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Révolution Française

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1 Révolution Française le Ven 8 Aoû 2014 - 18:47

Sudena

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1769. Contre l'avis d'une partie de ses ministres, le roi Louis XV conclut un accord avec l'ennemi historique de la France: l'Autriche de Marie-Thérèse Habsbourg. La Pologne, alliée de la France, est jetée aux ordures et déchirée entre l'Autiche et la Russie qui fait main-basse sur le Grand Duché de Varsovie... La princesse Marie-Antoinette est alors mariée au sucesseur de Louis XV: le dauphin Louis, son petit-fils. La même année la Corse paoliste tombe. Une femme partisane de Paoli, enfuite avec son mari et son jeune fils, accouche dans le maquis d'un deuxième enfant, précisément le 15 août.

Louis XV, à-partir de là, a fini de rigoler et commence à régner d'une main de fer, imposant son autorité aux récalcitrants, en particulier aux Parlements nobiliaires qui lui ont pourri la vie pendant près de quarante ans. Il impose des refontes fiscales draconiennes, menaçant de plus en plus le clergé, sa diplomatie secrète (le fameux Cabinet Noir) est plus mobilisée que jamais: il s'attire ce faisant l'antipathie des philosophes, chantres de la liberté et partisans d'une fonction royale plus contrôlée. Tous sauf un: Voltaire qui, pour une fois, défend publiquement sa politique... Louis XV a une autre ambition: il prépare une flotte en vue de se prendre dès que possible sa revanche sur l'Angleterre. En 1774, la variole l'emporte et l'empêche de mener ses réformes à bien. La même année, Mozart compose sa vingt-cinquième symphonie avec un premier mouvement totalement déroutant, en mineur très violent...

Deux ans plus tard la nouveau roi Louis XVI passe par le lycée Louis le Grand: il pleut à verse et le pauvre jeune homme qui lui lit le compliment officiel (meilleur élève du lycée et l'un des plus en mal d'argent) dégouline d'eau. Le roi ne l'entend pas, ne le regarde pas: cette halte l'énerve et il quitte prestement les lieux.

En 1781, les renforts maritimes français menés entre autre par le jeune marquis de la Fayette et un colonnel va-t-en guerre prénommé Armand (marquis de la Rouërie) donnent aux indpendantistes Américains la victoire à Yortown, cinq ans après la proclamation de l'indépendance: l'Angleterre est humiliée. Dans le même temps, le docteur écossais Jenner entreprend des études de données très précises sur les victimes de la variole: un travail de longue haleine et le début pour cet homme d'une croisade qui durera près de vingt ans...


Voilà: le décor est planté. Certaines décisions prises à ces moments-là, certains des protagonistes entrevus à ces moments-là, seront les clefs du grand chamboulement que connaitra le monde très souvent via la France durant une période décriée, parfois jetée en pâture aux haines, parfois idéalisée: la période de la Révolution Française (qui en Europe n'est pas distinguée de l'Empire), de 1789 à 1815. Le bébé corse est le deuxième fils de la famille Buonaparte, prénommé Napoleone(je reste ici près de l'orthographe d'alors) et il redonnera une existence à une partie de la Pologne, l'élève humilié s'appelle Maximilien de Robespierre (et il l'a été sous les yeux d'un plus jeune élève qui l'admire éperdument: un certain Camille Desmoulins), le mineur sera le mode privilégié du romantisme, de la Fayette et de la Rouërie joueront un rôle capital dans la future Révolution, le docteur Jenner mettra au point en 1798 l'invention qui détruira le plus grand fléau de l'humanité (et dont une campagne fut lancée en premier lieu en France, dès 1801)... Êtes-vous prêts à embarquer avec moi dans ces eaux rouges de sang et de passions, de cruauté et de générosité, à suivre ces hommes exceptionnels qui ont accouché de la France d'aujourd'hui?..

2 Re: Révolution Française le Mer 13 Aoû 2014 - 0:06

Snow Globe

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Bien sur ! cheers 


_________________

3 Re: Révolution Française le Mer 13 Aoû 2014 - 1:42

Sudena

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Eh bien allons-y!  Smile 

Fin 1788: les finances de la France sont au plus bas: les dépenses dépassent allègrement les recettes, en particulier à cause de la dette due à la participation à la guerre pour l'indépendance de l'Amérique qui n'a toujours pas été résorbée. Les opérations financières (parfois les spéculations douteuses) n'ont apporté que des redressements illusoires et provisoires, les différents ministres qui se sont succédés se sont heurtés à une réalité insurmontable: l'argent est dans les mains d'individus non-imposables dont le roi s'estime le protecteur naturel: la clergé et le noblesse. Encore faut-il bien distinguer des "sous-catégories", en particulier dans la noblesse (car nous aurons l'occasion de revenir plus tard sur le clergé): beaucoup de nobles manquent d'argent et les plus fortunés appartiennent à une catégorie bien spécifique, celle qui peut se permettre de former la Cour de Versailles: l'aristocratie. Une autre source de dépenses est le privé du roi, et en particulier la reine... Marie-Antoinette n'est pas populaire, loin s'en faut: décrédibilisée par son statut d'"Autrichienne" (parfois prononcé autri-chienne), elle multiplie les maladresses de communication et ne fait concrètement rien pour s'attirer les faveurs du peuple. Réfugiée au Petit Trianon (palais de plaisance construit à l'origine sur ordre de Louis XV pour faire plaisir à mme du Barry) où elle ne s'embarrasse plus du protocole, elle vit en vase clos, entouré par ses favorites (en particulier la princesse de Lamballe et la duchesse de Polignac) à qui elle accorde tout, elle passe son temps à se vêtir à la dernière mode et elle a dès le début du règne de son mari fait raser dans les jardins de Versailles le labyrinthe (appelé "bosquet d'Esope" car il était illustré par des fontaines représentant des fables du fabuliste grec...et devait être parcouru dans un ordre précis pour en tirer une morale) et le Bosquet des Trois Fontaines qu'elle jugeait passés de mode, et elle perd des fortunes aux jeux d'argent, alors coqueluche de la haute noblesse européenne (magnifiquement illustré en 1975 dans Barry Lyndon, meilleur film de Kubrick et plus belle œuvre esthétique de l'histoire du cinéma). Ses dépenses personnelles représentent à elles seules 7% du budget de l'Etat. Or dans ce siècle marqué par les Lumières, où la Franc-Maçonnerie devient réflexive (Mozart est un Maçon célèbre et sa musique est marquée par cette influence philanthropique), où le servage est aboli depuis longtemps, cela commence à faire tache... La fameuse affaire du "collier de la reine" a défrayé la chronique pas tant pour l'affaire elle-même (qui n'est qu'une escroquerie assez minable) mais plus pour la somme phénoménale en jeu...qui n'a, elle, nullement fait sursauter la reine... Malgré son charme et sa personnalité touchante (il suffit de lire Zweig pour y succomber), Marie Antoinette n'est pas agile ni politique: elle ne saisit pas que le monde change et qu'il serait adroit sinon d'anticiper du moins de jouer mieux que ça son rôle de reine...

Louis XVI, a-contrario, est un roi populaire. Les pamphlets portant sur lui le décrivent comme un homme benêt et ventripotent, gentil mais sans malice. C'est faux! Louis XVI est un homme intelligent et très cultivé, qui souffre de myopie mais qui s'intéresse par-dessus tout aux sciences, d'où son surnom de "serrurier", car effectivement il aimait la complexité de la serrurerie, mais la science qui le passionne entre toutes est la géographie: ce n'est pas pour rien qu'il a financé une gigantesque expédition de recherches menée par l'albigeois La Pérouse (expédition qui trouvera une fin tragique au large de Vanikoro, quoiqu'il soit à peu près sûr qu'il y ait eu des survivants qui ont vécu plusieurs années sur l'île). Physiquement il est aussi aux antipodes de l'image généralement donnée: c'est un homme très grand qui adore l'exercice, un excellent chasseur: il aime le grand air, les grands espaces. Une chose qui le distingue néanmoins de ses deux prédécesseurs: il n'a rien à faire du sexe. Autre particularité, mais celle-ci beaucoup plus lourde de conséquence, qui tient à son caractère: il n'est pas un politicien très avisé et surtout c'est un dévot très soumis à l'Eglise (Louis XIV et Louis XV avaient, eux, réduit leur clergé à la soumission et fait clairement savoir au pape qu'ils étaient les maitres chez eux). Chose à noter: ces images d'Epinal ont, certes, été reprises par l'éducation républicaine à la fin du XIXème siècle, mais elles sont bien antérieurs à la Révolution et viennent des milieux nobiliaires: il ne serait pas inutile de s'en rappeler de temps en temps...

En fait le pire ennemi de Louis XVI est son cousin Philippe d'Orléans: chef de file de la noblesse libérale (on en reparlera très vite), cet ami des philosophes conspire pour discréditer son cousin et prendre, à terme, sa place. Ses buts sont peut-être égoïstes, ses moyens sont plus louables: profitant du fait que sa demeure parisienne, le Palais Royal, ne peut être contrôlé par la police, il l'a depuis longtemps ouverte au public et c'est là que les esprits philosophiques et contestataires se donnent régulièrement rendez-vous...

Les mauvaises récoltes des années 1787 et 1788 (la France dépend totalement de son agriculture, et malgré les morts précoces nombreuses [manque de moyens=manque de soins, n'en déplaise aux amoureux de la reine...] la population des campagnes augmente de façon exponentielle), la situation bloquée de tous côtés, conduisent le ministre Necker à proposer au roi l'ultime solution: la réunion du seul corps d'Etat capable de prendre des décisions drastiques et représentatif de l'ensemble du pays. Les Etats Généraux. Malgré ses réticences, devant l'échec des assemblées des notables, Louis XVI se résout à cette solution: c'est la première fois que les Etats Généraux sont convoqués depuis 1642...




Avant d'aller plus loin, il convient je pense d'ouvrir une petite parenthèse et de revenir sur l'histoire des Etats Généraux, leur origine et leurs conséquences les plus marquantes, bien plus nombreuses et importantes qu'on ne l'imagine aujourd'hui, aveuglés par les événements de 1789. Mais ces événements ne sont pas sortis d'un chapeau de magicien, d'une réunion obscure et insignifiante: les précédents existaient et, si les historiens modernes abhorrent la téléologie, la Révolution a eu trop d'impacts et a été beaucoup trop explosive pour découler de raisons superficielles. Ne leur en déplaise...

