Les irréductibles de Lost

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Corrida

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1 Corrida le Ven 24 Juil 2015 - 8:35

Sudena

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En ouvrant ce topic j'espère pouvoir vous parler de cet art, de son histoire, de ses figures, de sa beauté. J'espère aussi pouvoir clarifier certaines choses et mettre fin à des légendes infondées. Mais je me réserve: je n'ai pas envie de polémiquer ni de m'exposer à des attaques personnelles en raison d'une passion que j'assume mais que d'ordinaire je n'expose pas par peur des jugements et des injures. Je suis amoureux de la corrida, j'ai donc une vénération pour les taureaux, mais si ça doit déranger et rompre l'ambiance ici que ce topic soit fermé...


encore admis parmi vous?.. silent Rolling Eyes

2 Re: Corrida le Ven 24 Juil 2015 - 10:39

Nico78

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Pour moi ça reste une boucherie où le taureau n'a aucune chance... Un peu comme les dauphins qui se font massacrer tous les ans aux Îles Féroé... mais je ne vais pas t'insulter pour autant !!
Je pense même que je lirai ce que tu posteras ici.

3 Re: Corrida le Ven 24 Juil 2015 - 18:53

Sudena

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Eh bien Nico, tu me donnes l'occasion de répondre à deux questions courantes et légitimes... Smile

Le taureau a-t-il la moindre chance lors d'une corrida?

En théorie non. Les six taureaux toréés dans l'arène sont sensés mourir. Mais une nuance doit immédiatement être apportée: la corrida moderne n'est pas qu'un combat et l'enjeu pour le taureau est différent de celui du torero. En-effet, le taureau charge pour tuer (question de défense du territoire sur laquelle je reviendrai je pense plus tard): son enjeu est de tuer ou d'être tué, comme dans tout combat qu'il livre dans son milieu naturel. Le torero, lui, doit donner un maximum de passes et pas n'importe comment: son enjeu est plus artistique. Et conséquemment la corrida moderne est plus dangereuse pour le torero qu'elle ne l'était il y a deux siècles et demi (quand le toreo à pied s'est affirmé). Avec un simple combat pour enjeu, muni d'un simple bâton coloré et d'une épée (sans les tercios de piques ou de banderilles), le torero n'avait besoin que d'une passe pour tuer le taureau et il n'était qu'exceptionnellement blessé. Ce n'est qu'après ce constat que le style qui fait la beauté et la popularité de la corrida d'aujourd'hui s'est affirmé peu à peu: aujourd'hui le danger est plus réel pour les toreros et de 20 à 30% des picadors meurent dans l'arène ou des suites de blessures reçues dans l'arène. De plus, la pratique de l'indulto (la grâce du taureau) est de plus en plus répandue aujourd'hui même si elle doit demeurer exceptionnelle et réservée à des taureaux vraiment supérieurs qui ont produit un spectacle particulièrement grandiose (l'indulto c'est la gloire suprême du torero, réservé aux seuls matadors dans des arènes très réputées [et encore: on n'en a jamais eu qu'un seul à Madrid: c'est plus répandu à Nîmes ou à Séville]...); les taureaux ont donc, de plus en plus, une chance de sen sortir vivants et de rentrer à la ganaderia...



La corrida massacre les taureaux.

Faux! La corrida a au contraire sauvé le toro bravo qui aurait disparu purement et simplement sans elle. Sur la population taurine actuelle, seuls 6% meurent dans l'arène. 15% ne sont pas acceptés par le troupeau à la naissance et meurent très vite, 15% encore sont tués lors de combats entre taureaux (le rôle des ganaderios est entre autres de limiter le plus possible le nombre de ces combats en écartant certains mâles les uns des autres: sans ça la camada disparaîtrait très vite...). Les autres sont soit destinés à devenir des sementales (ou "reproducteurs") après une sélection très serrée, soit envoyés participer à d'autres jeux taurins sans mise à mort. Il n'y a rien de commun entre la corrida et les massacres écologiques, tout au contraire! supprimer la corrida serait condamner purement et simplement non-seulement la race mais tout un écosystème fondé dans des lieux particuliers et étendus (les ganaderias) où le taureau est au sommet de la chaîne alimentaire...


