8 Fév 2015 - 0:47

Sudena

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Début avril le général Dumouriez, après un nouvel échec, tente de marcher sur la Convention officiellement pour obtenir plus de liberté de manoeuvre, mais en fait personne n'es dupe: c'est bien un putsch qu'il prépare... Sauf que ses échecs ont relativisé l'ampleur de ses victoires et que ses hommes, ffervents républicains, refusent de se laisser entrainer. Il plie donc casaque et se rend aux autrichiens où, en monnayant quelques renseignements, il échappe à la prison... Ce nouveau coup déchaîne les passions à la Convention, passions amplifiées par les nouvelles catastrophiques venues de Vendée (jusqu'au symbole politique: les vendéens ont symboliquement élu Cathelineau généralissime, ce qui contrarie les arguments d'une armée "de nobles" contre le peuple [même si cet argument est incontestable intellectuellement il est difficilement "audible", en particulier quand on ne voit pas l'influence de la religion dans les soulèvements populaires]). Les députés,acculés, voient des traîtres partout...et d'abord dans leurs rangs. Car Dumouriez, ne l'oublions pas, avait cette particularité d'être à la fois un ami personnel de Danton et un partisan de la Gironde. Celà reste sourd quelques temps mais les couteaux s'aiguisent en coulisse. Marat se déchaîne à la tribune: il tonne que les ennemis du peuple se trouvent mêlés à lui et il réclame cent mille têtes! La Montagne est globalement d'accord avec l'indée que sule une fermeté extrême peut sauver la France et elle propose la création d'un tribunal exceptionnel destiné à juger les crimes politiques. La Gironde se récuse, crie à la folie sanguinaire sous masque de légalité. Les débats demeurent courtois jusqu'à mi-avril, quand Salles publie un premier article attaquant de front et avec violence les positions des montagnards. Manon Rolland et Olympe de Gouges suivent dans leurs articles respectifs (Théroigne de Méricourt beaucoup moins, qui aurait même tendance à être secrètement partisane des montagnards): la Gironde vient de déclarer la guerre à la Montagne.
Jouant de son habileté, Danton réussit à convaincre Brissot de soutenir le création du Tribunal Révolutionnaire, argumentant que seul ce moyen permettra d'éviter les crimes à l'aveuglette et donc de nouveaux Massacres de Septembre. Brissot réfléchit et finit par accepter, ayant derrière la tête une petite idée... Car les accusés devront forcément être désigns apr la Convention, or la Gironde a la majorité. malin Brissot, qui, avec Vergniaud, obtient la création dudit Tribunal. Pour accusateur public, Camille Desmoulins propose le nom d'Antoine Fouquier-Tinville. Les girondins acceptent sans poser de question, occupés à peaufiner leu plan... Le 21 avril, Guadet monte à la tribune et demande officiellement l'arrestation de Marat! Des gradées populaires un hurlement s'élève mais les girondins votent massivement pour, aidés par une partie du Marais: Marat est renvoyé devant le Tribunal Révolutionnaire!..
Le 24 avril au matin son procès commence...et rapidement la stratégie des girondins se retourne contre eux! Car en proposant Fouquier-Tinville, Desmoulins savait ce qu'il faisait: il l'a bien connu à Arras alors qu'il s'était exilé après le Massacre du Champ de Mars, et il sait que cet accusateur public est à la fois un juriste remarquable à l'honnêteté éprouvée, mais aussi un fervent partisan de la Montagne... Or que lui demande-t-on ici? D'accuser Marat d'être un contre-révolutionnaire, rien de moins. C'est un mensonge grossier qu'aucune preuve ne peut étayer, et Fouquier en profite, qui au lieu d'accuser l'Ami du Peuple fait pendant deux heures son éloge. Le public, qui était venu stupéfait et révolté, est rapidement aux anges, acclame à tout rompre le Tribunal et chante la gloire de Marat. A-peine le verdict d'aquittement prononcé, l'Ami du Peuple est porté en triomphe dans les rues de Paris. Mais la Gironde, Brissot en tête,e st furieuse! Brissot considère non sans raison que danton s'est joué de lui. Il tente avec quelques amis de fouiller son bureau pour apporter la preuve de sa corruption (sans trop insister) et le Gironde, dans sa fureur, franchit le pas décisif: elle remet sur le tapis la trahiuson de Dumouriez et accuse Danton, et donc toute la Montagne, d'être son complice et d'avoir trahi la Nation. Immédiatement les montagnards répliquent sur le même ton: Dumouriez le traître était un girondin, tous les girondins sont donc des traîtres potentiels! En ce début mai 1793 la guerre entre les deux partis est absolue: il n'y aura pas de merci pour les vaincus. La Montagne compte sur Paris, la Gironde sur la province. Et le seul député qui hésite à suivre cette voie de violence est encore Robespierre...