4 Re: Révolution Française le Jeu 14 Aoû 2014 - 0:46

Sudena

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Les Etats Généraux ont été créés au tout début du XIVème siècle, par la volonté du roi Philippe le bel. A la base il s'agissait de différencier le royaume en trois ordres qui auraient un même droit de parole: ceux qui prient (le Clergé), ceux qui se battent (la Noblesse) et ceux qui travaillent (le Tiers Etat). Le but du Roi de Fer était alors d'affaiblir le princiipal contre-pouvoir de ce temps-là: l'Eglise, alors dirigée par Bonfiace, qui était entré en conflit presque ouvert avec le roi, principalement (et pour résumer) pour savoir qui détient l'autorité temporaire encore plus que spirituelle (il fallait de l'argent au royaume). Le soutient massif du Tiers Etat et, plus forcé, de la Noblesse, avait alors permis au roi d'affirmer son autorité, autorité que contesta Boniface jusqu'au bout ce qui aboutit au fameux "incident" d'Agnani où le pape fut tout bonnement chassé de chez lui sous le regard silencieux (probablement complice) des français (il en mourrut quelques mois après). Un souflet aux figues empoisonné et une élection achetée plus tard et la papauté était délocalisée de Rome en Avignon, sous le regard vigilant de Philippe (elle y restera presqu un siècle car nombre de cardinaux étant fançais ils ne voyaient que des avantages à cette nouvelle situation): les premiers Etats Généraux avaient équivalu, pour Philippe, à une victoire le total. Mais c'était un roi très particulier (comme souvent les Philippe, constatons) et le droit de parole donné au Tiers Etat lui avait permis de donner un nouvel élan à sa politique qui était (à l'instar de ce qui se faisait depuis Philippe Auguste, mais sans aucun doute mieux et débarrassé de pas mal de questions religieuses) de centraliser le royaume, d'en faire non-plus un assemblage de provinces gouvernées autharciquement par un seigneur, mais un pays fidèle à la Couronne, et en expansion perpétuelle. C'est pour cela qu'il s'aménagea des alliances avec les puissances intérieures et extérieures: mariant sa fille Isabelle avec Edouard II d'Angleterre, duc d'Acquitaine, et ses fils Louis, Philippe et Charles à des princesses bourguignonnes dont deux étaient également filles de la comtesse d'Artois, Mahaut (qu'il aida arbitrairement dans son procès contre son neveu Robert). Il prit l'argent où il se trouvait, c'est à dire dans les communautés juive et lombarde (qu'il n'hésitait pas à exécuter en cas de protestations), ainsi que dans le fort contre-pouvoir Templier, rendu inutile par la fin des croisades mais richissime (nous ne reviendrons pas sur cette affaire trop connue, mais seulement une anecdote: on dit que lorsqu'il fut brûlé Jacques de Molay maudit Philippe jusqu'à la treizième génération de sa race, or Louis XVI était précisément la treizième génération...). Surtout, aidé par ses meilleurs ministres Guillaume de Nogaret et Enguerrand de Marigny, il s'appuya fortement sur les prévôts, baillis, sénachaux, et tous ces roturiers fidèles qui lui apportaient la voix (et les critiques éventuelles) du petit peuple...

L'importance économique du Tiers Etat prit un tournant très important et beaucoup plus politique en 1358. Voici la situation d'alors: nous sommes au début de la Guerre de Cent Ans, les français, enfoncés dans leurs certitudes chevaleresques, se montrent de déplorables stratèges et prennent pâtée sur pâtée face aux anglais. En 1356, le roi Jean le Bon partit en expédition punitive contre le fils d'Edouard III d'Angleterre qui, par des escarmouches aussi rapides qu'efficaces, narguait ouvertement la France. Ce prince est bien connu: il s'agit d'Edouard de Galles, dit le "Prince Noir" en raison de sa tenue (le XV de Galles de rugby était originairement vêtu de noir, avant d'opter pour le rouge devant la domination néo-zélandaise [ça fait du bien une anecdote de temps en temps, non?..]). Sûr de la victoire, en large supériorité numérique et face à une armée épuisée par deux mois d'escarmouches et de rapines, Jean se montra sourd aux tentatives de négociations du Prince Noir. Devant l'impossibilité de rejoindre Bordeaux, ce-dernier se prépara à la bataille et choisit avec soin un terrain qui empêcherait la chevalerie française de manoeuvrer, près de Poitiers: tombant tête baissée dans le piège le roi de France subit une déroute terrifiante et fut fait prisonnier. Une rançon colossale fut exigée et une nouvelle monnaie d'or fut frappée afin que le roi soit à nouveau libre, à l'époque on disait "franc"...et c'est depuis lors que le franc existe. Mais la déficience du pouvoir politique, la peste noire qui arriva, l'inquiétude des paysans du nord (parfois motivée par la faim mais pas seulement: pas de généralité quand on parle de ces paysans: les famaux "Jacques"), le fait que la régence soit aux mains du jeune Dauphin, très inexpérimenté, tous ces facteurs donnèrent l'idée à quelques roturiers fortunés qu'ils pourraient peut-être jouer un rôle politique important... Au premier rang de ceux-cis était le prévôt des marchand de Paris, intelligent et éloquant, soutenu par une bonne partie du petit peuple: Etienne Marcel. Les Etats Généraux de 1356 montrèrent la faiblesse du Dauphin, en butte aux exigences d'Etienne Marcel et du tortueux Charles le Mauvais (frère du roi). S'éternisant malgré l'enfermement de ce-dernier ils n'aboutirent qu'à des résultats temporaires: la situation demeurait bouillante. Surtout les exigences d'Etienne Marcel étaient précises: une Grande Ordonnance limitant réellement le pouvoir du roi (un peu comme le ferait une constitution) et la cessation des riches provinces du nord pour favoriser les échanges commerciaux, dussent-ile être avec l'Angleterre. Etienne Marcel fit libérer Charles le Mauvais en novembre 1357, puis arriva la journée du 22 février 1358: au sommet d'un climat de plus en plus tendu, la foule parisienne en colère, menée par Etienne Marcel, force les portes du palais. Pénétrant en personne dans la chambre du Dauphin avec quelques partisans, Etienne Marcel fait exécuter sous ses yeux deux de ses proches conseillers (Robert de Clermont et Jean de Conflans) et lui impose la ratification de la Grande Ordonnance! Seulement le Dauphin a plus d'un tour dans son sac... Il quitte Paris le 17 mars et met la main sur toutes les routes de ravitaillement. Etienne Marcel enrage, le somme de revenir à Paris, puis, devant son refus, nomme Charles le Mauvais commandant en chef de la capitale, seulement ce personnage douteux ne donne pas confiance au peuple, d'autant qu'à ce moment-là la Grande Jacquerie se déclenche aux environs de Paris. Charles le Mauvais la fait réprimer dans le sang alors même qu'Etienne Marcel essaie en vain d'aider ces paysans. Paris menacé par les troupes du Dauphin, privé de vivres, inquiet à l'idée que Charles le Mauvais, vendu aux anglais, soit nommé son commandant en chef, abandonne Etienne Marcel qui est exécuté le 31 juillet avec quelques partisans. Le Dauphin rentra dans sa capitale deux jours plus tard... Etienne Marcel est resté dans l'Histoire comme une figure pré-révolutionnaire: ses visées étaient certes d'abord d'ordre économique, et il se montra maladroit vis à vis de la politique étrangère, mais il n'en reste pas moins qu'il a été le premier à proposer de limiter le pouvoir royal, qu'il n'hésita pas à utiliser la force pour arriver à ses fins, et que ses qualités de tribun avait séduit et soulevé la foule... On aurait peut-être intérêt à le connaitre un peu et à asocier son image à la station de métro parisienne portant son nom...



Mais la réunion des Etats Généraux qui fut la plus importante avant la Révolution est celle qui avait permis à un roi exceptionnel d'affirmer son autorité et de mettre fin au long processus de guerre civile entretenu par son grand rival et ennemi juré. Ce roi avait reçu le soutient incontitionnel du Tiers Etat et avait d'un seul coup de majesté imposé sa volonté à sa Noblesse pétrifiée. Cette réunion s'était tenue exceptionnellement à Blois, cette réunion mettait aux prises deux Henri, cette réunion avait eu lieu en 1588. Vous suivez mon regard?..

5 Re: Révolution Française le Jeu 14 Aoû 2014 - 23:24

Sudena

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Illustrons de façon un peu plus "imagée" ces lourds textes: ça ne rendra la lecture que plus agréable je pense...


Image d'époque illustrant l'exécution d'Etienne Marcel:




Les images suivantes sont tirées du feuilleton Les Rois Maudits, adaptation des livres de Maurice Druon par Claude Barma, sommet de la série télé française daté de 1972, cette série filmée entièrement sur une scène de théâtre porte le jeu à un degré de perfection tel qu'il est impossible d'imaginer les personnages sous d'autres traits...


Voici Philippe le bel (joué par le génialissime Georges Marchal, ancien pensionnaire de la Comédie Française):




La raison d'être de ce feuilleton: Jean Piat, titanesque dans le rôle de Robert d'Artois:




Au premier rang, Mahaut d'Artois (Hélène Duc); derrière elle, Philippe V dit "le long" (joué par un monsieur du théâtre français, espagnol et catalan, chevalier de la Légion d'Honneur en 1995, Jose-Maria Flotats):

6 Re: Révolution Française le Ven 15 Aoû 2014 - 0:04

Sudena

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Cet élégant jeune-homme est le dernier roi Valois, Henri III. Il a succédé à son frère, le tragique et sanglant Charles IX, en 1574, et il s'est retrouvé à la charge de la plus terrible guerre civile que la France ait jamais connue: la guerre de religion entre catholiques et protestants. Inutile de revenir en détails sur cette guerre (le propos n'est pas là), qu'il me suffise de dire que, deux ans après la nuit de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), la France est plus divisée que jamais et que la Couronne vacille sur sa base... les rois de France sont catholiques, mais devant l'ampleur du phénomène protestant (présent en particulier dans les milieux nobiliaires) ils doivent composer et essayer de trouver des compromis acceptables. C'est ce qu'a tenté de faire pendant des années Catherine de Médicis, mère des deux précédents rois, mais sa terreur de voir les complots arriver jusqu'à la Cour associée à sa foi l'a conduite à pactiser avec les ultra-catholiques, dont leur chef, Henri, duc de Guise. Henri de Guise incarne un idéal chevaleresque: grand, costaud, séducteur, plus fine lame du royaume, il exibe fièrement sa balafre qui lui vaut son surnom. Il est surtout convaincu d'une chose: un bon protestant est un protestant mort... C'est lui qui a organisé dans les moindres détails la nuit de la Saint-Barthélémy: il a tué en personne l'amiral de Coligny et n'eut été un ordre formel du roi il en aurait fait de même avec Henri de Navarre (qui a dû se convertir contraint et forcé). En s'alliant avec lui, Catherine de Médicis sait qu'elle est tributaire à vie de cette faction, mais en 1574 elle reprend espoir avec l'arrivée de son troisième fils sur le trône..

Pourtant Henri III ne paye pas de mine et va entretenir toute sa vie (et même après...) une réputation paradoxale: son extrême rafinement, son hyper-sensibilité, sa dépression chronique, les règles bizarres qu'il impose à son entourage (qui sont en fait un bon moyen de le contrôler et d'augmenter le statut sacré de la personne royale [ce rituel de la Cour sera poussé à son paroxysme sous Louis XIV mais les bases se trouvent à cette époque]) lui donnent parfois la réputation d'être un bouffon seulement capable de crises de colère. De même, s'il ne déprécie pas la compagnie des femmes, il s'est entouré d'une cohorte de jeunes hommes aussi raffinés que lui qui porteront le nom historique de "Mignons": preuve d'une homosexualité assumée (comme 90% d'entre nous il est bi, mais il préfère manifestement les hommes). Seulement cette apparence est trompeuse et Catherine sait, elle, ce qu'il en est: Henri III est le meilleur de ses fils, très conscient de sa fonction, fier, et d'une intelligence politique redoutable...

De fait il tente pendant le début de son règne de pratiquer une politique équilibrée: il ne cache pas son catholicisme mais se veut un souverain réconciliateur; et ça, ça ne plait pas, pas du tout, au duc de Guise et aux ultra-catholiques. Ce petit roi efféminé, qui fait autant de concessions aux huguenots, qui ne sait pas se battre, n'est pas digne du trône de France! Les ambitions du duc de Guise, attisées par une antipathie absolue que se vouent les deux hommes, le conduit au fil des années à ne plus cacher ses ambitions: ce qu'il veut, c'est la couronne et il sait qu'il peut compter sur une ville totalement acquise à son charme: Paris! Aussi il fomente des inurrections de plus en plus sérieuses pour ensuite s'imposer comme le réconciliateur: il veut être roi et il s'en cache de moins en moins... En juillet 1588 tout s'accélère: Paris, fanatisé, se révolte contre le pouvoir royal! Les gardes gascons, les plus fidèles hommes d'Henri III, sont encerclés quand le duc de Guise intervient et dans un geste chavaleresque soigneusement préparé en vue de son image qui lui vaut un délire populaire, il lui épargne la vie: le roi est contraint de s'enfuir de nuit.