Ais-je répondu à certaines de tes interrogations?..

4 Re: Corrida le Sam 25 Juil 2015 - 0:10

Snow Globe

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C’est un topic assez innatendu  ! Bien sûr il est possiblement polémique, mais comme nous sommes du moins je l’espère entre gens sensés je ne  vois aucune raison pour qu’on n’en parle pas et que chacun puisse donner son avis comme l’ami Nico78 sans que ça parte en live. bounce

Ce serait d’ailleurs très intéressant que les amis opposants (tes) à la corrida nous donnent leur point de vue  . Very Happy


Perso j’ai assisté à plusieurs corridas dans une autre vie, de mémoire au moins une dans les arènes de Nîmes et une autre à la plazza de Toro de Valencia en Espagne.  Et ça à Valencia c’était quelque chose à voir, les aficionados étaient chauds comme de la braise, et il y a même eu une bagarre à moment donné parce que d’après ce que j’ai compris, les avis divergeaient sur la qualité du Toréador et ils se sont castagnés pour ça !

Il vaut rien !
Il est fabuleux !

Et en avant guingang ![Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Mon avis : bon perso je n’aime pas ça , parce que la mise à mort et surtout ce qu’on faisait subir au Toro avant, notamment l’épreuve des banderilles, me mettaient mal à l’aise. Voilà je ne suis pas fan du tout.  

Mais franchement, je ne regrette pas d’avoir vu la corrida à cette plazza de Toro de Valencia, parce que pour la ferveur et l’ambiance c’est un spectacle à voir dans sa vie. Tout comme quelqu’un qui n’aime pas le football irait voir un match à Barcelone au Camp Neu ou bien à Manchester .

Donc en France je n’irais jamais voir une corrida, mais j’avoue que si un jour j’ai l’occasion d’en voir une dans un pays Hispanique que ce soit en Espagne ou en Amérique du sud et bien j’irai, pas pour la corrida proprement dite bien sûr puisque je n'aime pas , mais pour l’ambiance et les aficionados.

Il n'y a rien de commun entre la corrida et les massacres écologiques, tout au contraire! supprimer la corrida serait condamner purement et simplement non-seulement la race mais tout un écosystème fondé dans des lieux particuliers et étendus (les ganaderias) où le taureau est au sommet de la chaîne alimentaire...
C’est un peu un alibi, mais je crois qu’on peut l’entendre. Un peu comme j’entends que les chasseurs peuvent rendre service à la nature , par exemple en éliminant les sangliers en excès , dont les populations qui pullulent finissent par provoquer des désordres . Je ne suis pas un fin écologiste mais je conçois très bien qu’il faut un juste milieu pour tout .



Dernière édition par Snow Globe le Lun 27 Juil 2015 - 21:31, édité 1 fois


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5 Re: Corrida le Sam 25 Juil 2015 - 0:35

Sudena

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L'écologie, selon moi, doit être réelle: c'est à dire en tenant compte du fait que l'homme est au sommet de la chaîne alimentaire et qu'il faut faire avec vu que les espèces s'y sont adaptées. Refuser ce fait est irréaliste et dangereux car la logique jusqu'au-boutiste poussera forcément à vouloir supprimer l'humanité...

Je reviendrai sur les différents tercios mais je te dirai une seule chose par-rapport aux banderilles: elles sont l'équivalent d'une piqûre de vaccin pour nous. Le taureau est vexé mais nullement châtié (ça c'est le rôle des piques) et tu remarqueras que presque toutes tombent rapidement (il y a une exception et une seule: les banderilles noires _celles de la honte_ qui ne sont utilisées que dans des cas rarissimes). En fait, ce qui vainc le taureau, ce ne sont pas les piques, encore moins les banderilles: ce sont les passes de muleta. J'y reviendrai plus tard (surprise surprise)...