Le 12 mai, Théroigne de Méricourt subit son martyr. Prise à parti en pleien rue par des femmes, accusée d'être une "brissotine", elle est fessée publiquement, avec une violence qui va crescendo...et qui l'aurait sans aucun doute tuée si Marat n'était pas passé par là et n'avait interrompu à temps cette ignominie... Jean-Paul Marat a sauvé la vie de Théroigne de Méricourt, hélas il ne lui sauvera pas la raison: la malheureuse deviendra progressivement folle à-partir de ce moment et terminera sa vie en 1817, enfermée dans un asile d'aliénés, sans avoir plus joué aucun rôle politique. Depuis peu la version officielle est remise en question: par-rapport à d'autres, Théroigne de Méricourt n'était pas du tout une girondine convaincue et ce massacre intervenait précisément au moment où elle montrait de plus en plus ouvertement des sympathies montagnardes... Fermons cette parenthèse pour rendre une dernière fois hommage à cette magnifique femme, la plus méconnue de la révolution et qui fut peut-être celle qui s'engagea le plus pour elle, jusqu'au bout...

68 Re: Révolution Française le Lun 9 Fév 2015 - 23:50

Snow Globe

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Nico78 a écrit:(ça fait un moment que je me plonge dans tes récits et il est temps que je le dise : tu es très captivant !!!)
Et qui plus est : c’est un remarquable travail !

la Gironde vient de déclarer la guerre à la Montagne.....
En ce début mai 1793 la guerre entre les deux partis est absolue: il n'y aura pas de merci pour les vaincus...
Nous y voilà , ça sent l’hécatombe à venir … Crying or Very sad

Fermons cette parenthèse pour rendre une dernière fois hommage à cette magnifique femme, la plus méconnue de la révolution et qui fut peut-être celle qui s'engagea le plus pour elle, jusqu'au bout...
Et bien ,cette Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt a eu un destin peu banal comme en témoigne la page wikipédia qui lui est dediée .  Shocked

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne-Jos%C3%A8phe_Th%C3%A9roigne_de_M%C3%A9ricourt


_________________

69 Re: Révolution Française le Jeu 12 Fév 2015 - 0:16

Sudena

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Gironde et Montagne sont irréversiblement séparées par en fait deux visions opposées tant de la France que de l'attitude à adopter en ces temps de malheur où les défaites se succèdent au nord, où l'invasion prussienne gagne l'est, où le sud est menacé par une attaque autrichienne qui viendrait de l'Italie, où la marine anglaise bloque les côtes et menace le commerce extérieur, où enfin les villes de Vendée ne cessent pas de tomber aux mains des armées royalistes... Le Gironde voudrait négocier, demander leur avis au moins aux départements. Pour la Montagne c'est une faiblesse digne d'une trahison: en tempe de guerre le nation doit s'unir: hors de question de faire de deux poids deux mesures! Les députés de la gauche proposent la création d'un comité exceptionnel en charge du pouvoir exécutif, nommé par la Convention mais habilité à prendre toutes les mesures qui s'imposeraient. Après le Tribunal Révolutionnaire, c'en est trop pour les Girondins: Vergniaud dénonce une tentative de soumettre la France à la dictature de Paris. Les papiers de Manon Rolland vont dans ce sens. A-contrario, Marat dénonce une tentative de la droite de casser le gouvernement, de le soumettre aux intrigants en refusant toute action concrète. La trahison de Dumouriez a finalement rejailli davantage sur la Gironde que sur la Montagne: les députés girondins amis du traître (objectivement bien plus nombreux que les montagnards) sont pointés du doigt, accusés d fomenter un Coup d'Etat. Surtout cette trahison a réveillé les vieilles peurs de Robespierre: plus que jamais l'Incorruptible est persuadé que le révolution risque de se terminer par un Coup d'Etat militaire... Un autre homme partage ce sentiment: Jean-Paul Marat. Sauf que lui ne voit pas nécessairement ce fait comme un fléau: pour lui ça dépendrait du militaire... Et dans le privé il propose à Robespierre de prendre, lui, le pouvoir, arguant qu'il est un homme à l'intégrité reconnue, inattaquable sur ses convictions, très populaire parmi le petit peuple, et qu'il lui fait totalement confiance pour assumer un tel poids, vu que ses amis (Couthon, Le Bas, Saint-Just) sont tout aussi incorruptibles que lui. Il lui dit que la situation de la France peut nécessiter, maintenant, un tel fait, et qu'il vaut mieux ne pas attendre qu'un traître à la solde du roi le fasse, et il lui propose de le soutenir publiquement dans son journal. Mais Robespierre refuse. Car la trahison de Dumouriez a réveillé en lui une autre fibre viscérale et qui, aussi belle soit-elle, constitue son talon d'Achille: la fibre légaliste. Robespierre n'a pas et n'aura jamais l'âme d'un dictateur. La Gironde a la majorité: il respecte ce fait...