Pour le duc de Guise tout est prêt: il impose à Henri III de réunir le Etats Généraux ce que le roi est contraint de faire en octobre 1588. Henri III réussit néanmoins à déplacer" cette réunion afin qu'elle ne se tienne pas à Paris mais à Blois: le duc de Guise accepte, persuadé que son plan ne peut pas connaître d'échec. Pourtant les indices ne manquent pas du côté de l'Europe qui auraient peut-être dû alerter le duc que le vent commence à tourner...

La France est en fait un concentré des guerres de religion: elle est civile dans le pays mais deux autres puissances sont également concernées: l'Espagne du catholique intégriste Philippe II et l'Angleterre de la protestante Elisabeth 1ère (la fille d'Henry VIII). Or en 1588 l'Armada vient d'être passée par le fond: l'Espagne perd sa puissance et devient une nation comme les autres: le début seulement d'une longue chute. L'intelligence politique d'Elisabeth a prévalu sur l'intégrisme et la volonté de miracle de Philippe II (veuf de Mary la sanglante): étrange passation de pouvoir au moment où en France la situation est sur le point elle-aussi de basculer...

La réunion des Etats Généraux commence et le souci est pour Henri de Guise de pousser le roi à abdiquer en sa faveur: aussi il l'humilie publiquement en prétendant le défendre, lui donne la parole quand il ne la prend pas à sa place, s'assure au grand jour le soutient des nobles qu'il tourne un par un vers lui. Henri III laisse passer la pilule, bouilllonne de rage mais ne montre rien, pas encore!.. Il refuse néanmoins de se départir de la couronne: la réunion commence à trainer en longueur. Le roi est patient: il sait que le temps joue pour lui... Les députés du Tiers, eux, sont de plus en plus remontés: la trahison de deux d'entre eux pousse certains à aller parler au roi et à lui assurer de leur total soutient; ils se permetttent même de le menacer: s'il abdique en faveur de Guise, eux n'accepteront jamais le duc comme roi et il y aura des révoltes! Le roi n'attendait que ça: ses sujets (la plupart en tout cas) lui sont vraiment fidèles: il ne voulait à aucun prix risquer un déchirement du pays mais désormais il sait que ce n'est qu'une faction qui s'oppose à lui: il peut vaincre une faction, il ne voulait simplement pas condamner le pays pour sa seule ambition fut-elle légitime... Alors il organise tout, courbe l'échine lors des réunions, prépare l'Acte de son règne. Dans le matin brumeux du 23 décembre 1588, Henri III convoque le duc de Guise dans son privé. Le duc arrive, confiant après une bonne nuit de ripailles et de sexe (fait avéré); une fois sur place, ses proches sont retenus dans une pièce par quelques gardes, le duc monte des esqliers, traverse quelques chambres vides, monte enfin un escalier...et les cent gascons de la garde personnelle du roi lui donnent l'assaut! Fine lame, favorisé par l'étroitesse des escaliers, le duc de Guise se défend comme un lion mais la retraite est coupée; sept gascons sont tués, trois autres blessés, mais arrivés dans la chambre du haut le duc perd son avantage, est blessé à plusieurs reprises, tombe à terre; le capitaine des gardes _qu'il avait humilié quelques mois plus tôt et qui avait largement participé à l'assaut au milieu de ses hommes_ le transperce de son épée. Sa fabuleuse constitution retardera de plus d'une heure la mort d'Henri de Guise, le traitre qui voulait devenir roi. Et derrière Henri III jouera parfaitement de l'effet de surprise: les députés, pétrifiés et stupéfaits, l'écouteront sans piper mot imposer ses conditions, ses lois, sa volonté, et tous lui jureront fidélité: un acte royal pour un roi hors du commun!..

Derrière il s'agissait de vaincre une dernière fois: Paris entrait en révolte. Henri III y mit alors le siège aidé par son cousin protestant Henri de Navarre mais le 2 août 1589, alors que la capitale tombait, il était assassiné par le moine fanatique Jacques Clément. Dans ses dernières heures il se montra une nouvelle roi jusqu'au boût: imposant à ses sujets Henri de Navarre comme successeur. Il lui recommandera juste de se convertir au catholicisme...ce que ce dernier ne fit pas. Une nouvelle vague de guerres se déclanchera qui dureront quatre ans, jusqu'à ce qu'Henri IV se rende enfin compte de la nécesité politique de se reconvertir au catholicisme: quatre ans de gâchés qu'on a tendance à oublier dans la vie du "Vert Galant", préférant retenir le seul Edit de Nantes de 1598. Mais que ce soit clair: sans Henri III cet édit n'aurait jamais pu voir le jour.


Vous aurez je pense compris l'importance des Etats Généraux dans l'Histoire de France, ainsi que la défiance des deux premier ordres vis à vis de cette réunion... Mais je m'arrête ici car il est temps de revenir _enfin!_ sur les événements de 1789 et de commencer pour de bon l'histoire de notre pays. Mais qu'une chose soit bien claire: au moment où les cahiers de doléances sont rédigés, les députés élus, les premiers doutes évoqués, personne ne se doute de ce qui est en passe de se passer. Le roi n'a rien à craindre pour sa Couronne et, quelque part en Corse, un petit lieutenant d'artillerie ne se doute pas que dans dix ans un pays tout nouveau sera à lui et lui confiera la terrible tâche de le sauver du reste du monde...

7 Re: Révolution Française le Sam 16 Aoû 2014 - 21:18

Snow Globe

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Et bein dis donc , quel travail remarquable !    Et le tout bien écrit , c’est tout simplement passionnant   Very Happy 

J'ai noté plusieurs choses qui m'ont frappé.

Fin 1788: les finances de la France sont au plus bas: les dépenses dépassent allègrement les recettes.
Lol , 326 années plus tard , nous en sommes au même point .  On n'a pas progressé ! cyclops 

Marie-Antoinette n'est pas populaire, loin s'en faut: décrédibilisée par son statut d'"Autrichienne" (parfois prononcé autri-chienne)
Bien que ce jeu de mot soit fort déplacé , je n’ai pas  pu m’empêcher de rire aux éclats , Bravo à celui qui a inventé ce jeu de mot (douteux) .

Ses dépenses personnelles représentent à elles seules 7% du budget de l'Etat
Mazette !!
La aussi jen’ai pas pu m’empecher de me gondoler de rire . Razz 

les français, enfoncés dans leurs certitudes chevaleresques, se montrent de déplorables stratèges et prennent pâtée sur pâtée face aux anglais.
La aussi , 326 années aprés , nous n'avons pas progressé !

Et puis j’ai noté qu’en ces époques un peu troubles (mais qu’est ce que ça veut dire ça ?)  , tout ceux qui ont essayé de la ramener et de vouloir être Calife à la place du Calife ont mal finit …tels Etienne Marcel et Henri de Guise . Je crois qu’en ces époques , moins on la ramenait et mieux ça allait Laughing   .  J’ai l’impression avec ce qui va suivre cette impression va se confirmer !

NB J'ai suivi avec assiduité les retransmitions puis les rediffusions des Rois maudits . C'était passionant tout en permetant d'acquerir des rudiments d'histoire de France ,apris à l'école presque contraint et forcé et oublié depuis .


_________________

8 Re: Révolution Française le Sam 16 Aoû 2014 - 23:18

Sudena

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Nuance: Etienne Marcel n'a jamais essayé de ceindre la couronne: il voulait limiter les pouvoirs du roi...et l'expérience terrible (même pour lui) de Charles VI "le fol" qui a failli faire disparaitre la France tend à prouver que le prévôt des marchands avait raison...

Je vais venir dès cette nuit aux Etats Généraux de 1789: merci de commenter, surtout continue...  Smile Very Happy 

9 Re: Révolution Française le Sam 16 Aoû 2014 - 23:55

Snow Globe

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Je reflechissai à cette Marie-Antoinette qui nous mangeait 7 % des finances de l'état . C'est à peine croyable.. S'en est même hallucinant ,c'est de la folie furieuse  Laughing 

Ca prouve bien que ces gens vivaient dans un tout autre monde et n'avait aucune notion que dans le pays dans lequel ils vivaient il y avaient des millions de gens qui y vivaient aussi ... Sa chute sera abrupte .


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10 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 2:02

Sudena

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"Qu'est ce que le Tiers Etat? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent. Rien. Que demande-t-il à devenir? Quelque-chose..." Ce pamphlet de l'abbé Sieyès (qui siège avec le Tiers) participe largement à l'ambiance électrique et fiévreuse qui précède la réunion des Etats Généraux prévue pour le 5 mai 1789... Le Tiers est composé principalement de bourgeois marqués par les idées philosophiques du siècle des Lumières, mais bien que la disparité des provenances soit patente, il est peut-être le seul des trois ordres qui avance "uni", assez clair dans ses revendications qui sont, pour résumer, un changement clair et net de ce qui se passe au niveau fiscal, avec une égalité devant les impôts et, pour les plus hardis, une égalité devant les emplois (qui, pour certains, sont réservés aux nobles). Parmi les figures du Tiers Etat se distingue l'astronome Bailly, astronome membre de l'Académie (député de Paris), l'avocat parisien aux grandes phrases emphatiques Brissot, l'avocat bordelais Vergniaud, le noble d'Aix en Provence Mirabeau (une figure discrédité par des affaires de mœurs, orateur aussi brillant que sa laideur est grande [il a été défiguré par une variole précoce]), le député auvergnat Couthon (membre éminent de la Franc-Maçonnerie), le médecin philanthrope Guillotin. Il y a même un avocat un peu particulier, député d'Arras qui a dû faire face à une violente campagne dirigée contre lui car ses positions très progressistes la foutaient mal dans le bonne société seule à même de voter, mais sa grande popularité et le soutient massif de son frère a eu finalement raison de ses ennemis: il s'appelle Maximilien de Robespierre...

Le Tiers, avec le soutient des amis du duc d'Orléans, a eu l'autorisation de doubler des effectifs pour la réunion. Face à lui, les deux ordres privilégiés semblent avancer main dans la main, et la cérémonie d'ouverture du 4 avril montre de façon brutale l'ordre des choses: les députés du Tiers sont obligés de revêtir une tenue sobre et stricte, toute noire, ce qui tranche avec les superbes costumes des évêques et les tenues colorées et "emplumées" de la Noblesse: cette humiliation que ressent (à juste titre) le Tiers n'augure rien de bon. Le 5 mai, le roi, au chevet de son fils Louis-Joseph, malade (il est victime de la tuberculose osseuse et il mourra vingt jours plus tard), fait attendre les députés pendant quatre heures. Déjà on murmure, on tique devant cette majesté dont l'attitude frôle les limites de la décence... Mais quand Louis XVI arrive il est acclamé à tout rompre...ce qui tanche singulièrement avec l'accueil fait à la reine: Marie-Antoinette voit les visages impassibles et silencieux: elle sait que sa personne est l'objet de haines tenaces...et plutôt que d'essayer de calmer le jeu, elle va tout bonnement bouder et ne jamais reparaître devant les députés... Le discours de Necker, ministre des finances très populaire auprès du Tiers, commence. Mais très vite tout le monde est atteint de somnolence: Necker est "rasant", ne parles que de finances souvent en termes très techniques, et ne répond à aucune des questions "chaudes". Tout juste si les députés du Tiers tiquent en entendant des phrases comme "désir exagéré de réformes". Surtout Necker ne s'engage pas sur le seul point qui importe vraiment: va-t-on voter par "tête" (toutes les voix comptent pour une et la majorité absolue l'emporte) ou par "ordre" (les trois ordres délibèrent séparément et chacun ensuite dépose son vote qui compte pour un). Le vote par tête favoriserait le Tiers, le vote par ordre ne peut que servir les ordres privilégiés... or cette absence d'engagement de Necker comme du roi inquiète à juste titre les députés du Tiers Etat...