Il est tout à fait classique qu'il y ait de frictions entre aficionados: le toreo comprend deux écoles qui, à la fin des années '90 et au début des années '2000 semblaient totalement incompatibles et divisaient totalement les fans (elles existent toujours mais moins intensément car de nombreux toreros ont pioché dans les deux pour s'affirmer davantage en tant qu'individus et non en tant que "bon écolier"). Encore une fois j'y reviendrai quand je parlerai de l'histoire de la corrida...

6 Re: Corrida le Sam 25 Juil 2015 - 12:20

Sunil

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Administrateur
Je n'aime pas la corrida, mais rassure-toi Sudena, on ne va pas t'envoyer de piques Laughing

http://www.lost-forever.com

7 Re: Corrida le Ven 31 Juil 2015 - 4:43

Sudena

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Comment se déroule réellement une corrida?

Répondre à cette question est fondamental: on peut aimer ou pas la corrida mais de nombreuses attaques viennent d'une méconnaissance parfois grossière de ce spectacle, de son déroulement, de l'importance de chaque tercio. Ci-après je vais résumer brièvement une corrida comme on en voit aujourd'hui dans les plus grandes arènes. Commençons par dire que six toros seront toréés par trois matadors lesquels, avec leur "équipe", viendront chacun leur tour par ordre d'ancienneté. Les toros doivent avoir quatre ans et n'avoir jamais eu de contact direct avec un être humain. Voilà: maintenant que le cadre global est donné, regardons d'un peu plus près ce qui se passe, de la préparation à la mise à mort...

8 Re: Corrida le Ven 31 Juil 2015 - 20:49

Julyett-6

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pale

Je n'aime pas du tout la corrida. Jamais je n'irai en voir.

9 Re: Corrida le Sam 1 Aoû 2015 - 2:11

Sudena

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La préparation



Au moment de quitter la ganaderia, les toros sont encadrés par les cabestros qui ont pour mission d'éviter les conflits et de les faire entrer dans les camions spécialement conçus pour eux: les "cajones" où ils ne peuvent pas se retourner mais où ils peuvent se tenir couchés. On n'est plus dans les voyages de plusieurs semaines de jadis: ici les négociations commerciales se font avant d'entreprendre le voyage, ensuite le ganadero reste sur place et confie le soin des toros à son mayoral (qui les connait parfois mieux que lui). Après le voyage, les toros sont à la fois en pleine forme et furieux et les cabestros doivent agir avec doigté pour éviter les incidents (principalement les bagarres entre toros). Le tirage au sort est effectué mais la question reste celle de la bravoure du toro face au torero...

Reste l'ultime examen: celui du vétérinaire. Celui-ci doit autant que possible rechercher la fraude la plus commune: l'afeitado. Afeiter signifie couper et limer le haut de la corne pour la rendre moins pointue. La pratique est néanmoins tolérée en cas de nécessité médicale, quand les toros se sont enfoncé les cornes dans le sol au cours de leur vie pour les gratter et que celles-ci ont subi de forts dommages, mais elle reste une fraude courante et totalement irrégulière, d'autant qu'un certain laisser-faire existe quand l'afeitado est très léger et sert plus à rassurer le torero qu'à le protéger, sans aucune influence sur la charge du toro... De plus certaines races ont des cornes naturellement très larges à la base, donc moins pointues, et l'autre fraude tout aussi répandue et tout aussi irrégulière est celle qui consiste à sacar puntas: aiguiser la corne pour plaire au public. Pour le taureau, ces deux pratiques sont néanmoins très peu importantes: à moins d'être très appuyées (et le vigilance est très grande depuis quelques années) elles ont pour lui le même effet qu'une lime à ongle sur nous...
Le test le plus important est celui des yeux: on vérifie bien sûr que le toro ne boite pas et entende bien mais il est primordial qu'il voie parfaitement des deux yeux. Autrement, sa charge imprécise serait bien plus dangereuse pour le torero et il répondrait très mal aux toques, n'offrant pas le spectacle attendu. Les légendes de torture de l'animal sont donc non-seulement infondées mais très stupides: pour produire un bon spectacle, le toro doit être en pleine forme (pour les aficionados c'est une évidence). Et pas question, contrairement à ce qu'on dit de façon totalement intempestive, de le laisser dans le noir: les lumières des chiqueros (box individuel destiné au toro dans l'arène, comme un vestiaire) sont allumées plusieurs minutes avant l'ouverture des portes, pour que le toro, encore une fois, s'habitue à la lumière et ne fonce pas trop vite dans l'arène à l'aveuglette (les pannes d'électricité sont redoutées par les organisateurs). Les toros sont marqués des couleurs de la ganaderia pour être bien distingués,e t le spectacle peut commencer!..