Mais les circonstances évoluent de plus en plus vite. Après les déclarations incendiaires de Vergniaud et les papiers de Manon Rolland, Paris est en émoi: pour le peuple, particulièrement bien représenté par les sections qui sont totalement solidaires de l'Hôtel de Ville (où siègent Hébert et Chaumette), la Gironde veut mettre Paris en coupé réglée, sinon l'écraser. Les tensions deviennent insoutenables au sein même de la Convention et je n'ose imaginer sans frissonner d'excitation les discussions qui ont lieu dans les coulisses, entre Vergniaud et Guadet ou Miranda, entre Saint-Just et Marat... Chaque camp est persuadé d'avoir raison, la Gironde a la majorité mais ne semble vouloir faire aucune loi concrète, la Montagne se fait taxer de folie sanguinaire chaque fois qu'elle avance ses propositions... Mi-mai: dans un discours osé, courageux mais plein de morgue, Lanjuinais parle de la tyrannie de Paris et des mesures nécessaires pour l'endiguer. Legendre l'interrompt:
"Misérable! Tu complotes à la tribune! Descend où je t'étripe!
-Fais d'abord décréter que je suis un bœuf!" lui réplique Lanjuinais, attaquant par là la profession de son adversaire (n'oublions pas que Legendre est boucher)
Les pistolets sortent des deux côtés: la tension est à son comble... La Commune de Paris prend alors les affaires en mains: elle adresse à la Convention une liste de vingt deux députés amis avérés ou probables de Dumouriez, et demande leur arrestation. La Gironde refuse bien évidemment la chose, et en profite pour redoubler ses attaques envers Paris. L'ancien ministre girondin sous l'Assemblée Nationale, Jean-Marie Rolland (vieux mari de Manon), fuit en province. Ces faits nouveaux exaspèrent un peu plus les montagnards et pour Robespierre c'en est trop: pour lui les députés girondins ont déclaré la guerre au peuple et il n'y a plus qu'une seule solution: sauver la France passe désormais par la destruction de la Gironde...

70 Re: Révolution Française le Jeu 12 Fév 2015 - 3:37

Sudena

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Dans cette affaire, on pourrait s'étonner du silence assourdissant du Marais... C'est mal connaître ces députés: menés par Barère, ils iront où le vent tourne, et Barère est d'ailleurs le premier à donner des conseils (souvent assez judicieux) aux uns et aux autres. Pour l'instant rien n'est fait, rien n'est décidé, et au-contraire les passions se déchaînent de plus en plus... Les girondins, par l'intermédiaire de Vergniaud, demandent la comparution de ceux qui ont osé soumettre et soutenir la fameuse liste des vingt-deux, dont en premier lieu le commandant Hanriot, chef de la Garde Nationale aux ordres de la Commune. Danton, agilement, calme le jeu en insistant sur la procédure. L'entrée de Robespierre dans la bataille n'arrange pas les affaires des girondins qui voient le député probablement le plus populaire à Paris, et le plus respecté dans le pays, œuvrer à leur perte alors qu'ils avaient compté sur son légalisme probablement pour gagner du temps afin de confondre Danton dans la trahison de Dumouriez (et pourquoi pas de le mêler aux turpitudes de Talleyrand, qui est resté en Angleterre depuis que son cher ami l'y ait nommé ambassadeur), et ainsi renverser l'opinion publique (même si le terme est totalement anachronique, sa définition est ici rigoureusement exacte pour désigner la situation). Il faut détruire l'Incorruptible! Olympe de Gouges s'y emploie dans ses papiers, les députés attendent le bon moment à la Convention...
Fin mai, Robespierre monte à la tribune et entame un long discours contre les girondins. Laborieux, ampoulé mais bien ficelé, ce discours exaspère l'impatience de Vergniaud qui lance soudain:
"Concluez donc!"
Le chef de la droite a misé sur une faiblesse de Robespierre qu'il a vu plusieurs fois en difficulté lorsqu'il était obligé d'improviser. Mais cette fois le calcul est très mauvais: l'Incorruptible se tourne vers lui, le regarde dans les yeux et déclare:
"Oui je vais conclure. Et contre vous: contre vous qui, après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux qui l'ont faite; contre vous qui n'avez cessé de provoquer le destruction de Paris; contre vous qui avez voulu sauver le tyran; contre vous qui avez conspiré avec Dumouriez; contre vous qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait la tête; contre vous dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes. Eh bien! ma conclusion, c'est le décret d'accusation contre les complices de Dumouriez!"
Les huées montent des gravée de la droite, tandis que la gauche applaudit à tout rompre. Robespierre vient de marquer un point très important, et tout le monde en est conscient. Il vient surtout d'introduire la liste des vingt-deux dans le débat national, amenant ainsi de façon magistrale la Commune de Paris aux portes de la Convention. Le vent commence à tourner de plus en plus: la Gironde sent de plus en plus planer sur elle l'ombre de la défaite...