Malgré tout, le "front conservateur" n'est pas aussi uni que ne le laissent présager les apparences... Le Clergé en particulier est divisé en deux groupes opposés et antagonistes: aux évêques richissimes proches de la Noblesse aristocrate qui font l'image du groupe s'opposent le "bas-Clergé": des petits curés de campagne, des gens proches de leurs ouailles, qui connaissent parfaitement les difficultés du petit peuple et qui doivent faire avec des instructions papales parfois totalement contradictoires avec la réalité qu'ils côtoient... Aussi ces curés sont ils, silencieusement, beaucoup plus proches du Tiers et ils forment un groupe nombreux qui serait décisif en cas de vote par tête (la victoire du Tiers serait très large grâce à ce groupe peu bavard mais bien plus influent qu'annoncé). Y a-t-il un seul député du Clergé qui a marqué l'Histoire? Oh que oui mon petit! et pas le moindre: l'évêque l'Autun, boiteux, supérieurement intelligent, corrompu jusqu'à la moëlle, esthète dans l'art de la trahison dont il dira qu'elle est "une affaire de moment": Charles Maurice de Talleyrand Périgord... On aura l'occasion de revenir sur ce personnage aussi fascinant que vomitif...
La Noblesse est plus unie, mais les dissidences sont d'autant plus visibles qu'elles sont "bruyantes": il y a en-effet un sous-groupe mené par le marquis de la Fayette et soutenu par le duc d'Orléans, marqué par les Lumières et prêt à faire évoluer le royaume. Populistes? Philanthropes? Intéressés? Lucides? Doux-rêveurs? Chevaliers? Il y a certainement un peu de tout ça à la fois... Mais des députés comme le vicomte de Noailles ou le duc de la Rochefoucault-Liancourt vont vite avoir leur mot à dire: il leur suffira d'attendre patiemment dans le mépris de leurs pairs ce qu'ils voient se profiler à l'horizon: le roi ne les écoute pas, se considère comme le protecteur naturel des privilèges mais ne sait ni concilier (comme Henri IV) ni trancher (comme Louis XIV), se replie dans son entourage très conservateur (la reine mais aussi ses frères, en particulier le cadet Charles, comte d'Artois) et la réunion commence petit à petit à trainer en longueur. Mais en ce printemps 1789 les députés du Tiers commencent à s'énerver et ils font rapidement savoir qu'ils ne permettront pas, qu'ils ne permettront plus!, le statut-quo que prône la Noblesse et le haut-Clergé. Tous les éléments du clash sont en place: l'incident est imminent...


A noter que la réunion se passe dans la salle des Menus-Plaisirs, réaménagée pour l'occasion. Deux autres "petits détails": peu avant la réunion des Etats Généraux, un tout jeune homme de vingt-deux ans avait publié un long poème satyrique intitulé "Organt" dans lequel il dénonçait l'arbitraire royal et le privilège de naissance ("leur crime était d'être lombards, le tien[...] est d'être criminel!"). Une conversation semi-imaginaire entre lui et son éditeur lui fit dire: "J'aime les rois, je déteste les tyrans!" Ce jeune-homme avait été élu député mais son âge avait empêché la validation de cette élection, il est avocat et très aimé des indigents qu'il défend, il a été enfermé sur lettre de cachet à la demande de sa mère qui le déteste, il s'appelle Louis Antoine Saint-Just...
De Paris, un homme observe avec attention les événements et voit le peuple avoir faim, se ruer aux boulangeries dans des cohues d'où certains (souvent des femmes) ne ressortent pas vivants. Plus âgé que la plupart des députés (il a quarante-trois ans), il combine à la fois les qualités de journaliste et de médecin. Il s'appelle Jean-Paul Marat...


Petit à petit les acteurs se mettent en place: la place qu'ils occupent sur la scène à ce moment-là, ils la feront leur et ils vont progressivement décider de venir en avant-scène. Mais c'est un acte royal qui, alors que juin distille sa lourde chaleur, déterminera le départ profond et irrémédiable de la Révolution...



Dernière édition par Sudena le Dim 17 Aoû 2014 - 16:00, édité 1 fois

11 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 5:28

Sudena

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Le plus extraordinaire _et qui me fait dire que ceux qui la vénèrent aujourd'hui n'ont strictement aucun sens de l'intérêt général_ c'est qu'elle a eu des années et des années pour changer, et que même après le début de la Révolution on lui a donné un nombre phénoménal de chances. Sans autre résultat qu'une obstination de plus en plus grande à se battre contre le peuple...

Je ne sais pas si tu as déjà lu le manga La Rose de Versailles ou son excellente adaptation animée Lady Oscar. Si la fin est je trouve bâclée (au point de m'inspirer beaucoup pour les fanfics [je suis sur une la mêlant à Lost...]) le propos général est particulièrement fin et à-propos vis à vis de Marie Antoinette: l'héroïne adore la reine mais devient progressivement de plus en plus sensible aux idées nouvelles...et évolue insidieusement jusqu'à un point de non-retour où elle ne peut faire autrement que se déclarer son ennemie. Elle aime toujours autant la femme mais elle ne peut plus servir la reine, et elle prend les armes contre elle (le tout bien sûr avec bien davantage de personnages [souvent paradoxaux: il n'y a pas un "démon" car même les personnages les plus violents sont progressivement révélés sous un autre jour (en-particulier Saint-Just, vu comme un assassin froid mais curieusement dans le "bon" camp et peut-être le plus lucide sur le long terme), et le seul personnage christique est un étrange accordéoniste qui joue peu à peu le rôle du choeur grec (même s'il aide le principal personnage masculin à se sortir des abysses du désespoir)], saupoudré d'une grosse dose de symbolique, de débats sur la sexualité et la société, et d'une magnifique histoire d'amour).



Dernière édition par Sudena le Dim 17 Aoû 2014 - 17:12, édité 1 fois

12 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 17:06

Sudena

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La première revendication du Tiers Etat est d'ordre purement technique, mais aussi incroyable que cela puisse paraître c'est ça qui va mettre le feu aux poudres... Dès le 6 avril le Tiers demande la vérification en commun des mandats des députés, ce qui pourrait permettre de révéler des élections douteuses au sein des trois ordres.... Le Clergé et la Noblesse refusent, le roi comprend que cette revendication est le premier pas vers le vote par tête. Les débats s'enlisent. Petit à petit le venin se distille. Le Tiers comprend que le roi n'est pas de son côté: la pilule passe mal... Alors le Tiers prend l'initiative: le 10 juin il commence seul la vérification des mandats. L'ambiance se dégrade de plus en plus dans la salle des Menus Plaisirs. Le roi, en deuil après la mort du Dauphin (4 juin) n'agit pas. Fort du soutient du peuple et conscient qu'il représente 90% de la nation, le Tiers Etat se constitue le 17 juin Assemblée Nationale. Ce faisant les députés sont conscients de franchir un pas: cette décision prise sans l'assentiment du roi l'isole de plus en plus: n'est-il pas en train de devenir séditieux?..

Le 18 juin alors que les députés arrivent aux Menus Plaisirs les premiers, une immense clameur se fait entendre. Que se passe-t-il? Trois curés poitevins, députés du Clergé, ont pris la décision de s'unir à "[leurs] frères du Tiers Etat": une vague de joie renverse les députés du Tiers Etat: ils ne sont pas seuls! Et dans la journée plusieurs membres du bas-Clergé suivent l'exemple et se déclarent publiquement pour le Tiers. Le 19 juin, nouveau coup de tonnerre: après un scrutin très serré, le Clergé vote sa réunion au Tiers! Pour la première fois la Noblesse se retrouve seule face aux deux autres ordres. Alors le roi prend enfin une initiative, mais pas celle attendue et pas de façon bien claire: il fait fermer la salle des Menus Plaisirs en prétextant des travaux...

Le 20 juin les députés trouvent portes-closes: le piège est parfait, la situation est bloquée!.. C'est alors que le docteur Guillotin a une idée qu'il lance à la cantonade: il propose de se replier sur la salle du jeu de paume (ancêtre du tennis). C'est une salle aux murs nus et mal entretenus mais qui a l'avantage d'être assez grande pour tout ce monde...et qui se trouve comparativement plus proche du château que les Menus Plaisirs. Les députés s'y rendent accompagnés de quelques pauvres gens qui les soutiennent et qui vont assister des fenêtres à l'événement qui marqua, selon moi, le véritable début de la Révolution. Dans que état d'esprit se trouvent-ils, ces hommes investis d'une mission par leurs électeurs? Sont-ils conscients qu'ils tournent une page d'Histoire?.. Je pense qu'ils le sentaient au fond d'eux, tous: un tel événement ne peut pas laisser de marbre. Je suis certain que presque tous étaient émus, très émus...
Une petite table est amenée et le plus illustre des députés y monte: il s'agit de l'astronome Bailly. Il propose à ses collègues de jurer de ne jamais se séparer, et de se réunir partout où les circonstances l'exigeraient, jusqu'au moment où la France aurait enfin une Constitution! Il lève la main droite. Tous l'imitent et s'exclament d'une même voix: "Je le jure!" Tous signent ensuite ce serment. Désormais c'est fait: le Serment du Jeu de Paume  fait entrer la France dans une nouvelle ère, et le roi se rendra très rapidement compte que sa parole seule ne pourra suffire à défaire ce lien, pourtant il le tentera... Je ne peux pas empêcher mes mains de trembler en tapant ça, car je me dis que ce que ces députés ont fait ce jour-là, ce 20 juin 1789, a été la première pierre mise au formidable édifice qui fait qu'aujourd'hui j'ai la possibilité de voter et ainsi, à mon niveau, de participer à la vie politique de mon pays, or l'Histoire de France, et ce depuis la dislocation de l'empire Carolingien, lui donne immanquablement une difficulté supplémentaire, car la "cité" ne peut être que notre pays, aussi les conflits sont-ils exacerbés. Est-ce un mal? Un bien? Qu'importe: c'est une réalité sur laquelle, au lieu de nous désoler, nous ferions bien de nous adapter. Car toutes les tentatives d'opposition (et il y en a eu et pas qu'un peu pendant la Révolution...) se sont soldées en désastre et ont heurté un sentiment viscéral qui tient tout citoyen de ce pays...


Quand vous irez à Versailles, baladez-vous autour du château: la salle des Menus Plaisirs existe toujours (elle abrite le conservatoire de musique), de même que celle du Jeu de Paume dans des ruelles tortueuses. Mettez-vous dans les pas de ces hommes et mesurez le courage qu'il leur a fallu pour braver l'autorité royale... La ballade dans le temps en vaut la peine...



Ci-dessous la célèbre tableau de David représentant le Serment du Jeu de Paume (vision semi-réaliste, semi-symbolique). Outre Bailly vous pouvez distinguer plusieurs grandes figures de la Révolution, comme Mirabeau ou Robespierre...

13 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 21:56

Snow Globe

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C'est toujours aussi passionant à lire. Very Happy 

Je n’ai pas lu lu le manga La Rose de Versailles ni son adaptation animée Lady Oscar ,mais je vais essayer de me procurer ça sur le net ?


…il est peut-être le seul des trois ordres qui avance "uni",assez clair dans ses revendications qui sont, pour résumer, un changement clair et net de ce qui se passe au niveau fiscal, avec une égalité devant les impôts..
Yes !!La aussi rien n’a changé ; trop d’impôt tue l’impôt !   Peut être que de nos jours les pauvres sont épargnés , mais ce sont toujours les classes moyennes qui trinquent . Evil or Very Mad    

Mirabeau (une figure discrédité par des affaires de mœurs, orateur aussi brillant que sa laideur est grande [il a été défiguré par une variole précoce])
Oh le petit sapajou !  