Passons maintenant aux hommes: le matador est entouré de trois peons (qui n'ont pas uniquement pour fonction de banderiller, comme on le verra) et de deux picadors à cheval. Les picadors sont les seuls à ne pas être munis d'une cape: le matador et les peons en ont une dont un côté est jaune vif, l'autre rose fushia. Le matador dispose en outre d'une muleta rouge, d'une épée fictive (il ne les utilisera que dans le dernier tercio) et d'une épée de mort pour les toutes dernières passes.

L'habit de lumière maintenant... Sublimement beau et élégant mais très contraignant, il se compose toujours d'une chaquetilla (veste), d'un chaleco (gilet) et d'une taleguilla (culotte) serrée au-dessus des genous par des machos à carieles (cordons à glands): les couleurs sont libres pour ces vêtements (quoique la chaquetillla soit obligatoirement brodée d'or). En-revanche, la camisa (chemise à jabot) est obligatoirement blanche, et si le choix de la couleur est libre pour la panoleta (cravate) et la faja (ceinture) elle doit être vive et la tradition veut que les deux soient de couleur identique. Le matador porte aux jambes des medias: deux paires de bas superposés, blanc en-dessous, rose en-dessus. Il est chaussé de zapatillas (espèces de ballerines noires) et coiffé, le temps des deux premier tercios de la montera (le fameux chapeau en astrakan). En outre, il porte toujours un chignon souvent postiche: la coleta.
Les peons sont vêtus de même mais n'ont pas d'or dans les broderies.
En-revanche on reconnait sans peine les picadors: leurs jambes extrêmement vulnérables sont protégées par une mona (cuissarde métallique articulée au genou) dissimulée sous la culotte, au moins leur jambe "forte", qui encaissera la charge du toro. Ils sont chaussés de bottes et surtout ils sont coiffés d'un castoreno (chapeau rond et blanc) qui les identifie tout de suite...
L'habit de lumière est très lourd: dix bons kilos sur le dos sans compter les accessoires comme les capes, les piques, les banderilles, la muleta ou les épées...

Voilà ce qu'on peut dire du "décor" de la corrida ainsi que de sa préparation. Une fois ce joli monde prêt, le spectacle peut commencer!..

10 Re: Corrida le Sam 1 Aoû 2015 - 14:34

Sudena

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Un toro de Victoriano Martin: le ganadero le plus réputé et le mieux payé actuellement, caractérisé par des toros mastodontes très en vogues à Madrid...



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Toro de Miura: cette ganaderia légendaire produit des toros très appréciés par les esthètes et les puristes, aux cornes larges qui n'ont nul besoin d'un quelconque afeitado. N'st-il pas magnifique?..




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Habit de lumière vu de dos. Sur cette photo on distingue très bien la coleta ainsi que les deux côtés de la cape. Il manque certes le bas mais je me rattraperai...



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José Tomas en habit de lumière. L'habit de lumière est vu de face et rappelez-vous de cette figure: José Tomas est le meilleur matador actuel, dans un style purement classique, très peu "mouvant" et très dangereux. Un as devant lequel même les partisans d'un toreo plus "moderne" et spectaculaire s'inclinent...