Le soir du 1er juin, Manon Rolland rentre chez elle. Quelques minutes plus tard, on frappe à sa porte: la Commune de Paris vient d'ordonner son arrestation et elle est faite prisonnière. Elle suit les soldats docilement dans les rues de cette ville haïe qui l'a vaincue... Pendant la nuit les sections patriotes se réunissent à l'Hôtel de Ville et conviennent de marcher sur la Convention le lendemain, avec à leur tête Hanriot et la Gade Nationale. Chose assez remarquable: outre le nombre considérable de citoyens qui se déplacent, toutes les sections sont représentées quasiment à égalité: il y a autant de bourgeois que de sans-culottes. Tous sont acquis à la cause de la Montagne.
Le 2 juin 1793 au matin, il n'y a probablement pas de lieu plus dangereux en France que la Convention Nationale. Pourtant tous les députés s'y rendent sans hésiter: aucun ne manque à l'appel. Hommes gigantesques! Titans de l'Histoire qui s'apprête à basculer une nouvelle fois... Rapidement les cris se font entendre du dehors:
"Nous voulons les traîtres!"
Barère conseille aux députés girondins d'aller délibérer dehors, au milieu du peuple. Héraut de Seychelles, alors président de la Convention, choisit d'écouter ce conseil. En sortant, Vergniaud se fend d'une nouvelle phrase destinée à alimenter la légende (la sienne de préférence...):
"Paris vaut bien la patrie."
Trop tard! Le peuple est moins stupide qu'il ne l'avait espéré et il ne se laisse pas prendre au piège grossier de cette flatterie tardive, après tant d'appels à l'écrasement de cette même ville... Hanriot prend les devants: il exige les traîtres inscrits sur la liste des vingt-deux, sous peine de voir la Convention soumise au feu des canons. Hérault de Seychelles tente de négocier. Il l'interrompt:
"Me promets-tu de me livrer les traîtres?
-Non!
-Canonniers, à vos pièces!"
La tentative a échoué. Les députés, pâles comme la mort, retournent à la Convention, suivis par plusieurs représentants de la Commune, dont Chaumette et Hébert. Ils pénètrent dans la Salle du Manège sous l'œil de leurs collègues montagnards, qui sont restés jusque là dans un silence complet. Alors s'élève la voix redoutée de Couthon: le député paralytique, meilleur ami de Robespierre, parle peu mais il n'en est que plus écouté encore:
"Maintenant, vous voilà rassurés sur votre liberté. _dit-il, goguenard_ Vous avez marché vers le peuple. Partout vous l'avez trouvé bon et généreux. Je demande que la Convention décrète l'arrestation des vingt-deux membres dénoncés!
-Donnez un verre de sang à Couthon! _s'exclame Vergniaud, décidément très inspiré_ Il a soif!.."
Ne vous leurrez pas sur les paroles de Couthon: la vertu du peuple, il y croit profondément, viscéralement...et ses paroles ne sont jamais un effet d'annonce... D'ailleurs regardez: voilà Hébert qui monte à la tribune et qui donne à Hérault de Seychelles la liste des vingt-deux à lire sur le champ. Et voici Marat, Robespierre et Danton qui appuient la demande de Couthon: le silence s'est fait comme par miracle... Et les noms tombent. Parmi les plus importants il y a Barbaroux, Gensonné, Clavières, Guadet, Philippe Egalité (le cousin de l'ancien roi qui avait voté la mort), et bien évidemment Brissot et Vergniaud... Profitant de la confusion, certains comme Barbaroux, Buzot, Pétion ou Guadet s'enfuient et gagnent la province. Mais la plupart sont arrêtés. Le Marais a senti le vent tourner et a voté massivement contre les girondins...

Le 2 juin 1793 est une date particulièrement mémorable à plus d'un titre: d'abord elle a scellé la victoire de la Montagne face à la Gironde. Victoire complète qui a été obtenue, et c'est peut-être le plus important, grâce au peuple: pour la première fois une volonté populaire a renversé un gouvernement légal. Mais pas n'importe quel peuple: ce jour-là apporte la preuve du pouvoir de Paris et jusqu'à aujourd'hui ça ne s'est jamais démenti: la France c'est Paris, la légitimité politique du pays se trouve à l'Hôtel de Ville de Paris...
La Montagne a gagné: elle va pouvoir gouverner. Et un fait que certains historiens oublient soigneusement de noter est que les montagnards furent de bons vainqueurs. Ils furent sévères mais pas iniques et ne cherchèrent jamais à supprimer l'opposition. Pour preuve un discours de Saint-Just daté de l'été qui ira jusqu'à demander de ne pas confondre les traîtres et ceux qui ont simplement commis une erreur en s'unissant avec ces traîtres sans connaître leur double-jeu... Mais pour l'heure la Montagne doit gouverner un pays en passe d'être anéanti. Elle doit le sauver...et elle va s'y atteler...