Le discours de Necker, ministre des finances très populaire auprès du Tiers, commence. Mais très vite tout le monde est atteint de somnolence: Necker est "rasant", ne parles que de finances souvent en termes très techniques, et ne répond à aucune des questions "chaudes".
". La tactique dite de « l’enfumage » me fait rire aux éclats .   lol! 

Je ne peux pas empêcher mes mains de trembler en tapant ça, car je me dis que ce que ces députés ont fait ce jour-là, ce 20 juin 1789, a été la première pierre mise au formidable édifice qui fait qu'aujourd'hui j'ai la possibilité de voter et ainsi, à mon niveau, de participer à la vie politique de mon pays
Yep ! c’est ce à quoi je pensait aussi . Et pour aller quasi systématiquement (il n’y a que lorsque je suis d’astreinte que je ne le fais pas ) participer aux dépouillement des votes , je peux affirmer que l’on peut être très fier des procédures mises en place par notre pays. Very Happy   
Nous avons peut être des problèmes internes ;mais là à chaque fois que je participe à un dépouillement je me dis que  ça vraiment été pensé pour éviter la triche et les chicanes  qu’il y a dans de trop nombreux pays .

...il a été enfermé sur lettre de cachet à la demande de sa mère qui le déteste .
Lol aussi , il y avait vraiment des comiques à cette époque là .

Alors le roi prend enfin une initiative, mais pas celle attendue et pas de façon bien claire: il fait fermer la salle des Menus Plaisirs en prétextant des travaux...
J’ai l’impression qu’en voulant prendre les gens pour des imbéciles , qu’il a commis là , une énorme gaffe  en  surmotivant le tiers états . Surprised 


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14 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 22:20

Sudena

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Le problème est que l'impôt est inégalitaire et que les grosses fortunes sont très (trop) souvent épargnées. Je ne parle même pas des aberrations du genre du bouclier fiscal mais aussi des impôts indirects et de la très faible taxation des héritages (car ne va pas me dire qu'il n'y a pas un gros problème lorsque la progéniture devient millionnaire sans rien faire!..), sans parler du pognon phénoménal soustrait à l'impôt via les paradis fiscaux... Le Révolution et surtout l'Empire a fait efficacement face aux gros problèmes économiques, mais avec des moyens tus aujourd'hui car pour le moins originaux...et peu libéraux...

15 Re: Révolution Française le Dim 17 Aoû 2014 - 22:39

Snow Globe

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Je suis d'accord avec toi , et n'ai volontairement pas voulu parler des grosses fortunes , qui on le sait s'organisent autrement pour payer le moins possible , par des moyens légaux (loi Girardin et autres) et des combines off-shore !

Le Révolution et surtout l'Empire a fait efficacement face aux gros problèmes économiques, mais avec des moyens tus aujourd'hui car pour le moins originaux...et peu libéraux...
Ah ! Je sens que ça va envoyer du petit bois lol  Laughing 


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16 Re: Révolution Française le Lun 18 Aoû 2014 - 3:48

Sudena

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Le Serment du Jeu de Paume pousse le roi à réagir. Le 23 juin, après la réunion de deux députés de la Noblesse au Tiers la veille, il rouvre la salle des Menus Plaisirs et se fend d'une déclaration où il se déclare unique garant du bien de son peuple et ordonne aux trois ordres de se disperser. Il quitte ensuite la salle, la Noblesse le suit ainsi qu'une moitié du Clergé. Mais le Tiers reste sur place... Bailly prend la présidence de l'Assemblée Nationale. Au bout d'un temps, le marquis de Dreux-Brézé, missionné par le roi, revient dans la salle et ordonne de nouveau à l'assemblée de se disperser. Mirabeau se lève alors et rugit sa phrase historique: "Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes!" Dreux-Brézé est sonné, plus encore quand Bailly lui lance, sans même lever les yeux: "La Nation assemblée n'a pas à recevoir d'ordres!" De retour au château, Dreux-Brézé explique la situation. La réponse du roi marque, pour certains, le véritable début de la Révolution: "Ils veulent rester? Eh bien foutre! qu'ils restent!.." Le roi a capitulé et il ordonne l 27 juin à son "fidèle Clergé" et à sa "fidèle Noblesse" de se joindre aux députés du Tiers Etat. Le 9 juillet, l'assemblée changera de nom et deviendra "Assemblée Constituante".

Le roi a-t-il vraiment capitulé? Est-il sincère dans ses déclarations apaisantes? Il est plus que permis d'en douter... Car très vite il a appelé ses troupes frontalières à marcher sur Paris: des troupes composées de suisses, d'allemands, où quasiment aucun soldat ne parle français... les premiers incidents arrivent dès le début du mois d juillet. Le peuple de Paris voit d'un mauvais œil l'arrivée de ces troupes et ils le font savoir. Le 3 juillet, en réponse à quelques jets de pierres, les soldats royaux chargent! On relève quelques morts et plusieurs blessés. Ce sont les premières gouttes de sang de cette période, pas les dernières, mais notons bien qu'elles furent le fait des partisans du roi...

Les esprits s'échauffent de plus en plus et le peuple de Paris prend les premières initiatives, préfigurant les grandes journées à venir. L'église des Cordeliers est envahie par des orateurs improvisés parmi lesquels se distingue l'avocat Danton, brillant et éloquent juriste qui connait un peu Mirabeau et qui a le chic pour bien gagner sa vie... A Versailles le roi organise sa stratégie et exclut ses conseillers trop proches du Tiers. Et le 12 juillet une rumeur se répand dans Paris: "Necker a été renvoyé..." La rumeur enfle, arrive de plus en plus de sources différentes: "Necker a été renvoyé!.." Et la confirmation arrive et fait l'effet d'une bombe: "Necker a été renvoyé!" Pour beaucoup de gens c'st le signe qu'un bain de sang se prépare, or il y a un endroit où les orateurs improvisés peuvent parler en toute liberté: le Palais Royal, la demeure du duc d'Orléans. Un jeune avocat de même pas trente ans prend la parole, annonce que le roi a prévu "une saint Barthélémy des patriotes", et, en brandissant son pistolet il lance un appel aux armes! Cet homme, ami de Danton, est un vieux camarade de Robespierre, il souffre d'un léger bégaiement, il s'appelle Camille Desmoulins. Le peuple, électrisé sort dans les rues et se rend dans les sections populaires. De la Bastille un prisonnier, voyant la foule, se met à crier: "Venez vite: on égorge des prisonniers ici!.." C'est faux et personne ne le prend réellement au sérieux, mais ça participe largement au "durciment" de l'ambiance. Cet homme sera dès le lendemain transféré dans une autre prison. Cet homme s'appelle Donatien Alphonse François, marquis de Sade...

Le 13 juillet le peuple de Paris se rend aux Invalides pour trouver des armes. Ils s'en emparent sans problème mais il manque quelque-chose: la poudre... Un cri spontané s'élève alors: "A la Bastille!"

17 Re: Révolution Française le Lun 18 Aoû 2014 - 16:26

Sudena

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La Bastille est une ancienne forteresse de défense construite pendant le Moyen-Âge, reconvertie depuis en prison car l'extension de Paris lui a ôté tout intérêt stratégique. Néanmoins la poudre qu'elle abrite et sa repoussante silhouette très massive lui donnent un aspect redoutable qui inquiète les parisiens. Elle n'abrite que sept prisonniers (dont quatre simples escrocs), mais elle est le symbole d'un arbitraire royal qui ne passe plus en cette fin du XVIIIème siècle: celui des lettres de cachet, à savoir que n'importe qui peut être enfermé sans raison sur simple lettre royale. Mirabeau en a fait les frais, Sade aussi (sur demande de sa belle-mère [l'image maternelle est d'ailleurs celle qui, après la religion, est la plus malmenée dans son œuvre]), de même que le jeune Saint-Just (dont le crime, aux yeux de sa mère, a été de lui avoir volé quelques bijoux pour se payer un médecin). C'est donc tout un symbole qui s'attache à cette prison qui coûte cher à entretenir et que le gouvernement avait même songé à raser en 1784...

Lorsque le peuple arrive devant, le 14 juillet 1789, et exige que les portes lui soient ouvertes, la garnison est bien étonnée: hormis quelques vétérans la Bastille est gardée par des Suisses qui n'ont jusque là strictement rien eu à faire d'autre que de compter leurs munitions. Le gouverneur de Launey reçoit plusieurs délégations populaires venues pour tenter de négocier, avec une légitimité toute nouvelle qui perturbe beaucoup cet homme de soixante ans, alerte mais dont la mentalité est celle d'un soldat d'Ancien Régime: fidèle au roi, attendant ses instructions. Le délégations sont reçues aimablement mais les heures passent sans résultat concret. La présence des canons sur les tours n'aide guère à calmer les angoisses, surtout lorsque le pont-levis est baissé pour une raison encore floue aujourd'hui, que la foule, logiquement pénètre dans la forteresse...et qu'elle est reçue à coups de fusils. L'engagement commence un peu à la surprise générale, mais les Suisses, mieux entrainés, mieux positionnés et bien mieux armés, font des ravages parmi la foule. Le canon retentit, le peuple reflue en pagaille mais reste aux abords de la forteresse. C'est alors que de Launey entend le tambour des gardes françaises. Il se croit sauvé. Mais ces soldats sont français, commandés par des français, et ils n'ont pas la moindre intention de tirer sur leurs frères dont ils partagent le quotidien: ils s'arrêtent et crient: "Vive la Nation!" Ils viennent spontanément de créer ce qui sera officialisé deux jours plus tard: la "Garde Nationale"... Cette fois-ci le sort de armes change de mains: ces hommes savent se battre, ils ont apporté un canon et ils savent parfaitement s'en servir... De Launey tente de faire passer un message qu'un certain Maillard (un héros discret qui participera à toutes ces grandes journées patriotiques avant de mourir de tuberculose chronique en 1797) vient chercher dans un numéro d'équilibriste: il propose la reddition de la forteresse sous condition que la vie de tous les hommes soit épargnée. Cette proposition pourrait être acceptée mais de Launey a également menacé de faire sauter le quartier en cas de refus, et ça c'est un chantage que personne n'accepte. Les anciens combattants gardant la poudrière se mutinent et interdisent au gouverneur l'accès aux stocks, les portes sont ouvertes: la Bastille est prise!
Le calvaire de de Launey commence: il est molesté par la foule en colère, blessé malgré de vraies tentatives des représentants des districts pour le défendre, comprenant ce qui l'attend il supplie qu'on en finisse une fois pour toutes. Une main charitable lui met une balle dans la tête, tête qui sera ensuite coupée et baladée à bout de pique sons l'Hôtel de Ville. Au moins n'a-t-il que peu souffert... Beaucoup de personnages de la Révolution sont controversés, aussi il est assez remarquable de voir un personnage comme de Launey, qui fait l'unanimité sur ce qu'il était. Tout le monde s'accorde à dire que le marquis de Launey était un brave type, mais qu'il a été complètement dépassé par des événements qu'il ne comprenait pas du tout. Accordons lui notre pitié et un petit pincement au cœur en sa mémoire...

Le soir, à Versailles, Louis XVI rentre de sa journée de chasse. Journée infructueuse. Il marque dans son carnet cet quelques mots cyniquement historiques: "14 juillet: rien" Il est réveillé en pleine nuit par le duc de la Rochefoucault-Liancourt qui lui annonce que les parisiens ont pris la Bastille. L'échange qui s'en suit est rentré dans tous les livres d'Histoire:
"C'est une révolte?
-Non sire: c'est une Révolution..."