11 Re: Corrida le Mer 4 Nov 2015 - 22:02

Snow Globe

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Quels magnifiques habits !!  Et quels beaux bestiaux !


Voici une vidéo de toreros amateurs , mais alors vraiment amateurs . Les taureaux ont vraiment l’air de beaucoup s’amuser

Parfosi ça fait un ^peu peur , mais il y a beaucoup de passage franchement drôles , de gamelles et gadins divers et variés .



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12 Re: Corrida le Jeu 5 Nov 2015 - 0:02

Sudena

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Super cette compil! Very Happy
Et tu as raison de rappeler que la corrida n'est que le principal jeu taurin, pas le seul. Les taureaux lâchés dans les rues lors des ferias produisent ce genre de spectacle qui peut se révéler très dangereux mais aussi (comme on le voit...) très comique et qui permet à chacun de se mesurer (à son niveau) à la mort et à aborder même fugitivement la puissance de la philosophie de la corrida, philosophie artistique que les matadors affrontent et affirment à chaque lidia...

13 Re: Corrida le Lun 30 Nov 2015 - 2:54

Sudena

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Premier tercio
_tercio des piques_




Le premier tercio est celui qui vient du plus profond passé, des temps où les nobles, pour montrer leur bravoure, combattaient les toros bravos sur leurs fières montures. De même, au temps où le toreo à pied s'est affirmé, au XVIIIème siècle grâce à Pedro Romero, il n'y avait qu'un seul "temps" et un minimum de passes. Plus complexe que les autres (ou plutôt divisé en temps plus "distincts"), il est aussi le plus critiqué par les anti-corrida: symboles de toutes les légendes noires, les picadors sont décrits comme des tourmenteurs sans scrupule, alors qu'ils sont les seuls à pouvoir garantir un spectacle digne de ce nom et qu'ils sont comparativement les plus exposés de tous les protagonistes. Détaillons un peu ce tercio, début véritable de la lidia...


Premier contact


Quand le toro sort des chiqueros, attiré par la lumière du soleil, le matador (qui torée à cape) est le seul à l'attendre. Avant la moindre pique, avant la moindre passe, leurs regards se croisent: un lien les unit instinctivement, comme si les deux se jaugeaient. Le dominio d'un torero (sa capacité à se servir des qualités du toro pour produire un bon spectacle) dépend de ce premier regard: le meilleur matador saura d'emblée, en lui, si son adversaire est d'une nature pacifique, méprisante, agressive, fourbe ou autre. Une intuition, une idée de ce qu'est le toro au naturel, renforcée ou infirmée par les toutes premières passes qu'il lui donne alors... Mais comment se comportera-t-il au combat? Là sera toute la question... Néanmoins une impression négative peut rapidement arriver, qui fait le malheur et le déshonneur des ganaderios présents. En-effet, le toro a pour habitude de prendre le centre de l'arène, de définir ainsi un territoire qui sera le sien et qui sera sa raison de combattre. Le toro, comme je pense vous l'avoir dit, ne combat pas par faim ou nécessité mais pour préserver son territoire: sa charge sera animée de la même fougue qu'au temps jadis les chevaliers mettaient pour préserver leurs terres d'invasions. Le toro bravo se placera ainsi, instinctivement, au centre de l'arène, endroit d'où il pourra dominer. En-revanche, s'il se met près des barrières, quel déshonneur! Il s'agira selon toute probabilité d'un toro "manso", qui ne produira pas le spectacle espéré... Toutefois il peut s'agit d'une impression fausse: le toro peut se grandir au combat. Or c'est lors de la pique que toutes ces hypothèses se vérifieront...