71 Re: Révolution Française le Jeu 19 Fév 2015 - 15:21

Sudena

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Sitôt au pouvoir, la Montagne apprend une bonne nouvelle: Lyon est tombé. La Convention veut faire de cette ville rebelle un exemple et décide qu'elle sera soumise aux plus extrêmes représailles. C'est Couthon qui est chargé d'exécuter les ordres. Mais derrière leurs déclarations emphatiques et leur vote, lui et Robespierre estiment que l'entreprise de démolition et de mise à feu et à sang est une folie, et ils vont s'atteler à éviter le massacre... Couthon, en arrivant en ville, commence par faire des proclamations qui soulèvent l'enthousiasme des jacobins: arrestation et jugement rapide des royalistes, destructions des bâtiments symboliques importants: tout est réglé... Sauf que...en pratique il ne se passe pas grand-chose: Couthon se contente de faire exécuter les meneurs reconnus et il demande à la population "disponible" de commencer à raser les bâtiments. Par "disponible" entendez ceux qui n'ont pas de travail ou de tâches domestiques particulières, à savoir quelques femmes et les vieillards. Ils ne travaillent que de jour mais leur faiblesse physique ralentit considérablement le travail et Couthon, loin de les forcer à se bouger, est tout disposé à leur accorder des pauses régulières, des dispenses, à décider que les heures trop chaudes de la journée ne peuvent pas être utilisées pour ce genre de travail, etc... En fait il veut gagner du temps, laisser les passions retomber. Le problème c'est que les extrémistes jacobins ne vont pas tarder à s'en rendre compte...

En parallèle l Convention a d'autres problèmes à régler. Les girondins qui se sont enfuis essaient e soulever les provinces, parfois en confondant les révoltes royalistes avec les leurs...car force est de constater que le peuple ne bouge pas le petit doigt pour eux. La malhonnêteté des élections leur revient comme un boomerang et malgré leur verve (à Cean surtout où Barbaroux et Salles sont allés) l'indignation n'est que de façade... Ils décident alors de gagner Bordeaux où Guadet a de la famille, mais sans grand espoir politique.
L'espoir la Vendée en a de plus en plus. La révolte gagne la région entière et de plus les chefs ont eu l'intelligence de nommer Cathelineau généralissime: force du symbole oblige. L'ambiance n'est pas totalement détendue (on y reviendra) mais la menace se précise pour la République.

Aussi les mesures sont rigoureuses: création d'un Comité de Salut Public pour diriger le gouvernement exécutif et d'un Comité de Sûreté Générale pour l'aider dans les affaires intérieures. Quelques problèmes de réglage et d'hommes à mettre en place mais la Montagne  décidé de prendre des mesures radicales pour gagner cette guerre et sauver la France. Mais comme rien n'est jamais  uniforme dans cette période-là, avec ces hommes-là, cette fin de mois est marqué par des travaux destinés à créer la France après la paix. Des travaux dont la générosité éblouit encore aujourd'hui...



Dernière édition par Sudena le Sam 22 Aoû 2015 - 4:46, édité 1 fois

72 Re: Révolution Française le Ven 6 Mar 2015 - 23:17

Sudena

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Fin juin/début juillet 1793 est une période importante dans l'histoire de la Révolution, et certainement l'une de ses plus sublimes idéologiquement parlant... La Constitution de l'an I est rédigée fin-juin. Les travaux avaient commencé fin mai mais après la chute de la Gironde seuls des députés montagnards (voire de la Plaine) en ont été les rédacteurs. Parmi les plus célèbres se trouvent Couthon et Saint-Just. Aujourd'hui cette Constitution est raillée de façon souvent agressive, mise aux oubliettes, salie et accusée de tous les péchés... Elle est pourtant certainement la plus démocratique jamais rédigée, avec un contrôle des pouvoirs par le législatif lequel est constitué de l'ensemble des citoyens à raison de diverses assemblées en "palliers" qui remontent progresivement vers la Convention Nationale, renouvelable tous les ans au suffrage universel direct. Ladite Convention nomme ensuite l'exécutif et les ambassadeurs, tandis que le pouvoir juridique est élu aussi mais indirectement entre des candidats ayant des compétences juridiques. Ce merveilleux idéal n'a pad'équivalent aujourd'hui: il est pourtant sans aucun doute le moyen le pplus sûr de respecter la volonté du peuple tout en l'impliquant dans l'affaire publique, et ainsi d'éviter les discours démagogues et populistes qui ne résistent pas à la réflexion...