Le 16 juillet, le roi se rend à Paris et annonce qu'il a rappelé Necker et qu'il accepte la création de la Garde Nationale (commandée par de la Fayette) et de la fonction de maire de Paris (poste donné bien évidemment à Bailly). Il accepte aussi, ce que Marie-Antoinette considèrera comme une humiliation indigne, de porter la nouvelle cocarde: les couleurs de Paris (rouge et bleu) entourant le blanc monarchique (il y a peut-être plus que ça dans l'origine de la cocarde tricolore [les couleurs du drapeau américain ont peut-être compté aussi] mais cette explication, généralement admise, est en soi assez satisfaisante au niveau de la symbolique). Bailly déclare que "le peuple a reconquis son roi". Louis XVI, par cet agile coup, a effectivement regagné toute sa popularité.

La Bastille sera détruite rapidement: sa conquête a été moins importante qu'on ne l'a dit en terme de politique mais le symbole de l'arbitraire royal abattu, le peuple qui s'est armé, cela demeure vrai et justifie qu'on en ait fait LE symbole absolu de la Révolution.

C'est à ce moment-là qu'a commencé la première vague d'émigration nobiliaire. Ces gens, qui n'ont pas accepté la Révolution ou qui, pour certains se sont inquiétés pour leurs vies (quoique ce fut très rare dès ce moment-là) sont partis persuadés qu'ils allaient très vite revenir... La duchesse de Polignac, favorite de Marie-Antoinette, prit le chemin de l'exil dès le 15 juillet: elle mourra de chagrin en apprenant la mort de la reine (son amante?) en 1793. Le 18 juillet, Charles, comte d'Artois, fit de même: il ne revint en France qu'en 1814, après un exil de vingt-cinq ans!..



Ci-dessous, la prise de la Bastille:



Dernière édition par Sudena le Lun 11 Mai 2015 - 17:17, édité 1 fois

18 Re: Révolution Française le Mar 19 Aoû 2014 - 1:05

Snow Globe

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En lisant la suite on voit bien que qu’il y a eut un flot de gaffe de part des défenseurs de la royauté et du Roi lui-même , qui face à des événements inconnus pour eux , ont commis des gaffes énormes . (c’est un peu du Lost là, lol)

Le problème avec la révolution ,c’est la rumeur et ces bien entendues exagérations et exacerbations , c’est qu’une fois que la gaffe est commise on ne peut absolument pas revenir en arrière , ça en devient gravissime et irréparable . Crying or Very sad 

Le roi a capitulé et il ordonne l 27 juin à son "fidèle Clergé" et à sa "fidèle Noblesse" de se joindre aux députés du Tiers Etat. Le 9 juillet, l'assemblée changera de nom et deviendra "Assemblée Constituante".
Le roi a-t-il vraiment capitulé? Est-il sincère dans ses déclarations apaisantes? Il est plus que permis d'en douter... Car très vite il a appelé ses troupes frontalières à marcher sur Paris: des troupes composées de suisses, d'allemands, où quasiment aucun soldat ne parle français...
Ca c’est une grosse gaffe certes , mais le Roi aurait pu le justifier en disant , qu’il faisait cela juste pour la sécurité de la nation , que ce n’était pas contre le peuple Français , mais par précaution en cas d’attaque extérieures parce que la nation pourrait devenir vulnérable et attaquée par l’extérieur.

Je crois surtout que ce pauvre Louis n’a pas compris ce qui était entrain de se passer , s’il avait su .

C’est toujours pareil , avec des si , avec des si …  Rolling Eyes 

Tout le monde s'accorde à dire que le marquis de Launey était un brave type, mais qu'il a été complètement dépassé par des événements qu'il ne comprenait pas du tout. Accordons lui notre pitié et un petit pincement au cœur en sa mémoire...
Oui ce n’est qu’un pauvre bougre qui a géré pataudement la situation . Ca n’a certainement pas du se jouer à grand-chose , peut –être un des jeunes soldat a-t-il du prendre peur et à commis l’irréparable en tirant sur la foule ? On ne le saura jamais . Alors que s’il avait gardé son sang froid , il n’y aurait peut être pas eu d’effusion de sang et tout le monde serait rentré sain et sauf à la maison . On ne le saura jamais …

Avec des si … Le marquis de Launey , aurait dit : Ok , il n’y a pas de problème , la Bastille est à vous , ouvrez la cage aux oiseaux , prenez ce que vous voulez et fichez cette prison en l’air si ça vous chante ..On ne l’a défendra pas , d’ailleurs nous nous retirons ..

En fait , ami Sudena , j’ai un regret , et j’ai toujours eu ce regret depuis longtemps . Cela va te paraitre stupide , mais j’ai toujours regretté que l’on ai rasé la Bastille.

Pas pour le symbole , mais pour le monument historique , un château du moyen âge , qu’elle représentait . Mais ça c’est parce que je suis un très grand fan des châteaux et forteresses en tout genre .
Dommage une forteresse moyenâgeuse , même hideuse pour certains en plein Paris du 21eme siècle cela m’aurait beaucoup plus … Il n’en reste rien …


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19 Re: Révolution Française le Mar 19 Aoû 2014 - 3:00

Sudena

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C'est un entrepreneur qui a fait raser la Bastille et qui en a tiré des sommes colossales en faisant sculpter des petites bastilles dans les pierres. De toutes façons ces pierres auraient servi quoi qu'il en soit et la Bastille aurait été rasée peu à peu, de cela je suis à peu près sûr (je suis albigeois: à-côté d'Albi il y a un petit village médiéval surplombé d'un sinistre château: Castelnaud de Lévis , et c'est exactement ce qui s'est passé aux XIXème-XXème siècle: il ne demeure plus aujourd'hui que des ruines du corps principal et le donjon d'où vont souvent se jeter ceux qui veulent se suicider)... Niveau médiéval dans Paris, tu as les fondations du vieux Louvres qui datent de l'époque de Philippe Auguste: c'est mieux que rien...

Le rôle du roi à cette époque-là était peut-être plus empreint de maladresse que de perfidie (mais quelle bourde que d'envoyer des soldats étrangers quand-même: on peut aussi penser qu'il voulait s'assurer qu'ils n'hésiteraient pas à tirer sur le peuple...), cela je veux bien le croire. Mais au fil du temps ça a beaucoup évolué, et pas en bien...

20 Re: Révolution Française le Mar 19 Aoû 2014 - 5:59

Sudena

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De partout dans les campagnes un mot de panique se répète: "Ils arrivent! Ils arrivent!" Qui arrive? Des brigands assoiffés de sang et de pillage soi-disant. Les paysans prennent peur et vont chercher refuge parfois dans les villes mais surtout chez leurs seigneurs, et rapidement l'affaire prend une autre tournure: les actes écrits prouvant les prérogatives du seigneur (comme la corvée ou la gabelle par-exemple) sont brûlés et les gens font ripaille de ce qui se trouve dans les réserves. Certains seigneurs, malins ou philanthropes, font d'eux-mêmes table ouverte mais globalement ce sont plutôt des pillages et des feux de papiers forcés (mais qui ne sont que très exceptionnellement sanglants). Dans les campagnes le taux d'alphabétisation demeure faible et les nouvelles se font rare (tout le contraire des villes et particulièrement de Paris où les gens se tiennent très régulièrement informés de l'actualité, ce qui va augmenter avec la loi sur la liberté de la presse mais n'anticipons pas...) les papiers ont une gravité et une importance symbolique toute particulière, ce qui explique ces feux de joie si nombreux. Ah oui, et les brigands dans tout ça? Eh bien ils ne sont jamais venus pour la bonne raison qu'ils n'ont jamais existé.

Sans-doute la légende des brigands est-elle venue du fait qu'en cette fin de juillet 1789 nombre d'émigrés emportaient avec eux des richesses considérables. D'autres ont vu dans ces rumeurs la patte du duc d'Orléans mais sans la moindre preuve tangible. Mais il ne faudrait surtout pas minimiser ce phénomène, appelé la "Grande Peur": car c'est par ce biais que la Révolution s'est étendue à tout le royaume et a atteint les campagnes.

Néanmoins ces pillages répétés inquiètent l'Assemblée Constituante. Il faut bien réagir face à ça, non?.. Nous sommes au soir du 4 août 1789 et depuis la veille les députés les plus radicaux du Tiers se sont concertés: n'y a-t-il pas là une occasion à saisir pour faire avancer les choses?.. Mais ce soi-là ce sont deux députés de la Noblesse qui accaparent la barre: le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon. Or ces deux députés ne sont pas n'importe lesquels: ils font partie de la Noblesse libérale, qui s'est très rapidement unie au Tiers lors des Etats Généraux, et ils proclament avec force qu'il ne faut pas condamner ces pillages, mais au-contraire les comprendre et en tirer les conséquences... Et ils proposent tout simplement d'abolir les privilèges, pour eux débris d'un temps féodal révolu!.. Et tout d'un coup tout s'enchaine: dans un enthousiasme débordant les députés de la Noblesse viennent proposer d'abolir la gabelle, la corvée, le droit de chasse, d'ouvrir les emplois à tous! Et le Clergé renchérit: dans un geste théâtral l'évêque de Nancy annonce: "J'abandonne ma dîme" Et tout le monde suit! et tout le monde vote! Les observateurs étrangers n'en croient pas leurs yeux: un anglais écrira: "Il faut être français pour abolir en une nuit plus de mille ans d'Histoire...", car c'est bien ce qui vint de se passer: malgré quelques contre-balances dérisoires (comme le droit de racheter les terres de chasse) les privilèges ont bel e bien été abolis en France! En une seule nuit! La Nuit du 4 août est peut-être la plus belle date de la Révolution, celle qui me fait dire que, décidément, dans notre pays de fous, tout est possible tout le temps, même le meilleur. Et cette nuit préfigure parfaitement un mois d'août absolument inoubliable...

Deux autres faits à noter: depuis la prise de la Bastille, le district des Cordeliers s'est constitué en club populaire où des orateurs spontané viennent rendre compte des événements politiques et proposer au besoin quelques actions. Parmi ses membres les plus influents figurent l'avocat Georges Danton, son ami,le "héros qui fit prendre la Bastille" Camille Desmoulins et le médecin Jean-Paul Marat... C'est aussi à cette époque qu'on commence à parler de "gauche" et de "droite" au niveau politique: la droite se revendique plutôt conservatrice (principalement la Noblesse et le haut-Clergé), la gauche se veut progressiste (avec dans les deux camps un panel de sensibilités diverses). Parmi les députés les plus à gauche on commence à distinguer la figure de Robespierre dont Mirabeau dira rapidement: "Il ira loin: il croit tout ce qu'il dit..."