L'entrée des picadors


Lors des premières passes le torero va toujours diriger la charge du toro vers le bas: trop en forme, celui-ci serait trop dangereux si on lui permettait d'avoir une vue d'ensemble de la situation qu'il dominerait trop aisément. Il en sera presque toujours ainsi mais cette règle peut connaître des exceptions que j'évoquerai plus loin. Arrivent alors (rapidement) les picadors, montés sur leurs chevaux protégés par une épaisse protection matelassée et les yeux bandés pour éviter la panique. La protection des chevaux est récente: du temps d'Hemmingway elle n'existait pas et nombre de chevaux mouraient étripés, offrant ce que le romancier considérait comme le potentiel comique de la corrida. Aujourd'hui les choses ont changé...en grande partie parce que le rôle des picadors a changé...
Dans le temps, il était courant que le toro soit piqué jusqu'à dix fois: le premier tercio avait ainsi une importance sans pareille, les deux suivants ne devant que compléter le spectacle; mais l'affirmation du toreo à pied au milieu du XIXème siècle a changé la donne: l'âge d'or de la tauromachie (1915-1920) a rendu le premier tercio complètement "accessoire" jusqu'à une reconsidération datant grosso-modo du milieu du XXème siècle. Aujourd'hui le rôle des picadors est bien affirmé, bien arrêté, et ces artistes sont enfin reconnus à leur juste valeur...
L'entrée des picadors est le moment où l'arène est le plus "peuplée" car, outre ces-derniers, le matador est toujours sur place et les peones sont également arrivés, chacun tenant une cape. Néanmoins c'est la masse du cheval qui va perturber le plus le toro: c'est donc tout naturellement dans cette direction qu'il chargera...


Les piques et les quites


Elancé superbement dans sa noble colère, le toro bravo frappera au flanc le cheval et tentera, dans un effort grandiose où il démontrera l'étendue de sa supérieure puissance, de renverser cheval et cavalier. Au moment de l'impact le picador frappera. La pique doit remplir un double rôle dont chacun est déterminant: le toro doit sentir la douleur, il doit connaître dans sa chair le châtiment de sa charge. Mais le picador ne doit en aucune manière toucher un organe vital ou qui affaiblirait de quelque manière que ce soit sa charge. Une lidia ratée tient parfois aux quelques centimètres séparant l'encolure du cou d'un tendon... Pour ôter le toro du cheval et ainsi sauver la vie du picador, le matador et les peones donnent des quites, c'est à dire qu'ils détournent, par des toques de capes, le toro du cheval. Expédient à la base, elles peuvent se révéler artistiques quand elles sont bien efficaces mais elles exigent une grande dose de sang froid... C'est en tentant l'une des premières quites de l'histoire de façon précipitée que Pepe Hillo mourut en 1801, à Madrid, massacré de dix-huit coups de cornes par Barbudo.
Pourquoi deux piques? demande-t-on souvent. Pour mesurer l'étendue de la bravoure du toro. En-effet quand le deuxième picador entre dans son territoire, le toro sait bien que s'il charge il subira une autre pique, qu'il sentira une semblable douleur. Or le toro bravo n'en aura cure et chargera avec une détermination identique, tandis que le bravache essaiera de prendre de dos, n'aura pas la même "foi". A-contrario il peut se trouver des toros que le combat grandit, dont la douleur décuple la bravoure: cette surprise, qui semble tenir du divin, n'est pourtant pas particulièrement rare dans les grandes arènes...
Reste une exception, une terrible exception: lorsque le toro est manifestement manso dè la première charge, qu'il ne touche qu'à-peine le cheval, le président de la corrida demande l'arrêt prématuré du premier tercio. Les ganaderos plongent alors la tête dans leurs mains: ils savent que la marque de la honte aura lieu lors du deuxième...