Mais pour baser sur des principes cette Constitution, les députés décident d'entreprendre un autre travail: rédiger une autre Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen qui reprendrait mais en la complétant celle de 1789. A cette tâche s'atèle Collot d'Herbois (qui le signera) mais tous les historiens s'accordent pour dire que dans l'ombre, qui émane de tous les pores de ce texte, se trouve Saint-Just... Ce texte est considéré comme le plus beau texte de Droit jamais rédigé (au moins en France, probablement au monde) et la différence fondamentale d'avec celle de 1789 est que la première valeur est l'égalité (laquelle est "naturelle"). Dans ce texte il est dit que la souveraineté réside dans le peuple, lequel dispose d'un droit à l'insurrection (!), que tout citoyen a droit au travail et droit à l'assistance publique, tout en ne remettant pas en cause et même en soutenant le principe de liberté individuelle. Ce texte merveilleux, le voici:




Une fois adoptée par référendum, la Consitutionde l'an I (rebaptisée plus tard "du 6 messidor" [nous y reviendrons]) est placée dans un coffre en bas de la tribune de la Convention: les députés promettent qu'elle sera sortie et adoptée après la guerre, mais que pour l'instant, "le gouvernement est révolutionnaire jusqu'à la paix". Ne vous leurrez pas: ces hommes sont sincères. Le pouvoir qu'ils ont ils entendent l'utiliser pour sauver la France et faire vivre la République, cette République dont ces deux textes fondateurs sont l'âme... Et souvenons-nous aussi que si le terme ne sera utilisé que plus tard, nous sommes bien, depuis le 2 juin, sous la Terreur qui n'est rien d'autre que l'application des propositions de la Montagne en temps de guerre....
Et au fait, la guerre, où en est-elle?..

73 Re: Révolution Française le Sam 14 Mar 2015 - 0:35

Sudena

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La guerre...elle s'est équilibrée sur les frontières mais ça reste extrêmement précaire. A l'intérieur ça va un chouïa mieux: les très rares révoltes girondines sont tombées à plat au bout de quelques jours, Lyon est tombé et les jacobins commencent à s'organiser pour prévenir d'éventuelles révoltes royalistes (en particulier à Bordeaux vu l'importance de la ville sur un point de vue stratégique). Mais Toulon reste aux mains des ennemis et personne ne sait comment la prendre...
A Lyon les jacobins extrémistes, jugeant Couthon décidément trop clément, obtiennent son renvoi et son remplacement par Collot et Fouché. Ces deux éminents députés, connus et reconnus à la Convention, arrivent sur place...et le massacre commence... De concert ils jugent la guillotine trop lente etl es prisons trop vides: ils font arrêter alors tous les suspects et pour gagner du temps Fouché a l'idée (que Collot approuve et justifie auprès de la Convention) de faire creuser leur propre tombe aux condamnés: une fois fait les soldats remplissent leurs canons de ballet et tirent, puis tout ce joli monde est enterré, parfois encore vivants. Quand il n'y a plus de place on utilise le Rhône... Lyon est ravagée, mise à feu et à sang, et devient "Ville affranchie"...

La Vendée est beaucoup plus dangereuse sur le plan militaire mais les chefs ont des problèmes entre eux: Charette refuse l'autorité des autres et décide de faire à son idée, persuadé que de petits actes isolés produiront à la longue de bien meilleurs résultats qu'une armée "officielle". Les défaites s'accumulent pour les républicains, les généraux ne sont pas arrivés et dans plusieurs villages les "bleus" (en opposition aux "blancs" royalistes) sont massacrés... La route de Paris semble ouverte pour les vendéens! Certains chefs, particulièrement Bonchamp et Stofflet, sont d'avis de marcher sur Paris, mais d'Elbée n'est pas de cet avis: loin de leurs bases le risque est grand d'une attaque sur les flancs (sans parler des réactions imprévisibles des populations du centre) et il préconise de renforcer les places fortes existantes. A vrai dire l'ambiance dans l'Etat Major n'a jamais été réellement au beau fixe... C'est alors que le marquis de Donnissan propose une solution intermédiaire qu'il a élaborée avec Lescure, son gendre: prendre Nantes. Les villes sont tombées souvent sur simple sommation, la population n'est pas armée, il n'y a qu'une petite garnison de soldats, et de plus on pourra compter sur le soutient de Charette. Cathelineau accepte ce plan, espérant que les nantais se rendront sans combat, au nom de la raison... Sauf que le chef de la garnison de Nantes est un farouche républicain et qu'il impose une discipline sévère et un effort de guerre à tous, sous peine de mort! Le 14 juillet, d'Elbée (que Cathelineau a nommé pour commander [normal: lui ne sait pas planifier une attaque d'ampleur, contrairement aux nobles formés aux techniques militaires]) lance l'attaque. La ville résiste farouchement et, au milieu de l'après midi, Cathelineau est touché par une balle: il meurt. La perte du "saint d'Anjou" décourage les troupes, Charette renonce et d'Elbée choisit de na pas insister. Les pertes n'ont pas été énormes pour les vendéens: l'attaque de Nantes n'est pas une vraie défaite mais c'est un premier échec, un échec cuisant qui se double de la mort du généralissime, et les troupes républicaines commencent à arriver avec des généraux et des représentants de la Convention. La Rochejacquelein, qui s'est encore fait remarquer sous le feu, est nommé pour remplacer Cathelineau.