Dernière édition par Sudena le Lun 17 Aoû 2015 - 19:25, édité 3 fois

21 Re: Révolution Française le Mer 20 Aoû 2014 - 18:16

Sudena

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Août 1789 est un mois de folie de réformes généreuses: liberté de la presse, liberté des opinions religieuses, tout y passe ou presque... L'Assemblée Constituante, menée par de la Fayette, a en tête une idée précise: celle de rédiger une Déclaration  des Droits de l'Homme et du Citoyen. Le 26 août c'est fait, emballé, pesé, voté, et le résultat figure encore aujourd'hui dans notre Constitution... Au-dessus d'elle l'œil dans le triangle prouve son origine Maçonnique, mais l'hagiographie faite autour ne doit pas nous faire oublier certaines réserves émises dès l'époque: l'article 17 en-particulier, qui accentue l'importance de la propriété, fait grincer quelques dents à gauche, car il pourrait facilement être détourné pour l'accaparation particulier des biens territoriaux que la Noblesse a lâché la nuit du 4 août et qui sont jusque là dans un vide juridique assez embêtant (ils n'appartiennent pas encore à l'Etat). De plus un député a proposé un article supplémentaire qui a été refusé: l'abolition de la peine de mort. Vous vous rendez compte? en 1789 un homme jugeait la peine de mort barbare au point dire que la société devrait considérer comme un droit naturel de l'homme le fait qu'il ne puisse en aucune manière être condamné à mort!.. Il faudra attendre 1981 et l'arrivée au ministère de la justice de maître Badinter pour que la peine de mort soit abolie en France (je pense que nous aurons l'occasion d'en reparler). Et qui était ce député si futuriste, si progressiste et si généreux? Eh bien il s'agissait de Maximilien de Robespierre (qui ne s'est, de plus, aussi incroyable que cela puisse paraître, jamais contredit par la suite et qui a toujours gardé ce principe en tête [nous le verrons])...
Aussi belle fut-elle, aussi progressiste a-t-elle été, aussi grandiose fut ce 26 août où elle fut votée, cette Déclaration est néanmoins un texte rédigé à la va-vite, assez mal écrit, et qui est, quoi qu'on en dise, idéologiquement marqué à droite...






Une chose à dire quant à cette Déclaration, une chose qui a marqué durement l'esprit des français et qui continue jusqu'à ce jour: l'importance primordiale donnée à la loi. Aujourd'hui on dit "c'est la loi!", pas "c'est la Constitution", n'est-ce pas? Ca vient de là...
Ne nous leurrons pas avec les réserves que je viens d'émettre: cette Déclaration est un pas fabuleux qu'a franchi la France: nous sommes la première nation qui a mis sur papier le fait que les hommes étaient égaux par nature et disposaient de droits à-jamais inaliénables. Ce mois d'août 1789, dont les conséquences sont encore visibles aujourd'hui, fut le plus merveilleux moment de l'Histoire de notre pays!..
Mais dès sa fin il suscita les premiers désaccords et les premières tensions entre ceux qui voulaient s'en tenir à ça, et ce qui voulaient aller plus loin. De plus le roi doucha les esprits: début septembre il se déclara opposé aussi bien à l'abolition des privilèges qu'aux Droits de l'Homme...



Dernière édition par Sudena le Ven 22 Aoû 2014 - 3:11, édité 1 fois

22 Re: Révolution Française le Jeu 21 Aoû 2014 - 15:57

Sudena

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Pour comprendre la position de Louis XVI il faut se situer dans son état d'esprit: il se considère comme le protecteur naturel de la Noblesse et donc de ses privilèges, de plus il craint que la petite Noblesse ne puisse plus subsister (ce n'est pas un fait nouveau notons-le: cela fait des siècles que la Noblesse ne détient plus forcément les clefs du système économique, et certaines catastrophes militaires avaient ruiné définitivement des familles entières [Azincourt, en 1415, en est l'exemple le plus frappant]). De même il n'envisage pas comment l'Eglise pourrait subsister sans des impôts comme la dîme, abolie également durant la nuit du 4 août... Quoi qu'il en soit un système entier aboli en une nuit ne peut que choquer celui qui le représente par excellence. Ca n'en demeure pas moins une déception pour le peuple qui attendait légitimement de son roi une ouverture d'esprit digne de celle de sa Noblesse qui a, ne l'oublions pas, proposé elle-même d'abolir ses privilèges...

Il est plus étonnant que le roi se soit opposé tout autant à la DDHC: en-effet il n'y a là aucune abolition quelconque d'une situation ou d'un quelconque vestige féodal, aucune pression fiscale nouvelle, aucune remise en cause de l'autorité royale. Ah non?.. Et le principe même des droits de l'homme?.. Car c'est bien là ce que refuse Louis XVI, ce qu'il ne peut pas concevoir: il est un roi absolu de droit divin, c'est à dire que pour lui sa position lui a été léguée par Dieu et que reconnaitre aux autres hommes des droits "imprescriptibles et sacrés" signifie de-facto qu'il n'est pas l'unique détenteur terrestre de l'autorité divine dans son royaume, et pour lui c'est plus qu'intolérable: c'est une aberration. Ce roi, en fait, a beaucoup moins lu Montesquieu que d'Alembert: le siècle des Lumières ne l'a pas atteint, il n'a pas anticipé les changements et a stoppé net la politique de son grand-père. Or, tandis que son roi s'enferme dans le passé, le peuple, lui, veut aller de l'avant...

Septembre st un mois bizarre et tendu: les bonnes récoltes de l'été ne sont pas encore arrivées, la faim se fait sentir, les queues aux magasins d'alimentation sont grandes. La liberté de la presse donne à la population (principalement parisienne) une nouvelle passion: celle de l'information. Comparativement aux autres pays européens la France est celle qui possède le plus fort taux d'alphabétisation et la plus forte liberté relative (le servage a par-exemple été aboli sous Louis XIV qui n'a ce faisant qu'officialisé un fait vieux de plusieurs siècles [la Russie aura des serfs jusqu'à la Révolution de 1917]), ce qui a fait dire à Alexis de Tocqueville que la Révolution Française est née du fait qu'avec toutes ses avancées sociales les injustices restantes étaient encore plus insupportables. Ce faisant le philosophe-politologue a fondé l'intéressante théorie de la "frustration relative": entre nous je l'ai connu plus inspiré quant au fait politique...mais cette frustration relative est à mon avis un fait très intéressant à remarquer au niveau personnel... Finissons ici la parenthèse et revenons à nos moutons, en l'occurrence la soif d'information du peuple français: les journalistes Camille Desmoulins et Jean-Paul Marat lancent leurs journaux respectifs (respectivement Révolutions de France et de Brabant et L'Ami du Peuple) et tiennent Paris informé de la situation à Versailles, en mettant en garde le peuple contre la duplicité du roi: outre leurs ventes nombreuses les lectures publiques de leurs journaux se font à presque tous les coins de rue: Paris est dès ce moment-là le symbole de la France révolutionnaire, la ville la plus informée et la plus prompte à agir pour le progrès exigé par la gauche de l'Assemblée...

Dans ce contexte très tendu, il est, vous l'aurez compris, fortement recommandé au roi et à sa famille d'éviter autant que possible les excès et les provocations... Alors inutile de vous dire qu'organiser un banquet pantagruélique le 1er octobre pour la Garde Royale avec le roi et la reine en invités d'honneur pendant que le petit peuple se bat pour grappiller quelques bouchées de pain est une très très mauvaise initiative. A-forciori quand, sous l'emprise de l'alcool et de l'enthousiasme, on braille des slogans du genre "A-bas l'Assemblée!", encore plus quand, sous les yeux fiers et émus du roi et (surtout) de la reine, le patron (d'Aguesseau) se prend à piétiner la cocarde tricolore et que tout le monde l'imite... Marat en aura vent le lendemain et le fera savoir à ses lecteurs, mais il ne sera pas le seul. Outre le foutage de gueule qu'elle était en elle-même, cette orgie (que l'Histoire a retenue sous le nom de "Banquet de la Honte") a montré au peuple de Paris à la fois la distance qui existe entre le roi et le peuple et l'hostilité de la Cour à toutes les réformes. On aura compris que tous ces facteurs étaient un cocktail bien assez explosif pour qu'on arrête de chercher des raisons complotistes aux journées d'octobre et à la fameuse "Marche sur Versailles"...

23 Re: Révolution Française le Sam 23 Aoû 2014 - 23:38

Snow Globe

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C'est toujours aussi passionnant  Very Happy 

quelques réaction me viennent immédiatement pendant la lecture :

...les privilèges ont bel e bien été abolis en France! En une seule nuit! La Nuit du 4 août est peut-être la plus belle date de la Révolution, celle qui me fait dire que, décidément, dans notre pays de fous, tout est possible tout le temps, même le meilleur.
Impossible n’est pas Français il parait !  Laughing 

Et oui nous sommes bien dans un pays de fous , capable du meilleur , mais aussi du pire … car comme tu le dis "Et cette nuit préfigure parfaitement un mois d'août absolument inoubliable.. Exclamation " .Cela c’est le meilleur . Mais j’attends la suite de ton récit sur le Révolution Française , les réminiscences  de mes souvenirs des leçons d’histoire me font penser  qu’après le meilleur , le pire viendra …


"Il ira loin: il croit tout ce qu'il dit..."
Juste lol , hein ! Sans commentaire politique … lol! 

…l'hagiographie faite autour ne doit pas nous faire oublier certaines réserves émises dès l'époque: l'article 17 en-particulier, qui accentue l'importance de la propriété, fait grincer quelques dents à gauche, car il pourrait facilement être détourné pour l'accaparation particulier des biens territoriaux que la Noblesse a lâché la nuit du 4 août et qui sont jusque là dans un vide juridique assez embêtant (ils n'appartiennent pas encore à l'Etat).
Voila cet article 17

Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Je pense que certains révolutionnaires avaient mal interprétés ce texte qui dans l’esprit me parait très bien .   La nécessité publique , ça peut être pour la  construction d’une route , d’une école ou de n’importe quel équipement public . Et en plsu le législateur à prévu une juste indemnisation
Rien à redire pour moi; cette chicane prouve que certains esprits peuvent toujours mal interpréter un texte juste .
Voici le lien ou l’on trouve l’ensemble de ces 17 article
http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789

..cette Déclaration est un pas fabuleux qu'a franchi la France: nous sommes la première nation qui a mis sur papier le fait que les hommes étaient égaux par nature et disposaient de droits à-jamais inaliénables. Ce mois d'août 1789, dont les conséquences sont encore visibles aujourd'hui, fut le plus merveilleux moment de l'Histoire de notre pays!..
Pas mieux ! Very Happy 

Comparativement aux autres pays européens la France est celle qui possède le plus fort taux d'alphabétisation et la plus forte liberté relative
Nous étions dans le bon wagon, sinon premier , aujourd’hui je crains que nous soyons largementdépassé. Crying or Very sad 

Et  pour finir , je trouve comme toi quele roi à fait une énorme gaffe avec son coportement  au "banquet de la honte" , une de plus . Surtout que c'étaiot fatal que dés lendemain matin , tout Paris le saurait .... Je crois que ce Roi devait certainement êter un peu à l'ouest . Mad


_________________

24 Re: Révolution Française le Dim 24 Aoû 2014 - 1:08

Sudena

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Par-rapport à l'article 17, à cette époque le risque de détournement était réel (plus qu'aujourd'hui), car la "juste indemnité" n'était pas fixée par une quelconque loi et pouvait conséquemment s'avérer très fluctuente...





Le 5 octobre un cortège de femmes se forme spontanément à Paris. Ces femmes sont pour la plupart issues de la bourgeoisie mais elles sont rapidement rejointes par d'autres d'un niveau social moins élevé. Excitées par les journaux ayant relaté le Banquet de la Honte, outrées par l'attitude de la famille royale pendant que les boulangeries sont vides, elles ont une idée: aller à Versailles pour exiger du pain, mais certaines déjà proposent de ramener à Paris "le boulanger, la boulangère et le petit mitron" (vous aurez compris de qui il s'agit)... Plusieurs hommes se mèlent à elles et c'est finalement un cortège très hétéroclite qui quitte Paris, venant d'horizons sociaux fort différents, certains sont armés (piques, fusils, sabres) mais pas tous et le but de cette marche n'est pas belliqueux dans l'absolu. Seulement certains ont appris à se méfier... Il y a vingt quatre kilomètres entre Versailles et Paris, ce qui représente une bonne journée de marche que ces gens parcourent sous le crachin et les premières températures frisquettes de l'année. A leur tête il y a Maillard: ce héros de la Bastille s'est mêlé au cortège dès qu'il l'a vu passer et il a été spontanément propulsé chef sans le demander, parce que tout le monde lui fait confiance. Dans ce cortège il y a des futures figures de la Révolution comme Jean-Paul Marat, Olympe de Gouges ou Thérouagne de Méricourt...