Aussi spectaculaires soient-elles, aussi réel soit le sang versé, les piques en soi ne fatiguent que très peu le toro: c'est l'énergie phénoménale, extraordinaire, monumentale, qu'il met pour renverser le cheval qui joue ce rôle. Comme un tournoi de jadis, comme les combats qu'il mène dans sa camada, ce combat titanesque revêt pourtant une élégance toute spéciale grâce à la variété des passes de cape qu'il est inutile de les détailler ici: le spectateur perçoit immédiatement leurs différences (à deux mains, à une seule, vers le haut, vers le bas, genoux à terre: elles ont des variantes infinies et un nom pour chacune d'entre elles [je peux vous faire une liste des principales si vous le voulez...]). Comme vous le voyez, ce tercio est l'un des plus intéressants et n'a rien d'une "péripétie sanglante": la pause arrivera avec le deuxième, toujours le "mal aimé" des aficionados mais qui a (enfin!) acquis depuis une dizaine d'années ses lettres de noblesse grâce à un niveau jamais atteint auparavant...

14 Re: Corrida le Dim 3 Jan 2016 - 0:36

Sudena

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Deuxième tercio
_tercio des banderilles_



Le toro est un animal de combat: ce-dernier est dans sa nature et fait partie de lui depuis sa naissance. Il a donc une intelligence hors du commun en ces moments-là et la meilleure preuve pour les sceptiques est de regarder sa charge: il anticipe en-effet tous les mouvements de son adversaire pour que ce-dernier ne lui échappe pas. C'est cette trajectoire de charge qui est la clef du deuxième tercio de la lidia. Disons-le tout de suite: ce tercio est à la fois le plus court et le moins important. Les banderilles ne sont pas en-effet des objets de punition et elles n'affaiblissent en rien le toro (à l'échelle humaine elles sont tout au plus comme des piqûres de vaccin): la meilleure preuve est que toutes ou presque tombent très vite par la suite... De plus, dans ce tercio, le toro "mène le jeu": c'est lui qui décide de la charge (il va notamment pouvoir relever la tête quand il le veut) et ce sera au matador et aux peones de s'adapter à lui. Il n'est donc pas incorrect d'en parler comme d'un moment de "pause"...mais cette pause ne concerne que les deux protagonistes principaux (et encore...): le toro et le matador.
Car d'ordinaire le matador, qui torée à cape, doit juste offrir quelques quites et fixer le toro suffisamment longtemps pour déterminer sa "zone d'intimité", et ainsi à quelle distance les banderillos devront déclencher leur mouvement pour provoquer la charge. Souvent les peones sont les banderillos...mais le tercio prend de l'intérêt quand le matador choisit de banderiller lui-même.

Il y a trois types de poses de banderilles: la pose al sesgo où le banderillo commence sa course très tard et prend le toro de profil (c'est la plus facile et la moins spectaculaire); la pose al cuarteo où le banderillo attend que le toro commence sa course et se met à courir à son tour pour poser de trois-quarts face; et enfin la pose la plus dangereuse et la plus spectaculaire, la plus prisée aujourd'hui et qu'affectionnent le plus les matadors-banderillos (Paquirri dans le temps, el Juli aujourd'hui) est le poder a poder où le banderillo commence sa course en même temps que le toro et pose vraiment de face (n'oublions pas que l'habit de lumière pèse bien dix kilos...).

Les banderilles se posent par paire. Il y a trois jeux ce qui permet à tout le monde de bien récupérer de l'éprouvant premier tercio. Les couleurs sont laissées au libre choix du matador et de son équipe. Mais il y a une exception. Une terrible exception... Souvenez-vous: lorsque dès sa première charge le toro s'est montré manifestement "manso", le président de la corrida peut arrêter le premier tercio. Le toro n'a donc eu qu'une pique, ce qui est insuffisant pour produire une lidia à-peine correcte!.. Il y a donc un "échappatoire": un jeu de banderilles plus longues que les autres qui ont donc un rôle punitif et qui équivalent à une "demi-pique". Ces banderilles sont toujours noires, ce qui permet de marquer officiellement la honte du toro...et de la ganaderia qu'il représente.

Depuis quelques années, si le deuxième tercio demeure toujours le moins important, il a atteint un très haut niveau grâce à la prise de conscience de son potentiel artistique au sens spectaculaire du terme: preuve s'il en fallait que la corrida intéresse un public de plus en plus grand et plus avide de spectacle que les aficionados "traditionnels"...

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