Le 17 juillet, Jean-Paul Marat est assassiné. Sa meurtrière s'appelle Charlotte Corday: elle a rencontré les girondins en exil à Cean qui lui ont décrit Marat comme un monstre. décidée à l'assassiner elle est partie pour Paris où elle a essayé de lui parler seule à seul, prétendant détenir une liste de gens sympathisants girondins. Mais Simone, la femme de Marat, s'y est opposé. Lui, enfermé dans sa baignoire en sabot qu'il ne quitte plus ces jours d'été en raison de sa maladie, a entendu sans réagir. Charlotte a alors essayé de trouver un moyen de l'approcher et les gens auxquels elle parle (des gens simples) lui décrivent Marat comme un être d'une bonté infinie et d'une extrême compassion: elle a trouvé la faille. Elle prétend alors qu'elle est menacée, alors Marat prend son cas au sérieux, lui ouvre sa porte...et elle le poignarde. Charlotte Corday c'est ça et rien d'autre! Une perfide odieuse et fermée qui n'a jamais envisagé de vérifier par elle-même les informations données par les girondins: une fois sa conviction faite, rien ne pouvait la faire changer d'avis. Folle ou simplement débile, mais la gloire qu'on lui fait est une honte autant qu'une absurdité (elle sera guillotinée quatre jours plus tard et ses réponses aux questions pourtant pertinentes de Fouquier-Tinville devraient être connues: ça la démystifie mieux que toute autre chose...). Marat est mort en martyr, comme Robespierre le dira lorsque son coeur sera mis dans un vase exposé à la Convention: certainement violent, peut-être sanguinaire, mais de tous les grands hommes de la Révolution il est le seul à être resté à la fois proche physiquement du peuple et ni profiteur ni populiste... Prophète des événements il avait tout vu avant tout le monde: l'Histoire aujourd'hui le traite de façon proprement honteuse: il serait plus que temps de le réhabiliter!.. Le drame de sa mort est que la gauche de la gauche va se chercher un nouveau leader...et le trouver en un personnage hautement nauséabond: Hébert...

Fin-juillet, Danton quitte le Comité de Salut Public et part en vacances, loin de la politique. Robespierre y entre, ainsi que son frère Augustin, rejoignant Philippe Le Bas (mari d'Elisabeth Duplay, fille du logeur de l'Incorruptible, et donc un de ces excellents amis), Couthon et Saint-Just. Il y a aussi Carnot, Barrère (le chef du Marais), Billaud Varenne, Collot, Lindet... Le pouvoir exécutif est désormais en place: ces hommes qui n'ont pas quarante ans (beaucoup en sont même loin) vont pendant des mois et des mois dormir deux heures par nuit, plancher sur tous les sujets, envoyer _et parfois aller eux-mêmes_ des commissaires près des zones de combat, organiser les armées, surveiller les généraux, veiller à l'ordre public (car même si le Comité de Sûreté Générale est là pour aider dans ce domaine, les renvois devant le Tribunal révolutionnaire doivent être décidés par les deux [souvent celui de Salut Public fait confiance et deux de ses membres se contentent de contresigner les ordres]): leur travail s'annonce titanesque mais pour eux l'intérêt du pays vaut plus parfois que leurs propres vies. Peu avant d'entrer au Comité de Salut Public, Robespierre avait demandé à la Convention la constitution d'énormes greniers publics à Paris pour pouvoir nourrir les plus indigents au cas où l'hiver se fasse rude et les denrées rares. La Convention avait accepté et conséquemment personne ne mourra de faim sous la Terreur...

74 Re: Révolution Française le Mar 17 Mar 2015 - 0:15

Sudena

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Quelques illustrations ne seront peut-être pas de trop...

Commençons par l'Incorruptible: Maximilien Robespierre ou la Révolution incarnée. Grand idéaliste, orgueilleux, l'homme le plus respecté de la Convention, flamme du gouvernement révolutionnaire, est associé au régime qu'il a personnifié plus que quiconque: la Terreur.





Le bras droit de Robespierre, son meilleur ami aussi intègre que lui mais peu causant, plus grand travailleur du pays, paralytique: Couthon.





Dernier "pilier" du Comité de Salut Public, personnage de roman qui a suscité autant d'admiration que de mépris, autant d'adulation que de haine, politicien à l'intelligence hors-pairs et à l'intégrité morale jamais remise en question, aussi droit qu'implacable, aussi dur que courageux, modèle pour Victor Hugo au moment de créer Enjolras: l'"Archange de la Révolution": Saint-Just.





Son sens du devoir, son acharnement au travail, son savoir-faire politique mais surtout administratif n'avaient d'égal que son orgueil et son estime de soi: celui qu'on surnommera "l'organisateur de la victoire": Lazare Carnot.





Il prend ses distances avec la politique à l'été 1793 (très provisoirement...), la plus grande "gueule" et la plus grande voix de la Convention qui a été décisif aux moments de la chute de la monarchie et des girondins et de l'établissement de la Terreur, fripouille et corrompu notoire: Danton.