Arrivés à Versailles ils font un détour par l'Assemblée Constituante. Celle-ci est tout à fait disposée à les soutenir et dépêche quelques représentants pour les accompagner jusqu'au château. Prévenu à la hâte de l'arrivée de cette foule le Roi reçoit quelques représentantes, promet du pain, mais ne s'engage sur aucun sujet "chaud", en-particulier il demande de réfléchir lorsque les députés dépêchés lui présentent les exigences de reconnaitre l'abolition des privilèges et les droits de l'homme...et de retourner à Paris. Aux portes du château la situation se tend: on commence à se demander si on n'a pas fait tout ce chemin pour rien, et l'arrivée de de la Fayette à la tête de la Garde Nationale, si elle calme un moment les enthousiasmes (prestige du héros, peur des soldats) n'est qu'un répis pour le roi. la famille royale va se coucher: rien n'a été décidé. Et les spéculations (certainement pas infondées) commencent à courir: on soupçonne le Roi de vouloir gagner du temps pour s'enfuir en profitant de l'obscurité. La reine a efectivement donné des instructions de se tenir prêts mais Louis XVI hésite et préfère laisser trainer les choses jusqu'au lendemain.

Sauf qu'aux premières lueurs de l'aube du 6 octobre un groupe d'hommes armés réussit à pénétrer dans la cour du château. Ils ouvrent les grilles et certains se précipitent dans les couloirs. Le leitmotiv de beaucoup est: "saigner l'Autrichienne!" Réveillée en sursaut Marie Antoinette, paniquée, tente de rejoindre la chambre de Louis XVI qu'elle sait bien gardée, mais elle tombe sur une porte fermée dans un passage secret. Louis XVI, de son côté, est rapidement passé prendre ses enfants et il a rejoint sa chambre avec la Garde Royale. Cependant les émeuiers progressent, les gardes Suisses, pris de court, succombent sous le nombre. En tentant de trouver un endroit où se cacher une servante entend les cris de Marie Antoinette et elle lui ouvre enfin la porte: la pauvre femme (et c'est la dernière fois que je le dis!..) a passé une demi-heure dans le noir complet, à entendre les combats de plus en plus proches, sans pouvoir rien faire d'autre que pleurer... Elle rejoint Louis XVI mais d'Agesseau sait que la Garde Royale n'est pas de taille à lutter. C'est alors qu'on entend une cavalcade et que de la Fayette, enfin réveillé, arrive et disperse les émeutiers sans les violenter. La situation n'est que momentanément plus calme. Dans la Cour de Marbre le foule exige de voir le Roi, d'être certaine qu'il ne s'est pas déjà enfui. De la Fayette conseille à Louis XVI d'apparaitre au balcon, certain que le peuple ne lui veut aucun mal. Malgré les protestations horrifiées de Marie Antoinette, Louis XVI écoute ces conseils: bien lui en prend. Il est accueilli par un spontané "Vive le Roi!", mais le peuple veut aussi voir la reine. Marie Antoinette, terrorisée, se montre à son tour. Un silence de mort se fait, certains damandent de tirer. La reine se fend alors d'une grâcieuse révérence, les passions sont calmées mais l'enthousiasme ne revient pas: tout peut basculer à tout moment. C'est de la Fayette qui va, encore, sauver la situation: il apparait à son tour en soulevant un délire d'enthousiasme, s'incline devant la reine et lui fait un baisemain: on ne s'en prend pas à une reine protégée par un héros et les "Vive la reine!" retentissent enfin. De la Fayette a sauvé la famille royale dans tous les sens du terme, mais le prix est sévère pour Luis XVI: il est obligé de souscrire à toutes les exigences des députés et de regagner immédiatement Paris. La famille royale ne reverra jamais Versailles et le château sera ainsi sauvé des caprices des souverains qui le changeaient au gré de leurs humeurs: la Révolution a figé le chef d'oeuvre de Louis XIV dans le marbre et si nous le voyons aujourd'hui tel qu'il est, aussi bien préservé, c'est _aussi paradoxalement que cela puissa paraitre_ grâce à ces journées d'octobre. La famille royale ira habiter aux Tuilleries tandis que l'Assemblée déménagera tout près, dans la Salle du Manège qui verra retentir les plus phénoménaux moments de la Révolution. Encore un peu de patience. Ah oui une chose: de la Fayette a sauvé la vie de Marie Antoinette en ce matin du 6 octobre 1789: cette-dernière ne le lui pardonnera jamais...


Quand vous arrivez à proximité du château de Versailles, descendez à pied l'avenue du Roi: vous aurez l'occasion de faire, à votre niveau les dernières hectomètres de la Marche ur Versailles du 5 octobre 1789, celle-là où pour la première fois le Roi a cédé une partie de son pouvoir sous la contrainte populaire. Vous passerez à-côté de la salle des Menus Plaisirs qui a vu les premières heures de la Révolution (une petite plaque le remémorre). En entrant dans la cour du château, arrêtez-vous quelques minutes dans la Cour de Marbre et levez les yeux vers les fenêtres de la chambre royale, comme ça:



Vous vous imprègnerez de ce lieu qui a vu la première d'"Alceste" de Lully et dans lequel la Révolution Française a puisé la sève qui a transformé son saupoudrage d'or généreux en masses de granit qui a changé à-jamais la face de notre pays. C'est ici que le peuple de France a, pour la première fois très consciemment, vaincu un roi de France. Et, qui sait? peut-être marcherez vous dans les pas de Marat? ou de Thérouagne de Méricourt?.. Cette simple posibilité noue ma gorge d'émotion et me fait irrépressiblement sourire quand je me retrouve dans ce lieu. Et quand je vois l'interminable ligne droite que ces gens, éreintés par une journée de marche, ont emprunté sans faiblir, sans faillir, pour obtenir ce droit d'exister politiquement et socialement, je me dis que quand-même il fallait être sacrément grand et courageux pour faire ça!..

25 Re: Révolution Française le Lun 25 Aoû 2014 - 5:44

Sudena

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La fin de l'année 1789 et le début de 1790 offrent peu d'événements palpitants eu égard à ceux des précédents mois: le Roi est installé à Paris, l'Assemblée aussi, et les tensions semblent s'apaiser avec une séparation des pouvoirs nette et précise donnant au Roi le contrôle quasi-exclusif de l'exécutif tandis que l'Assemblée détient le législatif. Pour l'instant tout semble aller selon les souhaits de de la Fayette et de Mirabeau, bien qu'une Constitution soit toujours en attente... A noter qu'en novembre 1789 est créé le premier club populaire de la révolution: il s'agit de celui des Jacobins (bien que le district des Cordeliers en soit un "de-facto" il ne sera officialisé qu'en juin 1790). Ce club est à l'image de cette société généreuse et populaire: tout le monde peut s'y rendre quand il veut, tout le monde peut y adhérer, tout le monde peut s'y exprimer, toutes les  opinions sont respectées. On y trouve toutes les sensibilités: de Robespierre à de la Fayette en passant par Brissot (député de la gauche de l'Assemblé mais bien moins revendicatif qu'un Robespierre ou son ami Couthon [lequel attrape durant cet hiver une maladie qui le laissera à-jamais paralysé des jambes]). A-contrario, celui des Cordeliers sera plus violent d'emblée (avant un spectaculaire retournement dans quelques années), mais ce club constitue le premier groupe de pression organisé: il est à l'origine de la notion de parti politique et il sera le symbole de la France de cette époque, mais n'anticipons pas trop: les meilleurs plats sont ceux qu'on fait mijoter...

Les problèmes économiques demeurent réels et sont plus inquiétants dans l'immédiat. Sous la pression de Mirabeau, l'Assemblée Constituante crée en décembre 1789 l'assignat: monnaie de papier remplaçant l'or dans les transactions. C'est une bonne idée en soi mais ça demeure insuffisant (la spéculation, que Mirabeau pratique déjà effrontément, sera terrible à moyen terme pour cette nouvelle monnaie) et de plus en plus l'idée fait son chemin de prendre l'argent où il se trouve. Et où se trouve-t-il cet argent? Ben chez les curetons parbleu! dans les caisses du Clergé: les biens ecclésiastiques sont d'abord "mis à la disposition" de la Nation, puis en avril 1790 ils sont carrément nationalisés. Seulement cela pose des problèmes d'autorité car les ecclésiastiques revendiquent le fait que ces biens n'appartiennent nullement à la Nation mais à l'Eglise, donc au Pape. Et une idée germe alors dans l'esprit de certains, dont dans celui (fertile) de l'évêque d'Autun...

Pendant ce temps-là on s'active sur des idées diverses et variées sur à peu près tous les sujets. Et celle du docteur Guillotin est l'une des plus à la mode. Inspiré par les méthodes prometteuses du chirurgien italien Louis, ce bon docteur, aussi reconnu par ses pairs que par ses collègues députés (rappelez-vous: c'est lui qui avait proposé, de se réunir dans la salle du jeu de paume), a une sainte horreur des potences. Pour lui les décapitations à la hache sont non-seulement la preuve d'une inégalité sociale (seuls les riches en "bénéficient", les pauvres étant pendus [et rarement "dans les règles"]), mais une monstruosité tant elles dépendent de l'agilité du bourreau qui peut transformer la mise à mort en une véritable torture (en Angleterre en 1540, le bourreau, soûlé la veille par le duc de Suffolk, avait mutilé et rendu inhumaine l'exécution de Thomas Cromwell [pourtant meilleur ministre d'Henry VIII]). Aussi il a l'idée d'une machine à décapitation propre, égalitaire, rapide et qui ne fait pas souffrir. Cette jolie machine, il la présente à ses collègues députés qui ne la jugent pas inintéressante, puis au Roi. La légende veut ce soit Louis XVI lui-même, agile mécanicien, qui ait suggéré l'emploi du couperet triangulaire en préférence à celui en croissant de l'origine.
Néanmoins cette invention est au début plutôt la coqueluche des dîners chics qu'autre-chose. Chez lui le docteur Guillotin a invité quelques collègues qu'on commence déjà à appeler "Girondins" (ils forment la droite de la gauche de l'Assemblée), dont les brillants orateurs Brissot et Vergniaud: on amène à la fin du repas un modèle réduit de la machine avec un mannequin figurant le condamné à mort: la tête coupée répand un encens rouge qui embaume la pièce. Tout le monde applaudit, tout le monde trouve la démonstration des plus charmantes. L'alcool ayant un peu aidé à désinhiber les inimitiés cachées, le mannequin sacrifié a été baptisé d'un petit nom: Robespierre. Il faut dire que ce collègue très proche des plus pauvres malgré son air guindé, élu début avril président du club des Jacobins, et à qui on ne connait aucun vice moral, énerve quelque-peu ces bourgeois philanthropes mais prudents: le venin d'une guerre sourde qui naitra moins de trois ans plus tard a dès ce jour-à pointé le bout de son nez...


Mais les anecdotes de ce début d'année sont rapidement occultés par deux événements simultanés dont l'un a été mûrement réfléchi par l'Assemblée: sous la proposition de l'évêque d'Autun, celle-ci vote le 12 juillet 1790 la Constitution Civile du Clergé. Bon arrêtons de jouer les cachotiers: je pense que derrière la fonction d'"évêque d'Autun" dont je vous ai abreuvé vous aviez reconnu ce cher Charles Maurice de Talleyrand Périgord, celui que l'Histoire ne va pas tarder de surnommer le "diable boiteux"...



Dernière édition par Sudena le Dim 8 Mai 2016 - 4:00, édité 1 fois

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