Il est en passe de devenir la voix de l'extrême gauche de la Convention, son verbe populaire et ordurier tranche radicalement avec ses manières de vie très bourgeoises et sa fortune considérable... Ennemi juré de Danton, méprisé par Saint-Just puis par Karl Marx (eh oui!), il va très bientôt sortir de l'ombre: voici Hébert.





Pour beaucoup, le Tribunal Révolutionnaire, c'est lui. Antoine Fouquier-Tinville, aussi joyeux et boute en train dans la vie qu'impitoyable et terrible derrière le barreau du Tribunal. Accusé de tous les maux, on oublie généralement quelques détails qui sont l'étendue de ses compétences et sa parfaite droiture au moment de juger (car de fameux personnages seront acquittés par lui)...






Un dernier petit hommage à Marat dont voici le portrait...

75 Re: Révolution Française le Mer 18 Mar 2015 - 23:36

Snow Globe

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"Misérable! Tu complotes à la tribune! Descend où je t'étripe!
-Fais d'abord décréter que je suis un bœuf!"


Hé bein !  Shocked

Je vois que les querelles entre nos députés  dans l’hémicycle , ne sont de nos jours que de la gneugnote  par rapport aux fions qu’ils s’envoyaient pendant la révolution . Et encore là , pour  le moment ça en sont que des mots …


"Me promets-tu de me livrer les traîtres?
-Non!
-Canonniers, à vos pièces!"


Là la tension est montée encore d’un cran …



Ce texte (La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen) est considéré comme le plus beau texte de Droit jamais rédigé (au moins en France, probablement au monde) et la différence fondamentale d'avec celle de 1789 est que la première valeur est l'égalité (laquelle est "naturelle").
Je  partage complètement ton avis  , et c'est ça qui est incroyable avec la France , elle est capable du pire comme du meilleur . Le meilleur le voilà


Le pouvoir exécutif est désormais en place: ces hommes qui n'ont pas quarante ans (beaucoup en sont même loin) vont pendant des mois et des mois dormir deux heures par nuit, plancher sur tous les sujets…….  
….leur travail s'annonce titanesque mais pour eux l'intérêt du pays vaut plus parfois que leurs propres vies…..
Il n’y a pas à dire pour ça c’était possiblement mieux avant  ,car  de nos jours, je ne pense pas  que nos politiciens mêmes ceux qui cumulent plusieurs mandats  électifs attrapent des méningites en travaillant  Laughing


_________________

76 Re: Révolution Française le Ven 27 Mar 2015 - 23:46

Sudena

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L'été 1793 se passe dans l'euphorie généreuse des lois sociales qui, pour être suivies des faits, se font répressives: désormais l'accaparation des biens nationaux sera considéré comme un crime puni de mort, de même les droits féodaux sont-ils abolis définitivement sans possibilité de rachat: les émigrés ne possèdent plus rien en France... Mais les problèmes demeurent et les députés cherchent une solution pour résoudre celui de la trahison intériueure. La guerre en Vendée, plus la décision, fin août, de la levée en masse dans toutes les régions, rendent les députés particulièrement nerveux, non sans raison d'ailleurs, et le risque est celui d'être démuni légalement face à des traîtres particulièrement habiles qui ne laisseraient aucune trace. Aussi est-ce une solution radicale qui est proposée le 7 septembre: plutôt que de prouver qu'untel est un traître, ce sera à lui de prouver qu'il ne l'est pas. Ce principe, connu sous le nom de "loi des suspects", a été soignensement décidé et préparé par le Comité de Salut Public qui met en oeuvre les solutions pratiques: le Tribunal Révolutionnaire siègera en quasi-permanence et recevra les accusés envoyés par les membres des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public (l'aval des deux est indispensable même si dans les faits c'est celui de Sûreté Générale qui va décider des suspects à mettre en accusation). Des groupes de plusieurs personnes seront jugés simultanément mais pour autant chaque accusé devra bénéficier d'une décision individuelle. Ceux qui ne pourront pas prouver leur engagement révolutionnaire seront en très grand danger... Pour justifier ces mesures, Robespierre parle du nécessaire équilibre à trouver entre la vertu et la terreur: la vertu est sans failles mais l'être humain ne la fera sienne que si la terreur l'y oblige... Le 7 septembre 1793, la Convention vote à la quasi-unanimité cette loi: la Terreur est à l'ordre du jour. Robespierre résume sa pensée par une phrase historique: "La Vertu sans laquelle la Terreur est funeste; la Terreur sans laquelle la Vertu est impuissante." Pour preuve du caractère hautement ambivalent de cette mesure y est ajoutée la disposition suivante: les biens des condamnés à mort seront reversés aux citoyens les plus indigents...

Les premiers temps de la Terreur seront extrêmement calmes niveau procès: les nobles sont les plus suspectés mais il n'y aura que très peu de jugements. Tout va s'accélérer vers l'automne: pour éprouver Herman (président du Tribunal Révolutionnaire) et Fouquier, il faut un accusé de prestige. Et l'ancienne reine est naturellement la mieux désignée pour jouer ce rôle...

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